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Magazine / Politique / L'élargissement de l'UE / Article | 08.03.2007

Les petits États. Moteurs de la Construction Européenne?, de Silvia von Steinsdorff

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How smart is small?

La formule « small is smart » a ceci de saisissant qu'elle relativise à deux égards l'importance des duels de prestige autour des voix et des sièges dans les instances décisionnaires de l'Union tels que nous les avons présentés en introduction. D'abord, ces critères formels (cf. supra) ne permettent pas de mesurer de façon fiable le poids réel d'un État membre dans la politique de construction européenne. Ensuite : dans un contexte d'instances décisionnaires pluralistes et supranationales, cela peut même être un avantage que d'avoir peu de pouvoir formalisé, car la marge de manœuvre d'initiatives politiques smart (soit à la fois intelligentes et heureuses) ne s'en trouve pas réduite, mais élargie.

Si l'on revient maintenant sur l'action des petits membres durant la période récente, il apparaît néanmoins que tous les acteurs ne sont pas convaincus de ces prémisses. Les avantages avérés que retirent les États relationnellement petits de l'adhésion ne font pas automatiquement de leurs populations et de leurs élites des partisans engagés d'une construction approfondie. Même si la plupart des petits États ont compté depuis le début parmi les moteurs les plus sûrs de la construction, il y a eu aussi des évolutions en sens inverse. En particulier le Danemark a révélé un net euroscepticisme quand les électeurs se sont prononcés à une majorité serrée contre le traité de Maastricht qui devait relancer la construction européenne sur des terrains importants.[1] Il fallut lui aménager quatre domaines dérogatoires, d'opting out, pour que le traité d'Union entre finalement en vigueur.[2]

Un explication possible du veto danois est la peur d'un abandon traumatisant, pour un petit pays, de souveraineté. Ce qui pourrait encore expliquer une certaine réserve, perceptible, chez quelques-uns des nouveaux petits membres d'Europe centrale et orientale devant une poursuite de l'élargissement.[3] Il est encore trop tôt pour émettre des jugements fondées sur le rôle à venir des sept petits États de l'UE issus de l'ex-bloc soviétique. Freins ou moteurs de la construction européenne? Arriveront-ils à se débrouiller avec cet héritage historique qu'est le sentiment latent d'une menace des grands voisins de l'Est et de l'Ouest ? Cela devrait compter pour beaucoup. Árpád Göncz, le premier Président hongrois du postcommunisme, parlait, et pas seulement à l'endroit de son propre pays, de paranoïa nationale, alimentée par le complexe diffus d'infériorité des petits pays et par une peur profondément enracinée des aspirations des grands à l'hégémonie.[4]

Dans ce contexte, ce sont les bénéfices réels, déjà acquis et à venir, au sein de l'UE qui pourraient être déterminants. Le scepticisme résultant de l'abandon partiel d'une souveraineté à peine conquise pourrait s'estomper dans la mesure même où les avantages de la petite taille dans le système décisionnaire de l'Union européenne se ressentiront. Il en est deux qui sont évidents en ce qui concerne les pays d'Europe centrale et orientale à côté des possibilités décrites plus haut de poids proportionnellement supérieur – institutions et acteurs – dans le processus de décision communautaire et valant pour tous.

Premièrement: l'adhésion à l'UE (qui vient compléter l'intégration déjà accomplie dans l'OTAN) comporte une évidente perspective sécuritaire.
En particulier les pays baltes, mais également la Slovénie, ont trouvé dans le gain tangible en matière de sécurité et de marge de manœuvre extérieure une compensation à l'abandon de souveraineté.[5] Deuxièmement: comme en attestent les expériences positives de l'Irlande, de la Grèce ou du Portugal après de précédents élargissements, c'est justement au plan économique que les avantages des petits pays dont les économies se caractérisent par leur faiblesse relationnelle sont les plus importants et se ressentent le plus rapidement. Le Produit intérieur brut (PIB) par habitant indique assez les bénéfices plus ou moins rapides que les États d'Europe centrale et orientale peuvent attendre.

Les petits membres de l'UE, entre-temps si nombreux, vont-ils s'avérer majoritairement en tant que moteurs de la construction européenne à venir ? Cela dépend de la perpétuation ou non d'une leçon dont justement les petits membres avaient pleine conscience à l'époque de la fondation: le caractère supranational de l'UE, unique en son genre dans les relations internationales, reposait sur la volonté de ses membres de ne plus recourir à la force – pour l'essentiel militaire – dans les rapports qu'ils entretenaient, mais aux principes du droit.[6] Même si tous les membres bénéficient de ce principe, c'est surtout pour les petits pays que les conséquences en sont déterminantes. Car la puissance proverbiale des plus forts représentait précisément de leur point de vue, depuis des siècles, une menace vitale. La consolidation et l'approfondissement de l'UE sont de la sorte sans conteste dans leur intérêt national.

[1] Par exemple la mise en place de l'Union économique et monétaire (UEM), l'approfondissement en matière de Justice et d'Affaires intérieures communes, de même que l'intensification de la coopération en Politique étrangère et de sécurité communes (PESC).

[2] Cf. pour le détail de ces arrangements et les raisons du « non » danois, Uffe Balslev, « The Danish Case : International Involvement as the Small State's Remedy for Great Power Dominance », in L. Goetschel (note 11), p. 107-124.

[3] Cf. par exemple Kai-Olaf Lang, « Störenfriede oder Ideengeber ? Die Neuen in der GASP », Osteuropa 54, 2004, 5-6, p. 443-459.

[4] Cf. Árpád Göncz, « Small Nations », in Ferenz Glatz (éd.), Die kleinen Nationen in Europa, Budapest, 1997, p. 9-10.

[5] Cf. à propos des pays baltes, Aivars Stranga, « The Baltic States in the European Security Architecture », in Atis Lejins, Zaneta Ozlina (éd.), Small States in a Turbulent Environment. The Baltic Perspective, Riga, 1997 ; au sujet de la Slovénie, Anton A. Bebler, « Security Policy of a Small Central-European Candidate for the Enlarged EU : Slovenia », in L. Goetschel (note 11), p. 125-138.

[6] Cf. Antti Kuosmanen, « Decision-Making in the Council of the European Union », in L. Goetschel (note 11), p. 78.

 

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