Quid de l'Europe après la débâcle du G7 ?

La volte-face de Donald Trump a fait virer au fiasco le sommet du G7 au Canada. Après avoir quitté la rencontre, le président américain a annulé via Twitter la signature du communiqué final sur le libre échange - motivant sa décision, entre autres, par l'adoption de droits de douane par le Canada en réponse à ceux des Etats-Unis. La presse se demande si l'Europe devrait s'émanciper des Etats-Unis.

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Blog Pitsirikos (GR) /

Trump contraint l'Allemagne à revoir ses positions

Suite au G7, Merkel a préconisé dimanche, dans le cadre d'un entretien télévisé, une Europe plus unie et plus forte. Le blogueur Pitsirikos y voit une lueur d'espoir :

«L'Allemagne est tombée sur plus puissant qu'elle et l'on a immédiatement vu que l'Allemagne et l'UE étaient nues. Aussi étrange que cela puisse paraître, le protectionnisme économique de Trump pourrait tourner à l'avantage de l'UE. ... Washington inflige des camouflets à Berlin, et l'Allemagne comprend qu'elle a aussi besoin des autres pays de l'UE pour pouvoir réagir. ... Je crois que nous discernons tous une évolution dans l'attitude de l'Allemagne. Trump fait des miracles. Trump peut sauver l'Union européenne.»

Wpolityce.pl (PL) /

Merkel et Macron ne font que brasser du vent

L'Europe ne peut se passer des Etats-Unis, juge le portail Wpolityce.pl :

«Contrairement à ce qu'affirment Merkel et Macron - qui cherchent à se soustraire à l'influence de plus en plus gênante des Etats-Unis - il n'y a pas d'alternative aux relations transatlantiques. ... L'UE est peut-être le premier bloc économique de la planète, mais son rôle est insignifiant au plan géopolitique. Il n'existe pas non plus d'autre grande puissance avec laquelle les Européens partageraient suffisamment d'intérêts et qui serait susceptible de remplacer les Etats-Unis. La Chine et la Russie, pour le moment, ne sont pas une option. ... Les Etats-Unis restent les garants de la sécurité de l'Europe. ... Lorsque Merkel et Macron parlent de représailles et d'autonomie, ce ne sont donc rien que des paroles en l'air.»

Le Figaro (FR) /

L'Occident ? Trop riche, trop vieux, trop peureux

L'Occident donne actuellement une image désastreuse de lui-même, se lamente Le Figaro :

«Le fait marquant de ce G7, c'est l'incapacité des dirigeants du camp occidental à raisonner stratégiquement. ... Embourbés dans leurs petites querelles économiques, Européens et Américains du Nord semblent incapables d'élever leur réflexion aux grands sujets de guerre et de paix : qui compte encore sur eux pour diminuer la fréquence des conflits ethnico-religieux à travers la planète ? Tout se passe comme si ces Occidentaux, enfants de la société de consommation, étaient devenus trop riches, trop vieux, trop peureux pour regarder en face les questions vraiment importantes, qui sont toujours religieuses, sociales, culturelles et idéologiques.»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

La réponse à Trump : le TTIP

Selon Neue Zürcher Zeitung, la suppression de tous les droits de douane et de toutes les subventions revendiquée par Trump mérite d'être prise au sérieux :

«Il y a mille et une raisons de voir dans la proposition de Trump une grossière tentative de faire diversion ne reposant sur aucun sérieux. ... Dans le même temps, il serait dommage de la rejeter en bloc. Ce à quoi on assiste actuellement est extrêmement dangereux, protectionniste et menace d'aboutir à une véritable guerre commerciale ... Le G7 serait en effet bien inspiré de réfléchir à l'intérêt que présenterait un accord de libre-échange intégral plurilatéral. ... Il existe déjà un cadre approprié. Il s'appelle partenariat transatlantique de commerce et d'investissement, et l'abréviation en anglais donne : TTIP.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) /

Abaisser les droits de douane en toute sérénité

Frankfurter Allgemeine Zeitung va plus loin encore et préconise une baisse des droits de douane :

«Non pas en guise de concession faite à Trump, mais dans notre propre intérêt, dans une perspective à long terme - sachant de surcroît que sur le marché automobile, nous ne nous exposerions pas à un grand risque, car l'industrie américaine ne propose pas de modèles qui se vendraient comme des petits pains en Europe. Quand ils sont à bout d'arguments, les défenseurs de la ligne dure lancent une ultime parade : en vertu des règles internationales du marché, l'Europe ne devrait pas refuser à des tiers, par exemple les Japonais, ce qu'elle accorde aux Américains. Et après ? Dans quelques années, ces droits de douanes seront eux-aussi supprimés - on pourrait donc tout aussi bien suivre la même politique envers les Américains. ... Les Européens ne feraient aucun sacrifice à Trump. Ils appliqueraient en pleine conscience ce dont ils professent les bienfaits pour toutes les parties prenantes.»

Financial Times (GB) /

De nouvelles alliances sans les USA

Financial Times ne voit qu'un seul recours : signer des accords de commerce qui se passent des Etats-Unis :

«Le G6 et d'autres pays partageant les mêmes convictions devraient se liguer à chaque occasion qui se présente pour résister au protectionnisme, essayer de contourner Trump en signant des accords commerciaux qui excluent les Etats-Unis et préserver le bon fonctionnement de l'appareil de coopération mondiale d'ici à ce que, espérons-le, la raison revienne à la Maison-Blanche. Ce week-end nous a donné à voir un monde qui déraille, dans lequel les Etats-Unis ont abdiqué leurs responsabilités. Le reste de la planète devrait en tirer les conséquences qui s'imposent.»

De Morgen (BE) /

L'indignation ne sert à rien

Ceux qui critiquent Trump n'ont pas eu grand chose à lui opposer jusqu'ici, ce qui trouble De Morgen :

«Les Américains qui ont voté Trump considèrent Trudeau et Merkel comme des imbéciles et se délectent des tweets que le grand gourou envoie depuis son Airforce One, dans lesquels il dénigre les autres dirigeants occidentaux comme de grands naïfs. ... Plus d'un an après son arrivée à la Maison-Blanche, Trump est passé maître en l'art d'amuser la galerie, de plaire et de rendre fiers beaucoup d'Américains. Ses opposants dans son pays et à l'étranger sont peut-être passés maîtres en l'art de s'indigner, mais cela n'est pas allé plus loin.»