Russie : des médias sous contrôle de l’Etat

La mainmise de l’Etat est la grande caractéristique des médias russes. La quasi-totalité des chaînes de télévision et les principaux journaux appartiennent soit directement à l’Etat, soit à des oligarques ou groupes proches du pouvoir. L’Internet en revanche offre plus d’espaces de liberté.

Le mur du Kremlin à Moscou. (© picture-alliance/dpa)
Le mur du Kremlin à Moscou. (© picture-alliance/dpa)
Eclaboussé par les révélations des Panama-Papers et par des scandales sur sa fille, Poutine avait fait pression sur le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, pourtant considéré comme relativement modéré. Ce dernier avait alors dû céder aux objurgations du Kremlin de faire tomber des têtes dans la rédaction de son holding médiatique RBK. Le ton de la couverture est tout de suite devenu plus conciliant. En 2017, Prokhorov a définitivement jeté l’éponge, revendant RBK à Grigori Berioskin, qui détenait déjà le journal à sensation Komsomolskaïa Pravda.

Généralement, les chaînes télévisées abondent dans le sens du Kremlin. Les chaînes indépendantes sont réduites à faire dans le divertissement ou à diffuser ses programmes par satellite ou sur Internet.

Dès son entrée en fonction en l’an 2000, Poutine a commencé par mettre au pas la chaîne NTV, qui défendait les idées de l’opposition et appartient depuis au holding Gazprom-Media. Les journaux et les médias en ligne, en revanche, jouissent de davantage de liberté que la télévision. Dans le domaine de la presse imprimée, l’Etat poursuit cette même stratégie qui consiste à transférer le contrôle des rédactions à des hommes d’affaires proches du Kremlin et tributaires du bon vouloir de l’Etat - comme l’illustre l’exemple de RBK.

Le journal Novaïa Gazeta et la station de radio Ekho Moskvy (bien qu’elle soit la propriété du groupe proche du Kremlin Gazprom-Media Holding) sont aujourd’hui les seuls derniers médias de grande diffusion classiques explicitement critiques et qui donnent la parole aux voix d’opposition.

Concernant le journalisme sur Internet, l’emprise de l’Etat est moindre. On y trouve plusieurs portails proches de la majorité et assidûment fréquentés, tandis qu'un certain nombre de sites critiques envers le régime ont été fermés ces dernières années - accusés pour la plupart de publier des contenus jugés extrémistes. Au demeurant, c’est sur la Toile que l’on trouve le plus de médias libres (par ex. newsru.com, Republic ou fontanka.ru). Sur les blogs et les réseaux sociaux, un discours largement libre prévaut.

Un aménagement de la loi sur les médias, adoptée en 2014, a interdit aux citoyens étrangers de fonder des médias en Russie et, à partir de 2017, limité à 20 pour cent la hauteur de leur participation à des médias russes. Cette nouvelle législation a entraîné le retrait de Russie de l'éditeur Axel-Springer-Verlag, qui y publiait notamment l’édition russe de Forbes. Le groupe Sanoma a lui aussi revendu les parts qu’il détenait dans les journaux Vedomosti et The Moscow Times. Les médias étrangers paraissant en langue russe - tels que Deutsche Welle, la BBC ou le portail Meduza.io - peuvent toutefois être librement consultés.

Dans l’ensemble, malgré toutes les restrictions de la liberté de la presse, l’information libre reste accessible. Au demeurant, la politique du Kremlin en matière de médias étant ce qu’elle est, il faut vraiment rechercher activement l’information pour la trouver.

Classement pour la liberté de la presse (Reporters sans frontières) :
rang 148 (2018)

Mise à jour : mai 2018
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