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Magazine / Politique / L'UE et l'OTAN / Article | 08.11.2007
Alliance de défense en évolution – l'OTAN, de Bernard von Plate
Des perspectives d'avenir incertaines
Notamment la guerre contre la Yougoslavie, avec l'expérience de la propre dépendance et de l'insuffisance militaire, a conforté certains Etats de l'Union européenne dans la conviction d'aspirer à une capacité d'action militaire sans chaque fois devoir recourir aux moyen de l'Otan et surtout des Etats-Unis.
Ces tendances au sein de l'UE ont fait de la relation à l'Otan un sujet de discussions transatlantiques. Sur le fond, la question est de savoir si une Politique Européenne de Sécurité et de Défense (ESVP) affaiblit la cohésion de l'Otan. Par exemple les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Pologne pressent l'Alliance Atlantique de jouer un rôle central dans le soutien de missions humanitaires.
Au-delà de cette polémique qualifiée par des diplomates de « concours de beauté », on est cependant d'accord sur le fait que l'Europe doit jouer un rôle plus prépondérant dans la relation transatlantique et que l'Otan, contrairement aux prémisses de la guerre en Irak, devrait être plus exploitée comme forum de débats politiques. Si l'accord mutuel échoue, il faut non seulement compter sur des difficultés entre les partenaires de part et d'autre de l'Atlantique, mais aussi sur un relâchement des structures de l'Alliance.
Des attentes contradictoires
Lors de son sommet à Prague en 2002, l'Otan a pris deux décisions concernant l'avenir : l'intervention en dehors de son propre territoire (exemple : Afghanistan) et la mise en place d'une « NATO Response Force » (NRF). Elle doit compter 25 000 soldats, pouvoir être mise en marche en l'espace de cinq à sept jours et pouvoir intervenir partout dans le monde sans ravitaillement de l'extérieur pendant au moins trente jours. Ces objectifs doivent être atteints fin 2006. La NRF fait figure de réponse face à des menaces nouvelles comme les attentats de New York et Washington du 11 septembre 2001. Elle a déjà été mise à contribution pour des actions de sauvetage après le grave tremblement de terre au Pakistan en octobre 2005.
Pour la première fois au cours de ses 52 ans d'existence, l'Alliance a parlé, après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, en se référant à l'Article 5 du traité de l'Otan, d'une agression contre un membre et a déclaré le cas d'alliance. Mais les Etats-Unis ont mené la guerre contre le régime taliban en Afghanistan avec une coalition d'Etats indépendante de l'Otan. Ce qui a bientôt soulevé la question de savoir si la guerre confirme la perte de signification militaire de l'Alliance Atlantique ou bien si elle va être à l'avenir progressivement intégrée dans un rôle global répondant notamment aux vues américaines.
Quatre ans plus tard, l'Otan a pris en Afghanistan le contrôle des mesures de reconstruction et de sécurité à la tête de la « Troupe de protection internationale pour l'Afghanistan » (Isaf) à laquelle participent plus de 8 000 soldats de 36 Etats différents. Que cela soit un modèle pour des cas similaires, c'est ce que l'on ignore. Les attentes envers l'Alliance sont ici trop contradictoires. On ne sait donc pas ce qu'elle doit accomplir à l'avenir et où elle peut être mise à contribution.
C'est ainsi que depuis le début de l'année 2006, des voix venues des Etats-Unis et de Grande-Bretagne insistent pour que l'Alliance soit transformée en une agence de sécurité globale et que sa politique de partenariat soit étendue au Japon, à la Corée du Sud, à la Nouvelle-Zélande et à l'Australie. Il semble tout à fait possible que l'Otan 2009 convienne, à l'occasion de son soixantième anniversaire, de tâches supplémentaires et décide de s'agrandir en direction de l'Asie.
Mais l'avenir de l'Otan dépend aussi de savoir si et dans quelle mesure une alliance axée depuis des décennies sur la mise en échec d'agressions entre des Etats est apte à parer d'autres types de dangers. Autre point également discutable : face à des menaces terroristes, un seul Etat ne peut-il pas agir plus vite et plus efficacement – par exemple grâce aux informations de ses services secrets – qu'un grand nombre de membres alliés ?
Notons quand même que dans un premier temps, les Etats-Unis ont eu bien peu recours à l'Otan en Afghanistan comme en Irak. Toutes les opinions sont représentées dans le fait de savoir si l'Alliance est seulement en train d'évoluer dans sa signification ou bien si elle est déjà sur la voie de l'insignifiance. L'avenir de l'Otan reste lourd de suspense.
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