Le président de la BCE Mario Draghi a demandé aux gouvernements européens de faire des efforts pour la relance et la lutte contre le chômage en Europe. Une baisse du taux directeur n'était pas le point central des débats de la réunion du conseil des gouverneurs de la BCE jeudi à Barcelone. Alors que certains commentateurs étaient déçus, d'autres soutenaient ce cap et critiquaient l'octroi généreux de crédit.
Extraits des publications suivantes:
La Stampa - Italie, Cinco Días - Espagne, Sol - Portugal, Le Monde - France
La Stampa - Italie
Le président de la BCE Mario Draghi a concrétisé sa demande pour un pacte de croissance tout en mettant en garde contre le retour d'une politique de rigueur. Toutefois ce changement de cap longtemps espéré arrive plutôt par nécessité que par sens des responsabilités, estime le quotidien libéral La Stampa : "L'Europe de l'unité monétaire préfère montrer un visage plus avenant que de demander à ses citoyens des sacrifices en affichant des mines graves. … Si les conditions et les promesses se réalisaient, la répartition des tâches entre l'UE et les Etats membres pourrait bientôt se métamorphoser. Bruxelles assumerait les dépenses pendant que les Etats membres se chargeraient de contrôler les finances publiques. ... Cette redistribution des rôles ne serait pas le résultat d'une responsabilisation des gouvernements mais parce que la réalité ne nous laisse pas d'autre possibilité. Parce que les Etats n'ont plus un sou et que seulement Bruxelles et Francfort ont la possibilité d'investir des milliards d'euros pour pouvoir tourner la page." (04.05.2012)
José Luis Martínez Campuzano, stratège du Citigroup en Espagne est déçu de la réunion de la BCE. Dans le journal économique Cinco Días, il met en garde contre la hausse des primes de risque : "Les communiqués diffusés à l'issue de la réunion de la Banque centrale européenne vous ont surpris hier ? Pas vraiment. C'est autre chose que vous soyez peut-être déçu. Nous sommes tous dans le même cas plus ou moins. … Et que se passerait-il si les marchés financiers réagissaient en augmentant les primes de risque ? L'Espagne en est une claire illustration. Les primes sur les obligations publiques augmentent alors que le gouvernement de Mariano Rajoy décide justement des mesures demandées par les marchés. Mario Draghi lui aussi a fait l'éloge des réformes en Espagne mais on ne sait pas vraiment s'il pense qu'elles sont suffisantes. Et cela nous amène à la deuxième question : à partir de quel moment peut-on considérer ces mesures comme suffisantes ? Vous n'avez certainement pas de réponse. Moi non plus. En tout cas, nous nous déplaçons actuellement dans un cercle vicieux dangereux dans lequel nous tous, c'est-à-dire toute la zone euro, sommes perdants." (04.05.2012)
Il est dangereux d'encourager la croissance uniquement par des crédits à taux bas alerte l'hebdomadaire libéral Sol : "Economie de rigueur ou de relance ? C'est une question brûlante. Des gens apparemment intelligents prétendent que nous creusons notre propre tombe en ayant recours à une économie trop stricte. Les entreprises ont un cruel besoin de crédits. Et oui, malheureusement si nous pensons qu'il suffit d'injecter de l'argent frais dans l'économie pour voir nos problèmes disparaître, nous sommes dans le faux. Au fond, l'économie a bien besoin de crédits mais ce sont bien les crédits simples et l'argent bon marché qui ont déclenché cette crise. Nous ne pouvons pas retourner dans cette période de l'argent bon marché. Celui qui considère que les crédits sont la potion magique de croissance oublie que les entreprises ne doivent pas emprunter ce qu'elles ne pourront pas rembourser plus tard. … Et cela a toujours été notre problème. … Nous avons besoin d'investissements rentables qui tiennent la route et qui sont source de prospérité. Le Portugal doit être attractif pour les investisseurs, par sa stabilité politique et sociale, une bureaucratie épurée, une justice efficace, des salaires compétitifs et un droit du travail flexible." (04.05.2012)
La BCE a tenu sa réunion en Espagne sans proposer de solution pour le pays au cœur de la crise, estime le quotidien de centre-gauche Le Monde et demande un changement de cap en direction d'une politique de relance : "Il faut comprendre la colère des Espagnols - c'est celle de beaucoup d'Européens. En théorie, les Espagnols ont "tout bon". Ils sont plus que "casher" au regard de la doxa du moment. Voilà dix-huit mois qu'ils font exactement ce que Berlin, Bruxelles et Francfort ordonnent : coupes drastiques dans les dépenses publiques, hausse des impôts, réforme du marché du travail, etc. Qu'obtiennent-ils en retour ? Pour le moment, un désastre. ... C'est partout le sentiment d'une inextricable situation. Jusqu'à présent, à l'exception de l'Allemagne, aucune équipe dirigeante sortante n'a résisté à l'épreuve des élections. Pour la France, on saura dimanche. D'où la nouvelle petite musique qui se fait entendre ici et là : l'accent ne doit plus être mis sur la réduction des déficits, mais sur l'incitation à la croissance, laquelle, seule, nourrira les recettes fiscales qui assécheront les dettes des Etats." (04.05.2012)
Quelques jours avant le deuxième tour des élections présidentielles françaises, les deux candidats Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont affrontés mercredi à l'occasion d'un duel télévisé. L'opposant Hollande a mérité d'en ressortir vainqueur, estiment certains commentateurs, alors que d'autres craignent que les projets du socialiste soient irréalistes.
