Menu secondaire: Magazine
Magazine / Société / Roumanie et Bulgarie / Article | 12.02.2007
La Roumanie et la Bulgarie avant l'adhésion à l'UE, de Olaf Leiße
« retour . 1 . 2 . 3 . 4 . 5 . suivante »
Problèmes économiques
Les déficits les plus aigus des deux pays se situent dans le domaine économique. Après la chute du communisme, la Bulgarie et la Roumanie ont traversé comme les autres États d'Europe centrale et orientale la « vallée de larmes » d'un Produit national brut en baisse combiné à une production industrielle en recul et une économie dont le volume rétrécissait. Mais ce qui frappe, c'est que la vallée y était plus profonde que dans les autres pays candidats de la région. À cause principalement d'une volonté politique défaillante quand il s'agissait d'introduire des réformes structurelles de fond. Au contraire, on s'employa longtemps à masquer la crise avec des mouvements économiques d'en haut et l'inflation. C'est sous la pression de l'UE et des organisations internationales qu'on entreprit des réformes qui allaient enclencher d'abord en Bulgarie à partir de 1998, puis en Roumanie depuis 2000 un essor avec des taux de croissance du Produit intérieur brut de quelque 9%, mais partant naturellement d'un point de départ très bas et pour recommencer à baisser progressivement.[1]
Mais le problème le plus important de la décennie qui précède c'est le taux vertigineux d'inflation qui s'est maintenu pendant des années. L'écroulement des devises avait été initié immédiatement après le tournant historique. En particulier en Roumanie, le taux s'est rapidement hissé à un haut niveau et il était en 1997 de 155%. Il est depuis en constante baisse, mais ne parvient pas à se stabiliser complètement et se situait encore en 2005 à une hauteur d'en gros 9%. La Bulgarie qui dispose depuis 2001 d'une monnaie relativement stable a enregistré en 2005 un taux d'inflation de 5%. L'inflation est censée baisser sur le court terme en fonction des projets ambitieux des deux gouvernements bien qu'il y ait toujours des difficultés à cantonner la dépense publique.
Bulgarie et Roumanie ont le pouvoir d'achat le plus bas de tous les États d'Europe centrale et orientale. Si on le rapporte à l'ex-Union à 15, cela ne représente pas plus d'un quart du pouvoir d'achat ouest-européen ; depuis l'élargissement à l'Est, il représente en gros 35% du pouvoir d'achat européen. Mais même les Pays baltes, pourtant pas très riches, affichent des valeurs nettement supérieures à 50%. En Bulgarie et en Roumanie, la capitale est en outre privilégiée : à Sofia le Produit intérieur brut dépasse celui du reste du pays de 50%, à Bucarest de 100%. Il n'empêche : dans le contexte européen les dix régions qui ont le Produit intérieur brut le plus bas se trouvent toutes en Roumanie et en Bulgarie. Les salaires extrêmement bas sont une raison du faible pouvoir d'achat : le salaire de l'heure brut à 0,88 euro en Bulgarie, voire 1,04 euro en Roumanie place les deux pays en queue de peloton ; le salaire moyen de l'UE à 15 était de 14,18 euros. Et il n'y a pas forte disparité selon les professions, car les bas salaires valent pour tous les secteurs. Bulgarie et Roumanie ont au demeurant le taux de productivité le plus bas de tous les États de l'Europe centrale et orientale. La Bulgarie, à peine industrialisée, n'a pas changé et les installations roumaines, obsolètes, témoignent du délire modernisateur de Ceausescu. Ces dernières installations, écologiquement douteuses et économiquement absurdes, mobilisent un personnel considérable pour une production quantitativement réduite. L'économie roumaine va devoir payer un prix élevé, sous pressions de l'Europe, si elle veut se rapprocher des standards de l'UE.
