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Magazine / Histoire / Narrating the Nation / Article | 06.05.2008

Narrating the nation: le pouvoir du passé, de Stefan Berger

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Renaissance de l'Histoire nationale

Si l'on observe les contours généraux du développement de l'Histoire nationale en Europe aux dix-neuvième et vingtième siècles, on ne peut que déconseiller de sous-estimer les récits du vingt-et-unième siècle. Non seulement ils développaient une capacité étonnante à s'imposer à d'autres récits et « regimes of territoriality »[1], mais ils pouvaient avoir des conséquences meurtrières dans les conflits frontaliers. Un tel bilan soulève presque de lui-même la question de la maîtrise des énergies négatives du discours national sur le passé. L'espoir de voir l'Europe trouver un discours identitaire post-national, affiché par certains intellectuels majoritairement allemands dans les années quatre-vingt, s'est totalement effondré après la fin de la Guerre froide. Les discours nationaux sur le passé ont joué un rôle fondamental dans la guerre civile sanglante en Yougoslavie, dans la séparation pacifique de la Tchéquie et de la Slovaquie, dans les conflits de frontière entre la Hongrie et ses États voisins, ainsi que pour le nationalisme dans beaucoup d'États de l'ancienne Europe médiane communiste.

Mais le discours national sur le passé ne se limite absolument pas à l'Europe de l'Est. Dès les années quatre-vingt, dans beaucoup d'États d'Europe occidentale, pour l'établissement de l'identité, il y a eu une reprise du caractère national de l'Histoire[2]. Les régionalismes en cours de nationalisation en Flandre, en Catalogne et en Ecosse ont trouvé des États multinationaux comme la Belgique, l'Espagne et la Grande Bretagne affectés pat les nouvelles formes d'Histoire nationale. Par ailleurs, l'intégration européenne et les mouvements migratoires globaux suscitent la crainte d'une menace, ce qui dans beaucoup d'endroits donne un nouvel élan aux discours nationaux.

Les nationalistes libéraux se montraient convaincus, au début du vingt-et-unième siècle, qu'il existait une forme de « bon » patriotisme, que l'on pouvait distinguer radicalement de son frère raté et borné, le nationalisme. Compte tenu de l'ambivalence du récit national, cela reste néanmoins douteux. Les discours nationaux sur le passé se prêtaient aisément à alimenter une image de l'ennemi. Le glissement du patriotisme au nationalisme demeure toujours une possibilité et un danger. Un des principaux arguments des nationalistes libéraux consiste à dire que toute communauté nécessite un minimum de solidarité pour fonctionner. Dans les États modernes, la Nation offre un tel fondement de solidarité : sans le cadre de référence que représente la Nation, se poserait la question de savoir pourquoi les citoyens doivent payer des impôts ou être solidaires envers les autres. Néanmoins, concernant le danger potentiel d'un discours national sur le passé, l'idée d'Alan Megills me semble plus raisonnable. Il s'agit de trouver un projet politique légitime qui revendique un volet solidaire dans les discours nationaux (ou autres) sur l'identité[3].

Lorsque l'on contourne ainsi l'idée de Nation en tant que socle identitaire, où se situe alors l'Histoire nationale ? Tout abord, cela confirme la nécessité d'un discours national autocritique, tel qu'il existait dans les années soixante et soixante dix quand se produisait une réapparition du fascisme, des génocides et de la collaboration dans beaucoup de régions d'Europe occidentale. L'histoire nationale devrait contribuer à remettre en question de façon critique les conceptions positives de passés nationaux. L'histoire de la nation ne peut plus servir ouvertement la science historique, mais plutôt devenir une obsession obscure derrière laquelle est plausible une recherche plus affirmée d'alternatives à l'Histoire nationale.

Depuis les années 80, une telle recherche d'alternatives existe vraiment : l'Histoire comparée, les transferts culturels, l'Histoire transnationale, l'Histoire européenne, l'Histoire extra-européenne et l'Histoire des empires prennent racine dans une appropriation critique de l'Histoire nationale. Au final, cette dernière ne devient pas un miroir de plus en plus fissuré du à telles approches méthodologiques et théoriques, dont les fragments reflètent une compréhension kaléidoscopique et non essentialiste[4]. Ici, certes les Histoires nationales aspiraient à obtenir une homogénéité croissante, mais en fin de compte, elles ne produisaient que des degrés variables d'hétérogénéité.

La tentative de poser les récits officiels comme obligatoires amenait systématiquement à des contre-projets. Des formes alternatives ou d'opposition à l'Histoire nationale coexistaient avec des formes d'historiographie qui ne mettaient pas l'Histoire nationale au centre de tout. L'Histoire nationale en tant que remise en cause des conceptions nationales de l'identité pourrait aussi constituer un champ d'action pour la science historique de demain.

[1] Charles Maier, Consigning the Twentieth Century to History : Alternative Narratives for the Modern Era, in : American Historical Review, 105 (2005), PP 807 - 831

[2] Cf. Stefan Berger, A Return to the National Paradigm ? National History Writing in Germany, Italy, France and Britain from 1945 to the Present, in: Journal of Modern History, 77 (2005), PP 629 – 678.

[3] Cf. Alan Megill, Historical Representation, Identity, Allegiance, in : S. Berger u.a. (note 10).

[4] Pour l'Allemagne cf. Konrad H. Jarausch/Michael Geyer, Shattered Pasts : Reconstructing German Histories, Princeton 2003.

 

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