Révolte en Iran : comment l'Occident doit-il réagir ?

Alors que le régime iranien répond au mouvement de protestation par des arrestations massives et une violence meurtrière, Amnesty International a fait savoir que des exécutions publiques de manifestants risquaient d'avoir lieu. Les ambassadeurs iraniens de plusieurs pays européens ont été convoqués. Le président américain, Donald Trump, a menacé de prendre des "mesures fermes" si des condamnations à mort étaient mises en œuvre.

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De Volkskrant (NL) /

Se montrer solidaire

Le courage des Iraniens mérite d'être soutenu, estime De Volkskrant :

«Le président Donald Trump a déjà resserré la vis face à Téhéran en matière d'échange commercial, mais il a d'autres cartes en main. Il peut notamment suivre la voie 'vénézuélienne' en concluant un nouvel accord (nucléaire) avec un régime au bord du gouffre. Les Iraniens courageux qui s'opposent à leurs dirigeants cruels méritent mieux et doivent être soutenus de l'extérieur par un front uni de pays. Cela inclut l'Europe, souvent trop conciliante, qui doit clairement faire comprendre qu'il n'y a plus de place à la table des négociations pour l'élite iranienne qui massacre son peuple.»

El Periódico de Catalunya (ES) /

Pouvoir critiquer l'islam politique

L'Europe est trop timorée avec l'Iran, en raison de sa retenue sur les questions liées à l'islam, fait valoir El Periódico de Catalunya :

«Pourquoi la presse occidentale ne porte-t-elle pas un regard plus attentif sur les événements en Iran ? Parce qu'elle ne sait pas comment se mettre lorsqu'il est question d'islam. … Les Iraniens ne luttent pas au péril de leur vie contre des conditions économiques intenables, mais contre un système islamique clérical qui considère la liberté comme un crime en l'attaquant sur tous les plans. … Ils combattent cet islam idéologique que l'Occident considère comme une spécificité culturelle au lieu d'y voir une idéologie. … Pour pouvoir rendre compte des événements en Iran, les médias devraient contourner cette règle qu'ils se sont infligée et qui consiste à ne pas s'autoriser à critiquer l'islam.»

Dserkalo Tyschnja (UA) /

Le risque d'un écrasement brutal du mouvement

Dzerkalo Tyjnia analyse :

«Les Iraniens ne sont pas de nature à prendre la fuite au premier coup de feu. En 1979, on entendait déjà ce slogan : 'Le sang des martyrs est le combustible de la révolution.' … Notons néanmoins que ceux qui détiennent le pouvoir ont déjà réussi plusieurs fois à mater la rébellion par des massacres. … Force est de constater que le régime a choisi cette voie. Il ne s'agit pas de seulement procéder à quelques tirs dans la rue, mais d'exécuter très démonstrativement des 'terroristes'. … Tant que les manifestants ne disposeront pas d'une structure organisationnelle stable leur permettant de mettre en place une résistance armée efficace contre les organes de répression, il n'est pas à exclure que le mouvement soit brutalement écrasé.»

Ekho (RU) /

Les mollahs sont les vrais "ennemis de Dieu"

La poétesse et journaliste Tatiana Voltskaïa se dit horrifiée par la répression obscurantiste du régime dans un message Telegram publié sur Echo :

«D'impitoyables vieillards enturbannés prévoient d'envoyer des dizaines de manifestants au gibet mercredi. On décide donc de mettre fin à la vie de dizaine de personnes dignes et dans la force de l'âge non pas lors de la dispersion de manifestants, mais au regard de tous, comme au Moyen-Age, pour dissuader les autres. Car comprenez le bien, il s'agit d''ennemis de Dieu'. Pourtant, Dieu a donné la liberté aux hommes et aux femmes. Les ennemis de Dieu sont donc en réalité ceux qui privent les autres de la liberté, pas ceux qui tentent de la récupérer. Mais les vieux hommes infâmes – qu'ils portent le turban ou des costumes à l'occidentale – inversent toujours les choses.»

Yetkin Report (TR) /

Le peuple en a assez

Si la crise économique a probablement mis le feu aux poudres, il existe de nombreux autres facteurs de contestation, commente Yetkin Report :

«Le coût de la vie n'est pas le seul motif. Les femmes ont été exclues de la vie politique, les jeunes générations ouvertes sur le monde se sont retrouvées soumises à un système politique sclérosé, et le pouvoir politique a été monopolisé par une petite élite théocratique. Ces évolutions ont eu pour conséquence de creuser le fossé entre le régime et la société. La véritable ligne de fracture ne se situe pas entre Washington et Téhéran, mais entre Téhéran et sa propre jeunesse, ses femmes et sa classe moyenne urbaine.»