Autre problème durable dans les deux pays à structure agraire, leur agriculture est inefficace, peu productive et marquée par le suremploi. En Bulgarie la part de l'agriculture, des Eaux et Forêts et de la pêche reste encore relativement limitée à tout juste 10% de l'emploi. Avec création de valeur correspondante. En Roumanie ce sont toujours en gros 30% d'employés dans le secteur agraire, et même 42,8% en 2000. Alors que la part de l'agriculture dans la production de valeur brute du pays demeure réduite avec quelque 14%. Sans compter les décisions politiques erronées : le démembrement par exemple de coopératives et de fermes d'État dont beaucoup étaient tout à fait rentables, lors de leur réappropriation, au bénéfice des quelque 3,5 millions de fermes individuelles. La non attribution, sinon en faible montant, de crédits pour l'équipement en machines et en semences. Les rendements à l'hectare sont ainsi au plus bas niveau de la région. Des aliments de base comme les pommes de terre, le froment et le sucre doivent être importés. Le progrès semble survoler sans le toucher le secteur agraire, d'autant que l'agriculture y a plutôt les caractères d'une économie de subsistance. 83% des sondés par la revue Curierul National en 2004 ont indiqué produire exclusivement à usage propre. 17% déclarant vendre en partie leurs produits. Seulement 4% écoulant plus de la moitié de leur production. C'est ainsi que des outils depuis longtemps oubliés en Europe de l'Ouest vont continuer à marquer au quotidien les campagnes roumaines ; le cheval et la charrette font tout naturellement partie du paysage urbain.
Si l'on compare avec les autres États d'Europe centrale et orientale, l'environnement économique de la Bulgarie et de la Roumanie renvoie à des difficultés de transformation . Les deux pays figurant toujours en queue de peloton : Produit intérieur brut, taux d'inflation, bilan commercial, infrastructures, investissement dans l'innovation et la recherche, jonction avec les technologies modernes de l'information et de la communication, mais également niveau de vie, espérance de vie et mortalité infantile. D'où la teneur du Rapport régulier de la Commission en 2002 : « Un consensus de plus en plus large s'est fait jour autour des objectifs fondamentaux de la politique économique, mais la crainte de coûts politiques et sociaux élevés reste un frein à une mise en œuvre plus résolue des réformes structurelles. Le soutien apporté à la stabilisation macroéconomique et aux réformes structurelles s'est souvent révélé superficiel et limité, ce qui n'est pas étranger à l'existence d'un important décalage entre objectifs et résultats et au manque de cohésion du processus décisionnel ».[2]
La vie économique des Bulgares et des Roumains souffre d'un mélange de réformes qui traînent, d'entreprises d'État non rentables, de bureaucratie, de centralisme et de corruption, soit de freins persistants à la modernisation. Si la Commission a attesté pour la première fois en 2004 aux deux pays une économie de marché en état de fonctionnement, c'est en raison de progrès modestes mais constants dans le développement.[3] Les rapports de 2005 confirmant cette évaluation et appréciant positivement l'évolution macroéconomique des deux pays. Le rapport de la Commission en mai 2006 exhorte à plus de réformes dans les secteurs fondant la réappropriation de la propriété collective et l'intégration fluide de celle-ci sur le marché intérieur. On est cependant soulagé de constater à Bucarest que dans le cas roumain il s'agit de quatre secteurs à caractère plutôt technique et portant sur le contrôle des subventions et des financements. Quant à la Bulgarie, la Commission a renvoyé à six secteurs : les finances, mais aussi la lutte contre le détournement, la corruption et le blanchiment d'argent, de même que l'amélioration des procédures de poursuite judiciaire. Une comparaison directe entre les « devoirs » imposés aux deux pays révèle que la Roumanie s'en tire un peu mieux que la Bulgarie.
[1] Chiffres d'après Eurostat.
[2] Cf. Rapport régulier 2002 sur les progrès réalisés par la Roumanie sur la voie de l'adhésion à l'Europe COM (2002) 700 (final).
[3] Cf. Europäische Kommission, Regelmässiger Bericht 2004 über die Fortschritte Rumäniens auf dem Weg zum Beitritt, SEK (2004) 1200 ; et conclusions in Europäische Kommission, Strategiepapier der Europäischen Kommission über den Stand des Erweiterungsprozesses, KOM (2004) 657 (final), les deux documents Bruxelles, 6 octobre 2004.
« retour . 1 . 2 . 3 . 4 . 5 . suivante »
Des articles supplémentaires sur les thèmes » Élargissement UE / Politique de voisinage de l´UE, » Politique Européenne, » Europe du Sud-Est, » Roumanie, » Bulgarie
Pour en savoir plus sur les thèmes de la revue de presse » Élargissement UE / Politique de voisinage de l´UE, » Politique Européenne, » Europe du Sud-Est, » Roumanie, » Bulgarie