Extraits des publications suivantes:
La Repubblica - Italie, Die Presse - Autriche, Rzeczpospolita - Pologne, Les Echos - France
La Repubblica - Italie
Le challenger François Hollande est ressorti vainqueur du duel télévisé de pratiquement trois heures, qui a eu lieu entre les deux candidats à la présidence, estime le quotidien de centre-gauche La Repubblica : "Un duel démocratique, authentique et, à bien des égards, même exemplaire. Les idées tout comme les programmes étaient importants, toutefois il s'est agi notamment de montrer sa propre personnalité. … Nicolas Sarkozy a démarré dans une position défavorisée et c'est la raison pour laquelle il a commencé par attaquer. Cette tactique lui convient bien. En revanche son adversaire, Hollande, n'a pas mis la main au sabre. Il a depuis toujours une préférence pour le fleuret. Il s'est tenu sur ses gardes et est parvenu à tenir tête au fougueux Sarkozy. Ce dernier semblerait avoir manqué son objectif de rattraper les voix nécessaires pour tourner dimanche la page à son avantage." (03.05.2012)
De nombreux signes laissent présager que le prochain président français sera François Hollande. Toutefois le candidat le plus approprié serait Nicolas Sarkozy, estime le quotidien libéral conservateur Die Presse : "Sarkozy a reconnu dès 2007 que la France avait besoin d'une 'rupture', d'une libération des forces du marché pour ne pas perdre de terrain. Le bilan de son mandat de cinq ans est maigre mais meilleur que sa renommée. Il a tout de même reculé l'âge de la retraite, il a tout de même introduit une réforme des universités, il a tout de même rallongé la semaine absurde des 35 heures. Le narcissisme de Sarkozy, ses attitudes bling-bling et son manque de principes sont difficiles à supporter. La pose de xénophobe qu'il a adoptée pour rallier les frustrés d'extrême droite dans son sprint final de campagne électorale a été répugnante. Et pourtant le gaulliste serait le bon choix pour la France car, contrairement à son opposant, il ne tait pas la réalité économique de son pays." (03.05.2012)
Le socialiste François Hollande remportera le scrutin du second tour des présidentielles françaises, redoute le quotidien conservateur Rzeczpospolita : "Cet homme a déjà fait tellement de promesses irréalistes qu'on a même peur rien qu'en l'écoutant : celles-ci comprennent la réduction de la durée de la vie active, un droit du travail plus libéral et des indemnités plus élevées pour les personnes licenciées. Les investisseurs sont horrifiés et y voient une menace. Car c'est exactement le contraire de ce que les Français devraient faire actuellement. Le problème, c'est qu'il n'y a aucune alternative aux programmes d'austérité. En tout cas, personne n'en a trouvé jusqu'à présent, pas même l'Allemagne. Il est évident que l'incapacité de l'Europe à résoudre ses problèmes l'a affaiblie aux yeux du reste du monde." (03.05.2012)
Les règles en vigueur pour les élections en France ont tout aussi besoin d'être réformées que le processus de sélection des candidats au sein des partis avant les élections, critique le journal économique libéral Les Echos : "D'abord, le processus de sélection des candidats. Assez vertueux dans son principe, le système des parrainages d'élu mériterait d'être renforcé, par exemple par un système de double signature, afin de ne pas laisser filer entre ses mailles des candidats exotiques à l'Elysée Academy. ... Quant aux candidats présentés par un parti, une investiture ne suffirait-elle pas ? Ensuite, il devient urgent de réviser les règles du temps de parole, règles d'un autre temps, inspirées d'un idéal antique, qui conduisent à mettre tous les candidats à égalité lorsqu'ils approchent de la ligne d'arrivée !" (03.05.2012)
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré lundi qu'il ne se rendrait pas en Ukraine pour assister aux championnats d'Europe de football tant que les principes de l'Etat de droit n'y seraient pas respectés. De nombreux politiques européens ont toutefois exclu un boycott. Les commentateurs trouvent tout boycott inefficace et jugent hypocrite le débat engagé.
