Crise gouvernementale en Autriche

En Autriche, suite à la démission du vice-chancelier conservateur autrichien Reinhold Mitterlehner (ÖVP), la coalition entre les sociaux-démocrates du SPÖ et les conservateurs de l’ÖVP est en crise. Des élections anticipées apparaissent de plus en plus probables. Selon les éditorialistes, les conservateurs ont toutes les chances de leur côté.

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Jutarnji list (HR) /

La soif d'aventure de l'ÖVP

La crise gouvernementale tombe à point nommé pour le parti conservateur ÖVP, fait valoir Jutarnji list :

«Il faut croire que les conservateurs jugent le moment propice à des élections anticipées, après la déconfiture des radicaux en France et aux Pays-Bas et au moment où en Allemagne, les sociaux-démocrates sont en perte de vitesse. Forts d'une figure extrêmement populaire, [le ministre des Affaires étrangères Sebastian] Kurz, et à la faveur de l'accalmie dans l'électorat, maintenant que la crise des réfugiés est passée - grâce à Kurz - les conservateurs espèrent devenir le premier parti et pouvoir choisir librement leur partenaire de coalition. Un plan qui comporte probablement beaucoup de dangers, mais en politique, c'est un atout que de prendre des risques, car c'est une preuve de courage et de détermination. Des qualités que les électeurs apprécient.»

Mladá fronta dnes (CZ) /

Le retour du FPÖ

Mladá fronta dnes conjecture l'issue d'éventuelles élections anticipées :

«Depuis longtemps déjà, il caracole en tête des sondages, le parti protestataire du FPÖ dont le candidat a échoué de justesse à la présidence. C'est pourquoi son retour au gouvernement est envisageable, mais cette fois-ci en tant que première force. Tant dans les rangs des socialistes (SPÖ) que dans ceux des conservateurs (ÖVP), on trouve des partisans d'une coopération pragmatique avec le FPÖ. C'est les conservateurs de l'ÖVP qui présentent le plus de points communs avec les 'Libéraux' du FPÖ [extrême-droite]. Sebastian Kurz (ÖVP), actuel ministre des Affaires étrangères - une des figures politiques les plus populaires du pays - est probablement le seul politique acceptable d'un parti largement boudé par les électeurs. Un scénario envisageable serait, qu'après les élections, Kurz continue son parcours politique en tant que chef de l'ÖVP et vice-chancelier, mais au sein d'un gouvernement dirigé par le chef du FPÖ Heinz-Christian Strache. Une autre option consisterait à reprendre le modèle utilisé en 2000 : Le FPÖ nommerait Kurz chancelier pour ensuite pouvoir participer au gouvernement.»

Die Tageszeitung taz (DE) /

A la recherche de nouveaux partenaires

Les sociaux-démocrates et les conservateurs au gouvernement sont en profond désaccord, observe le quotidien taz :

«Le cartel au pouvoir SPÖ-ÖVP, qui, il fut un temps, représentait plus de 90 pour cent des électeurs, est un modèle qui a fait son temps - et la perspective d'une nouvelle édition à l'issue des prochaines élections est considérée comme une menace dangereuse. Avec le remaniement de l'ÖVP suite à la démission du président du parti et vice-chancelier Reinhold Mitterlehner, des élections anticipées à l'automne prochain sont presque inévitables. ... Sur pratiquement toutes les questions centrales où des réformes sont à l'ordre du jour, les avis divergent et chacun veut satisfaire ses propres électeurs : école, impôts, Etat policier. Seul le rejet en bloc des migrants fait maintenant l'unanimité et on voit les deux partis marcher au pas à la musique du FPÖ d'extrême-droite. ... Difficile de prédire la composition du prochain gouvernement. Mais il y a fort à parier qu'aussi bien l'ÖVP que le SPÖ préférerait faire coalition avec le FPÖ plutôt que d'essayer de s'entendre avec leur adversaire.»

Süddeutsche Zeitung (DE) /

Vers une coalition avec l'extrême droite ?

Die Süddeutsche Zeitung évoque les raisons du retrait de Reinhold Mitterlehner :

«Le vice-chancelier autrichien a démissionné car il en avait assez qu'on lui demande sans cesse quand il laisserait sa place à son jeune concurrent, au lieu de l'interroger sur son travail. Sebastian Kurz, populaire ministre des Affaires étrangères, n'a jamais publiquement brigué ce poste ; le bras de fer a eu lieu en coulisses, entre différents centres de pouvoir, dans la tradition suicidaire de l'ÖVP. Les rangs de ceux qui aspirent à un renforcement du parti avec Kurz et à une coalition avec le [parti d'extrême droite] FPÖ se sont visiblement étoffés. Mitterlehner aurait en théorie opposé une plus grande résistance à un projet d'alliance chrétiens-démocrates/extrême droite. Si le SPÖ, qui ne veut pas d'élections anticipées, sonne l'alerte quant à un possible accès du FPÖ au pouvoir, il ne récoltera que l'indifférence des nombreux conservateurs qui misent tout désormais sur Kurz.»

Salzburger Nachrichten (AT) /

Une mise à l'épreuve loin des projecteurs

Kurz est maintenant appelé à faire ses preuves en tant que vice-chancelier, lit-on dans Salzburger Nachrichten:

«Sebastian Kurz doit donc quitter la scène internationale pour s'abaisser au niveau des affaires courantes du gouvernement. Il peut et même il doit désormais montrer ce dont il est capable. Jusqu'à présent, on connaît surtout le ministre des Affaires étrangères et de l'immigration comme l'artisan de coopérations internationales en vue de contenir l'immigration. Or en tant que vice-chancelier, il devra s'occuper de finances, d'éducation, d'économie, d'agriculture, de politique sociale et de santé ou encore de logement. Dans tous les pays civilisés, les ministres des Affaires étrangères comptent parmi les politiques les plus populaires. Ils sont perçus par les électeurs comme autant de représentants glamour de leur pays dans le vaste monde, et sont loin d'être assimilés aux désagréables réalités que sont les hausses d'impôts ou la suppression de subventions.»