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Magazine / Histoire / Narrating the Nation / Article | 06.05.2008
Le communisme dans les histoires nationales d'Europe de l'Est, de Attila Pók
Pologne : Christ des peuples
Conséquence des deux guerres mondiales, la Hongrie a perdu environ deux tiers de son territoire et plus d'un tiers des Hongrois sont devenus des minorités nationales dans d'autres pays. Malgré une souffrance indescriptible, à l'inverse, la Pologne a pu terminer les deux guerres en position de vainqueur. Après la Deuxième Guerre mondiale, dans les zones dévastées par la guerre civile, il existait un décalage énorme entre la propagande de libération des Communistes et la vie quotidienne des masses. Ainsi, l'image nationale héritée de l'époque romantique (quand la Pologne a été partagée et annexée au territoire de trois royaumes) de Christ parmi les nations a pu rester presque intacte dans la mémoire collective.
Il existait une importante passerelle entre les perspectives historiques populaire et officielle. Selon les mots très justes de Claudia Krafts, « les théoriciens communistes qui étudient la décalage vers l'Ouest de la Hongrie établissaient dans leur argumentation un lien entre les conceptions politiques, géopolitiques et socioéconomiques : le nouvel ordre territorial d'après-guerre serait l'expression d'une conception de l'Histoire polonaise remontant à la dynastie des Piast, préférant libérer le pays du problème des minorités qui s'est posé à la Deuxième République. En outre, cela conduirait finalement à une situation stratégique solide vis-à-vis de l'agresseur allemand et ouvrirait une perspective pacifique avec les peuples voisins à l'Est. Suivant ce modèle d'interprétation, la conception de la dynastie des Jagellons, très répandue à l'Est, sur la caste des grands propriétaires terriens pratiquant l'exploitation, voit dans la Pologne des Piast un signe avant-coureur d'une « Pologne populaire » au service des intérêts de la forte population. » [1]
Après le démantèlement de l'Union soviétique et du système politique communiste en Pologne et surtout avec l'adhésion à l'Union européenne le premier mai 2004, cette vision des choses est devenue anachronique. Malgré une longue tradition intellectuelle et politique d'anticommunisme dans le pays, malgré le clair triomphe de l'opposition contre le parti unique en 1989, on n'est pas parvenu jusqu'à présent à établir un discours historique clair sur le rôle du communisme dans l'Histoire nationale de la Pologne.
Les disputes politiques entre les partis sont très influencées par les prises de position sur cette question. Les sociaux-démocrates (pour beaucoup originaires de l'ancien parti unique PZPR) soulignent que l'intégration de la Pologne dans le bloc soviétique était la seule alternative réaliste pour la reconstitution de l'État après la Deuxième Guerre mondiale. Les communistes sont alors présentés comme les représentants des intérêts nationaux ; sans leur collaboration avec les Soviétiques, les Polonais n'auraient pas pu résister à l'impérialisme allemand. Ainsi, le partage de la Pologne entre Hitler et Staline en 1939 est un épisode peu suivi.
Ce n'est pas sans succès qu'est défendue la thèse selon laquelle le pouvoir communiste de plusieurs décennies a profondément influencé la société et dans ce sens, tous les polonais sont en quelque sorte des « post-communistes ». A droite de l'échiquier politique, on en retire qu'une société qui représente les valeurs nationales traditionnelles, l'idée d'une guerre à la fois contre les ennemis à l'Est comme à l'Ouest de la Pologne, fait que la majorité écrasante de la population faisait face à l'État communiste. A partir de cette perspective, les anciens bureaucrates du parti et autres collaborateurs du pouvoir communiste apparaissent comme des traîtres des intérêts de la Pologne et devaient être jugés pénalement et moralement [2].
Perspectives
Malgré de longues années d'efforts théoriques et politiques des idéologues et hommes de pouvoir communistes, on n'est pas parvenu à fusionner les idées communistes avec les idéologies nationales des sociétés d'Europe médiane. On n'est pas parvenu à convaincre les sociétés du fait que le caractère international de « tous les prolétaires du monde » peut être concilié avec la défense des intérêts nationaux. La pratique a prouvé le contraire.
Mais les expériences du changement de système dans l'Europe médiane confirment qu'après les échecs grandioses de l'internationalisme communiste, on ne devrait pas faire grâce aux intellectuels d'Europe médiane du défi de l'identité supranationale.
[1] Claudia Kraft, Geschichte im langen Transformationsprozess in Polen, in : H. Altrichter (note 1), P 132.
[2] Cf. ebd., PP 143 - 145.
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