Rzeczpospolita (PL) /

Le fils du shah pourrait avoir un impact

Les menaces de Washington ne sont probablement pas la seule source d'inquiétude pour le régime, estime Rzeczpospolita :

«Trump a déjà annoncé à trois reprises qu'il prendrait des mesures contre l'Iran si les manifestations étaient violemment réprimées. … Mais le pouvoir en place à Téhéran redoute moins Donald Trump que Reza Pahlavi, le fils du dernier shah d'Iran, qui a intimé à la population de 'descendre dans la rue'. A la suite de cet appel, le pays a vu déferler la plus grande vague de manifestations, les 8 et 9 janvier. Difficile de savoir si cette hausse spectaculaire du nombre de manifestants est une simple coïncidence ou une réaction à cet appel. Ce qui est très probable en revanche, c'est qu'une partie des Iraniens voient en lui un leader naturel de la révolte.»

Der Spiegel (DE) /

Les gardiens de la révolution, une organisation terrroriste

Der Spiegel exige de l'UE une action ferme contre les gardiens de la révolution :

«Les gardiens de la révolution contrôlent de larges pans des forces armées, de même que le programme balistique iranien, et son influence sur la politique et l'économie est grande. Son inscription sur la liste des organisations terroristes serait lourde de conséquences. Il serait alors possible de geler certains avoirs, d'empêcher à certains individus l'entrée sur le territoire de l'UE et de facilité les procédures judiciaires. Cette décision aurait aussi un poids symbolique : aucune force armée d'un Etat n'a jamais figuré sur cette liste depuis sa création. Il est urgent que les choses évoluent en ce sens.»

The Times (GB) /

Resserrer l'étau par le droit et l'information

The Times explique comment l'Occident, et en particulier la Grande-Bretagne, peuvent contribuer à donner de l'élan à la révolte :

«Nous devrions interdire les gardiens de la révolution au Royaume-Uni, durcir les sanctions à l'encontre des auteurs de violations des droits humains en Iran et constituer un dossier pour les traduire en justice devant la Cour pénale internationale. Nous avons également intérêt à déstabiliser davantage le régime en révélant au grand jour ses affaires de corruption et de soustraction de richesses, notamment l'exportation d'or vers l'étranger. Des cyberopérations nous permettraient de débusquer d'autres actions illégales de ce type. De même que les Etats-Unis ont facilité l'accès à Starlink, nous devons absolument développer le service en farsi de la BBC.»

Corriere della Sera (IT) /

Les gardiens de la révolution pourraient prendre la main

Si le guide suprême Ali Khamenei était renversé, les gardiens de la révolution seraient à l'affût, redoute Corriere della Sera :

«Depuis toujours, les gardiens de la révolution, une 'armée' parallèle dotée de sa propre marine, d'une division balistique et de services secrets, constituent le principal bouclier. Bien armés, avec une présence sur tout le territoire et des ressources considérables, ils ont bâti leur propre centre de pouvoir grâce aux liens avec le secteur économique. Certains observateurs n'excluent pas qu'ils remplaceront un jour formellement les religieux. Car, selon une autre interprétation, ce sont eux qui tiennent 'en otages' les ayatollahs.»

Observador (PT) /

La situation géopolitique plombe les dirigeants

Si les précédents mouvements de protestation avaient fini par être étouffés, il pourrait en aller autrement cette fois-ci, écrit Observador :

«Contrairement aux évènements précédents, eux aussi provoqués par les crises économiques et financières qui ne manquent pas dans un pays appauvri par la révolution chiite, l'Iran se trouve aujourd'hui dans une situation plus précaire encore. Son empire d'oppression chiite s'est effondré comme un château de cartes. Décapitation du Hezbollah et du Hamas par Tsahal, chute de Bachar Al-Assad en Syrie, attaques impunies d'Israël et des Etats-Unis sur la défense antiaérienne de la République islamique et son programme nucléaire – au Proche-Orient, la situation géopolitique tend à dicter le sort des régimes et leur politique intérieure.»

