Roumanie : Le pouvoir des barons des médias

Sous le coup d’accusations de corruption, une partie des magnats de la presse s’est retrouvée en prison. Leurs médias sont enlisés dans une profonde crise économique et leur crédibilité a du plomb dans l’aile.

Le baron de la presse Dan Voiculescu. (© picture-alliance/dpa)
Le baron de la presse Dan Voiculescu. (© picture-alliance/dpa)
Fin 2006, la chaîne de télévision privée Antena 3 avait lancé une série de fausses nouvelles fracassantes visant à discréditer le Premier ministre de l’époque, Dacian Ciolos, le faisant passer pour un "agent défendant des intérêts étrangers". Ciolos, un des politiques les plus populaires du pays, a su réagir avec la plus grande sérénité. Dans un débat télévisé sur un plateau de la chaîne partiale, il avait démontré in extenso pourquoi ces annonces ne pouvaient pas être vraies.

Les spectateurs d’Antena 3 ont eu droit à un grand moment de journalisme : ils ont enfin eu l’occasion de se forger leur propre opinion.

La liberté d’opinion ou une couverture libre et impartiale des événements est cependant loin d’être la priorité des oligarques roumains et de leurs médias. Dans les années 1990, ils avaient créé des chaînes de radio et des journaux à seul dessein de faire de la politique et des affaires et de devenir riches, puissants et influents. On ne s’étonne donc pas que la majorité des magnats doivent aujourd’hui comparaître en justice pour leurs pratiques douteuses. C’est notamment le cas de Dan Voiculescu, dont le trust médiatique Intact est propriétaire d’Antena 3.

Les oligarques n’ont pas pour autant disparu du marché des médias. Ils gèrent leurs affaires depuis la prison. Ils se heurtent toutefois à la concurrence qui règne sur un marché des médias soumis à une extrême pression économique. Ces dernières années, en raison de la chute libre des recettes publicitaires, une partie des entreprises médiatiques ont déposé le bilan. Les retards de paiement sont monnaie courante dans presque toutes les rédactions. Dans ce contexte, les journalistes roumains se laissent souvent corrompre, selon l’agence de monitoring de la presse Active Watch : les autorités et les entreprises les achètent en contrepartie d’une bonne presse. Les autorités locales et les entreprises privées peuvent ainsi contrôler l’ensemble de la presse d’une ville et se comporter en barons locaux.

C’est pourquoi une partie importante des rédactions est embourbée non seulement dans une crise économique, mais aussi dans une profonde crise de crédibilité. Des journaux qui, peu après la révolution de 1989, avait atteint un lectorat de plusieurs millions et s’étaient imposés comme journaux de référence dans la liberté de la presse fraîchement acquise, ont finalement dû essuyer de lourdes pertes de leurs tirages. "Beaucoup de lecteurs estiment que sachant que les journaux sont manipulés, il ne vaut pas la peine de dépenser son argent à les acheter" déclare Petrişor Obae, journaliste spécialiste de la question des médias. Le tirage de célèbres quotidiens compte souvent moins de 10.000 exemplaires ; seul leur site Internet gratuit leur permet encore de jouer un certain rôle dans le paysage médiatique.

Depuis longtemps, une communauté de blogs s’est établie sur Internet : elle est souvent la seule alternative sérieuse à la couverture des événements par les médias conventionnels. Elle se finance par des plateformes de financement participatif, des dons ou d’autres fonds de projet et publie, sur des portails de blog comme Contributors ou CriticAtac, des commentaires critiques en marge du discours mainstream. Rise Project, portail dédié aux enquêtes d’investigation, a vu le jour dans cet esprit.

Classement pour la liberté de la presse :
Reporters sans frontières : rang 46 (2017)
Freedom House : Rang 74 – statut : partiellement libre (2016)

Mise à jour: Mai 2017
Rechercher un média

Médias de Roumanie à euro|topics

Rechercher un média