Extraits des publications suivantes:
Rzeczpospolita - Pologne, Mladá fronta Dnes - République tchèque, Savon Sanomat - Finlande, Financial Times Deutschland - Allemagne
Rzeczpospolita - Pologne
Les appels des politiques occidentaux à boycotter l'Euro en raison de la détention de Ioulia Timochenko sont hypocrites, écrit le quotidien conservateur Rzeczpospolita, estimant que certains hôtes ont été pires que l'Ukraine : "Pourquoi montrer son intérêt à ce sujet si tard ? Timochenko n'est pas en prison depuis hier. Il aurait été possible de tirer la sonnette d'alarme au moment où Siemens et d'autres entreprises allemandes ont obtenu des mandats pour la préparation de l'Euro. Ou lorsque ce même Siemens a aidé Pékin voilà quelques années à se moderniser pour les Jeux olympiques. On est bien ici aussi en présence d'un pays où les détenus politiques sont incarcérés. Cela peut paraître cynique, mais dans l'histoire du sport, il y a eu beaucoup d'hôtes bien pires pour les Jeux olympiques ou des championnats. Mussolini, Hitler, la junte argentine [le Mondial de football de 1978] ou même le parti communiste chinois ont aussi organisé de tels événements." (02.05.2012)
Le président de la Fédération tchèque de football, Miroslav Pelta, a refusé que les politiques boycottent l'Euro pour protester contre l'emprisonnement de l'opposante Ioulia Timochenko. Le sport ne doit selon lui pas être l'otage de la politique. Le quotidien libéral Mladá fronta Dnes n'est pas d'accord : "Sport et politique sont indissociables. En chargeant un pays de l'organisation d'événements sportifs, la communauté internationale lui montre confiance et respect. L'organisation d'un championnat d'Europe dans la discipline sportive la plus répandue du monde confère un grand prestige. Et bien sûr, Monsieur Pelta et les autres qui radotent sur l'indépendance du sport vis-à-vis de la politique le savent très bien. … Mélanger aujourd'hui sport et politique ne serait pas nouveau. Nous buvons déjà ce cocktail depuis longtemps. D'ailleurs, pour quelles raisons l'Ukraine a-t-elle reçu l'organisation de l'Euro ? Certainement pas en raison des conditions existantes, mais bien car la politique le voulait ainsi." (02.05.2012)
Pour le quotidien libéral Savon Sanomat, un boycott des championnats d'Europe de football en Ukraine par les politiques occidentaux n'apportera rien : "Dans le cas de la Biélorussie dirigée de façon dictatoriale par Alexandre Loukachenko, les protestations de l'UE dans le sens de la démocratie et des droits de l'homme ont été sans effet. Ces belles paroles seront-elles plus efficaces avec l'Ukraine, ou celle-ci suit-elle sous l'égide du président [Viktor] Ianoukovitch la même voie que la Biélorussie, vers une société plus fermée et dominée par la peur ? Certains ont réclamé de mettre la direction ukrainienne sous pression à l'aide du roi football et de menacer de ne pas laisser l'Euro se dérouler en Ukraine. On a ainsi fait pression sur la Biélorussie avec le hockey sur glace. Cela n'a rien apporté. Aura-t-on plus de chance avec l'Ukraine ? C'est peu probable." (02.05.2012)
Si l'Ukraine est menacée de boycott en raison de violations des droits de l'homme, cela doit aussi valoir pour d'autres pays, estime le journal économique Financial Times Deutschland : "Ce qu'il y a pu avoir comme lamentations il y a cinq ans lorsque la chancelière Angela Merkel, le ministre des Affaires étrangères de l'époque Frank-Walter Steinmeier et le président Horst Köhler avaient annoncé qu'ils ne participeraient pas à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin. Oh oui, le commerce l'économie… Quel patron allemand, quelle femme politique, quel petit entrepreneur s'irrite donc aujourd'hui de l'attitude du président Joachim Gauck, de Merkel, du ministre de l'Environnement Norbert Röttgen ou du chef du SPD Sigmar Gabriel, lesquels sanctionnent publiquement le président ukrainien Viktor Ianoukovitch ? … Où sont tous ces critères lorsque, au lieu de la puissante Chine, il s'agit de l'Ukraine comparativement plus faible ? … Oui, même la Russie, qui organisera les Jeux olympiques d'hiver de Sotchi, est tout sauf une démocratie exemplaire. Si l'on veut mener une politique des droits de l'homme crédible, il faudra s'efforcer à l'avenir de ne pas s'effacer devant les grands." (02.05.2012)