Russie : des médias sous contrôle de l’Etat

La mainmise de l’Etat est la grande caractéristique des médias russes. La quasi-totalité des chaînes de télévision et les principaux journaux appartiennent soit directement à l’Etat, soit à des oligarques ou groupes proches du pouvoir. L’Internet en revanche offre plus d’espaces de liberté – du moins pour l’instant encore.

Manifestation à Moscou, le 11 juin 2019, pour la libération du journaliste d'investigation Ivan Golounov.
Manifestation à Moscou, le 11 juin 2019, pour la libération du journaliste d'investigation Ivan Golounov.
La presse papier est devenue un phénomène marginal dans le paysage médiatique russe. Mais l’Etat n’en a pas moins recours à la stratégie consistant à transférer le contrôle des rédactions à des hommes d’affaires proches du Kremlin et tributaires du bon vouloir de l’Etat. C’est ce qu‘il est advenu du portail RBK en 2016/17. Au printemps 2020, suite à un changement de propriétaire à la tête du journal économique libéral Vedomosti, une évolution similaire se dessine : la rédaction dénonce dans ses propres colonnes la nomination du nouveau rédacteur en chef.

Les médias faiseurs d’opinion sont les chaînes de télévision et les portails en ligne. Dans leurs JT et leurs magazines, les programmes de télévision abondent tous dans le sens du Kremlin. Les chaînes indépendantes sont réduites à faire dans le divertissement ou à diffuser leurs programmes par satellite ou sur Internet, comme le fait par exemple la chaîne Dojd.tv.

Les journaux et les médias en ligne, en revanche, jouissent de davantage de liberté que la télévision. Le journal Novaïa Gazeta et la station de radio Ekho Moskvy (bien qu’elle soit la propriété du groupe proche du Kremlin Gazprom-Media Holding) sont aujourd’hui les seuls derniers médias de grande diffusion classiques explicitement critiques et qui donnent la parole aux voix d’opposition.

Concernant le journalisme sur Internet, l’emprise de l’Etat est moindre, bien qu’elle augmente d’année en année. Ainsi, un certain nombre de sites critiques envers le régime ont été fermés ces dernières années - accusés pour la plupart de publier des contenus jugés extrémistes. En dépit de blocages, les forums concernés, notamment MBK Media ou grani.ru restent accessibles, en suivant des liens de renvois, si bien que la plupart des médias indépendants restent consultables en ligne (c’est par exemple aussi le cas de newsru.com, Republic ou fontanka.ru). Sur les blogs et les réseaux sociaux, un discours largement libre prévaut, du moins pour l’instant encore. Cette liberté est toutefois de plus en plus mise à mal par les accusations de "fake news", de propos "extrémistes", d’atteinte à la sensibilité religieuse ou encore d’outrage aux représentants de l’Etat que ces médias feraient prétendument circuler. Les amendes encourues atteignent des montants vertigineux propres à menacer les médias dans leur survie.

La loi sur les médias interdit aux citoyens étrangers de fonder des médias en Russie et à partir de 2017, limite à 20 pour cent la hauteur de leur participation à des médias russes. Les médias (ainsi que leurs collaborateurs de services politiques) financés, même partiellement, par l’étranger, peuvent en outre être classés "agents de l’étranger", ce qui les expose à des contrôles plus stricts. Les médias étrangers paraissant en langue russe - tels que Deutsche Welle, la BBC ou le portail Meduza.io régi depuis Riga - peuvent toutefois être librement consultés.

Dans l’ensemble, malgré toutes les restrictions de la liberté de la presse, l’information libre reste accessible. Au demeurant, la politique du Kremlin en matière de médias étant ce qu’elle est, il faut vraiment rechercher activement l’information pour la trouver.

Classement pour la liberté de la presse (Reporters sans frontières) :
Rang 149 (2020)

Mise à jour : avril 2020

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