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Magazine / Politique / Les lois anti-terroriste / Article | 27.07.2007

La connexion en réseau, nouveau mythe pour la sécurité intérieure, de Peter Stegmaier, Thomas Feltes

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Potentialités et limites des réseaux de sécurité

L'approche structurelle de la sécurité intérieure en termes de perspective réticulaire trouve dans les études récentes sur l'organisation, la policy et la technique des étalons de comparaison, en particulier là où il s'agit de « réseaux d'entreprise » ou de « réseaux d'innovation ». Des formes d'organisation élaborées dans la vie économique (« nouveaux modèles de pilotage », Outsourcing, etc.) sont régulièrement promues et mises en œuvre en tant que vecteurs de réforme pour l'administration publique.

La constitution de réseaux est appréhendée par l'économie comme une stratégie confirmée dès lors qu'il s'agit de surmonter les goulets d'étranglement et un manque de ressources propres à certaines organisations, dans la mesure où l'accès à la connaissance externe est rendu possible.[1] On peut de la sorte explorer de nouveaux champs d'action et dégager des avantages en taille et en spécialisation pour l'ensemble de les membres fédérés. L'incertitude de principe qui caractérise des processus complexes et orientés vers un avenir faiblement prévisible s'en trouvant susceptible de limitation et d'évaluation pour les « partenaires » impliqués. Mais il faut que soient garanties la flexibilité et l'ouverture en matière de coopération et de communication – un défi ardu pour des organisations bureaucratiques, qu'il s'agisse de cartels économiques ou de services.

Semblables réseaux peuvent être définis comme des formes de coordination d'activités spécifiques qui associent de manière relativement durable des institutions et des structures formellement autonomes, mais pratiquement plus ou moins dépendantes, par le biais de liens complexes et mutuels, plutôt coopératifs que compétitifs et relativement stables.[2] Ces réseaux servent premièrement en tant qu'instruments organisationnels pour saisir rationnellement l'ensemble de la chaîne opérante et par là exploiter de nouveaux potentiels de minimisation des coûts et de performance accrue ; deuxièmement à maîtriser des transformations toujours plus rapides et de moins en moins faciles à embrasser du regard, ainsi que des temps d'innovation de plus en plus courts ; la constitution de réseaux tendant troisièmement à élargir le champ des activités des protagonistes impliqués. [3]

Malgré la tendance générale au « hype » sur les réseaux, on ne peut pas constater une attitude par principe positive de l'économie à l'égard de la réticularisation. La coopération réticulaire entre sociétés ou divisions est loin d'être la règle. Il n'est pas rare qu'on assigne aux formes d'action non coopératives plus de signification et plus d'efficience. On trouve à tout le moins partout des formes mixtes d'organisation et de commande extrêmement variables et opérationnelles dans leur contexte. Les coopérations peuvent à la fois toucher à la stratégie, au partenariat, être orientées vers le marché, concerner une région, être affaire de policy, porter sur l'innovation ou la diffusion, se présenter comme globales ou liées à un projet. Surtout quand il s'agit d'activités illégales, partiellement légales ou déployées dans une zone grise (exemples de l'affaire VW-Hartz, des affaires de corruption chez Siemens et des cas de délits d'initiés), des « réseaux » de taille plutôt réduite, de nature informelle et subordonnés en interne à la dépendance sont noués.

Sans compter souvent une composante instrumentale, dans la mesure où l'embryon de réseau n'incarne pas d'objectif en soi ; il est mobilisé de façon à effectuer par exemple une réorganisation transitoire, elle-même destinée à faire éclater les structures existantes pour ensuite stabiliser l'ensemble sous une autre forme. Et puis les mobiles comme les critères de réussite peuvent varier selon les acteurs ; les cultures établies et technologies des parties prenantes peuvent être incompatibles ; il se peut encore que la confiance mutuelle mette du temps à croître. Il faut que soit maîtrisée, au sein du réseau, la tension entre autonomie et dépendance.[4]

Reste à vérifier dans quelle mesure il s'agit pour le domaine de la sécurité, selon les cas, de véritables structures réticulaires ou bien d'autres formes d'association ; autrement dit dans quelle mesure les tendances et formes de réticularisation observées dans l'industrie et l'économie peuvent être reproduites et constatées en matière de « sécurité intérieure ». Formations et actions réticulaires dans l'économie et l'État doivent encore faire l'objet, au préalable, d'une comparaison intégrale, car le cadre et les structures institutionnelles ont connu une évolution respective chaque fois différente. Ce qui serait captivant, c'est d'établir en toute clarté si la « réticularisation » n'intervient pas seulement en tant que suggestion rhétorique, comme « en sous-main », là où il n'y a pas les données empiriques ou bien quand elle n'est pas opératoire.

La recherche en sciences sociales accuse donc quant à la « sécurité intérieure » de nets besoins en matière d'institutions, d'action et de savoir. Il s'agira à l'avenir de d'appréhender la rhétorique réticularisante en tant que formule autodescriptive et d'en vérifier les effets réels en termes structurels tout comme les mécanismes dans la pratique quotidienne.

[1] Cf. Hartmut Hirsch-Kreinsen, Wirtschafts-und Industriesoziologie, Weinheim-Munich, 2005, p. 202.

[2] Cf. Jörg Sydow, Strategische Netzwerke, Wiesbaden, 1992, p. 82.

[3] Cf. H. Hirsch-Kreinsen (note 28), p.98-99.

[4] Cf. F. Hellmer et alii (note 13), p. 245-247 qui donne des exemples de réseaux régionaux ; J. Sydow et alii (note 13) fournit p. 447-449 un cas de réseau d'assurances.

 

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