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Magazine / Politique / Populisme / Article | 22.10.2007
Le populisme dans les partis politiques en Allemagne et aux Pays-bas, de Paul Lucardie
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Le populisme aux Pays-Bas
Au 20ème siècle, les partis à tendance populiste n'ont connu qu'un succès limité aux Pays-Bas. Dans les années soixante et soixante-dix, le parti des paysans n'était représenté que par quelques députés au parlement; Dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, Hans Jamaat y a présenté ses idées (relativement libérales) nationalistes dans un style populiste (dans un premier temps pour le Parti du centre, puis pour les Démocrates du centre)[1]. En 1994, le Parti socialiste (Socialistische Partij, SP) a également réussi a obtenir deux sièges à la chambre basse grâce à une campagne populiste dont le mot d'ordre était « votez contre, votez PS! » Le PS avait été fondé en 1971 en tant que Parti communiste (Marxiste-léniniste) des Pays-Bas, mais il avait par la suite successivement écarté le maoïsme, le léninisme et même le marxisme, à la fin des années quatre-vingt-dix.
Ce n'est qu'en 2002 que le populisme néerlandais fit une percée. Le PS était de retour au Parlement avec neuf députés et aux côtés de deux nouveaux partis, « Leefbaar Nederland » (Les Pays-Bas « où il fait bon vivre ») et « Lijst Pim Fortuyn » (la Liste Pim Fortuyn, LPF), qui remportèrent respectivement 2 et 26 sièges à la chambre basse, sur un total de 150 sièges. Ces trois partis se sont partagés pratiquement le quart des voix de l'électorat du pays. Le parti Leefbaar Nederland s'était distingué parmi les partis qui s'étaient présentés aux élections régionales (ces partis ayant des noms similaires, tels que Leefbaar Utrecht et Leefbaar Hilversum) et qui disaient vouloir rendre le pouvoir aux citoyens qui avaient établi les partis, pouvoir qui leur avait été prétendument retiré par les hommes politiques de carrière[2]. La solution préconisée était le recours au scrutin directe pour les maires et pour les Ministres présidents, et, naturellement, le recours aux référendums.
En novembre 2001, les membres du Parti ont élu le célèbre, mais également controversé journaliste et sociologue Pim Fortuyn à la tête du parti. Quelques années plus tôt, Fortuyn avait défrayé la chronique avec son livre intitulé « Contre l'islamisation de notre culture » . Ses critiques sur la culture islamique et sur la société multiculturelle avaient trouvé un écho favorable au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Sa personnalité charismatique et sa médiatisation avaient permis de briser les tabous sur ce sujet dans une société néerlandaise consensuelle[3]. Il ne réussit cependant pas à convaincre la direction du nouveau parti, Leefbaar Nederland. Celui-ci se trouva divisé en février 2002, trois mois avant les élections législatives. Fortuyn en sortit pour fonder son propre parti, la Liste Pim Fortuyn, et mena une campagne mouvementée et très suivie, qui fut toutefois soldée par une issue dramatique : il a été assassiné 9 jours avant les élections par un activiste de gauche, défenseur de la cause animale. Après sa victoire, son parti accepta d'intégrer la coalition gouvernementale (avec les Chrétiens-démocrates et les Libéraux). Sans organisation formelle, sans centre stratégique, sans unité idéologique ou culture du parti, et sans son leader charismatique, la LPF fut cependant incapable de relever le défi et s'effondra au bout de 4 mois. Elle perdit 16 sièges lorsque de nouvelles élections furent organisées en janvier 2003. Mais les divisions internes du parti ont persisté même lorsqu'il est passé dans l'opposition. Quatre ans plus tard, le parti n'obtenait que 0,2 pour cent des voix aux élections. Leefbaar Nederland s'est également effondré et a quitté les sièges du parlement dès 2003.
Toutefois, le populisme n'a pas disparu de la chambre basse néerlandaise. Il est encore en partie présent au sein du PS, bien que ce dernier se soit rapproché de la Social-démocratie, ayant même réussi à remporter 25 sièges aux élections de 2006. Le parti pour la Liberté (Partij voor de Vrijheid, PVV), fondé au cours de l'année électorale par Geert Wilders, membre indépendant de la chambre basse est à l'inverse plus populiste. En 2004, Wilders s'était retiré du parti populaire libéral pour la liberté et la démocratie ( Volkspartij voor Vrijheid en Democratie, VVD) car il était farouchement opposé à l'adhésion de la Turquie à l'union Européenne. Par ses critiques virulentes de l'islam, il s'était attiré les menaces de fanatiques religieux musulmans, raison pour laquelle il était sous protection permanente. Ainsi, afin de gagner des voix, il a été présenté dans certains milieux comme un "martyre". En 2005, tout comme le PS, il se mit en campagne contre la constitution européenne. Le succès fut au rendez-vous pour les populistes: la constitution a été rejetée par plus de 63 pour cent des électeurs lors d'un référendum exceptionnel. Au cours des élections de 2006, le PVV, sous la conduite rigoureuse de Wilder, remporta du premier coup 6 pour cent des voix et neuf sièges. Le caractère populiste du parti pouvait être rapidement identifié dans un bref programme électoral: « L'élite politique néerlandaise nie systématiquement les intérêts et les problèmes des citoyens »[4]. C'est pourquoi le Parti exige entre autres le recours aux référendums et au scrutin direct pour les élections des maires et des Ministres présidents. Le parti prônait par ailleurs l'arrêt des constructions des mosquées dans les cinq années à venir, de même que la fin de l'immigration des ressortissants de la Turquie et du Maroc. Bien qu'incontestablement conservateur et nationaliste, Wilders a rarement eu recours a des termes comme « peuple » ou « communauté nationale », probablement en raison de son background libéral.
[1] Pour une vue d'ensemble courte, cf. PAUL LUCARDIE, Populismus im Polder: Von der Bauernpartei bis zur Liste Pim Fortuyn, in ed. N. WERTZ (note 2).
[2] cf. Leefbar Nederland, Leefbar Nederland komt er NU aan! (Manifeste 2002 ) in ed. JOOP VAN HOLSTEYN et. al., Verkiezingsprogramma's 2002 & 2003, Amsterdam 2003, pp. 311-313.
[3] Le fait que ces sujets (l'Islam et la société multiculturelle) étaient plus tabouisés aux Pays Bas qu'en Allemagne nous est expliqué par FRANK ECKHARDT, Pim Fortuyn und die Niederlande. Populismus als Reaktion auf die Globalisierung, Marburg 2003, pp. 85-98.
[4] Partij voor de Vrijheid, Verkiezingspamflet in ed. HUIB PELLIKAAN et. al., Verkiezing van de Tweede Kamer der Staten Generaal 22 november 2006: vierkiezingsprogramma's, Amsterdam 2006, p.407 (traduit du néerlandais).
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