France Inter (FR) /

Une société divisée, une issue incertaine

La contestation ne suit pas de ligne claire et son issue reste incertaine, analyse le chroniqueur Pierre Haski dans la matinale de France Inter:

«Les Iraniens sont divisés entre ceux qui en sont venus à espérer une intervention extérieure à force d'échecs et de sang ; et ceux qui sont farouchement contre et pensent que ça fait le jeu du régime. A l'image d'une opposition morcelée. Mais il y a aussi la réalisation qu'au Venezuela, Trump n'a pas agi au nom de la démocratie, il a même laissé en place le régime décapité, de quoi faire déchanter pour ceux qui espèrent plus. Pour toutes ces raisons, le soulèvement iranien est encore incertain. Le seul élément incontestable, c'est le courage de ce peuple qui ne cesse de chercher à abattre les murailles qui l'enferment, jusqu'à ce qu'un jour, elles cèdent.»

Público (PT) /

Téhéran doit changer de cap

Une chute du régime recèle également de grands dangers pour la société civile, juge Público :

«La récente histoire du Proche-Orient montre comment l'effondrement soudain de régimes autoritaires peut ouvrir la voie au chaos, à la violence ethno-confessionnelle et à de longues guerres civiles – un scénario que de nombreux Iraniens redoutent tout autant qu'ils détestent leurs dirigeants. … La voie la plus pragmatique – et peut-être la seule envisageable – c'est que Téhéran reconnaisse qu'un changement de cap est nécessaire. La reprise de négociations sérieuses sur le programme nucléaire, la recherche d'un assouplissement des sanctions et la création de libertés économiques et sociales, afin de satisfaire les revendications de la population, ne sont pas un signe de capitulation, mais de survie.»

Ekho (RU) /

La brutalité l'emporte

Sans soutien extérieur, la révolte est vouée à l'échec, assure l'expert militaire Sergueï dans un post Telegram relayé par le portail Ekho :

«On ne trouve [côté manifestants] pas d'organisation dominante, pas d'armes et pas de participation au pouvoir. Jusque-là, le régime affiche une stabilité relative : son appareil est bien développé, armé et brutal. 10 individus armés et bien formés peuvent en soumettre 100 autres ; 100 individus en contrôler 10 000 autres, et ainsi de suite. Faute de stimulus extérieur (Trump a promis son aide), la contestation s'étiolera rapidement. Si un camarade de lutte est tué ou blessé à vos côtés, et qu'il n'y a pas de perspective de victoire, alors le désespoir s'installe, l'apathie prend le dessus et les gens retournent chez eux.»

Der Standard (AT) /

Menacé de toutes parts

Le régime iranien est dos au mur, juge Der Standard :

«Cette fois, le danger vient de l'intérieur comme de l'extérieur : les manifestants, dont certains sont enclins aux actes de violence, scandent 'à bas le dictateur !', tandis que la menace issue des Etats-Unis et d'Israël est de plus en plus réelle depuis la guerre des 12 jours de juin 2025. … Le ministre américain des Affaires étrangères, Marco Rubio, n'a de cesse de rappeler ce message, notamment sur le compte X en farsi du Département d'Etat américain : selon lui, tout le monde saurait désormais que quand Donald Trump fait une annonce, il la met à exécution. Le président américain a déclaré vouloir 'venir en aide' aux manifestants dans le cas où le régime userait de violence pour les réprimer.»

Le Monde (FR) /

Le changement doit venir de l'intérieur

C'est aux Iraniens de prendre en main leur destin, fait valoir la sociologue Azadeh Kian dans Le Monde :

«Les menaces d'intervention militaire du président Trump, renouvelées après l'enlèvement du président vénézuélien déchu Nicolas Maduro, ou les messages de soutien à la population venus du Mossad et de Benyamin Nétanyahou ne font que profiter au régime islamique, en lui permettant d'accuser tout contestataire d'être un agent des Etats-Unis et d'Israël. Il revient aux Iraniennes et aux Iraniens de changer le régime. Et, pour cela, seules la poursuite des mouvements sociaux et la convergence des luttes de différentes catégories sociales, ethniques, religieuses sont susceptibles de libérer les peuples d'Iran de l'étau d'un régime qui a sacrifié les intérêts nationaux à ses propres intérêts.»

El País (ES) /

Un manque de stratégie et de coordination

El País n'est pas optimiste :

«Certains commentateurs jubilent devant les manifestations, comme s'ils assistaient à un match de football. … Cette nouvelle vague de protestation fait naître des attentes considérables chez celles et ceux qui aspirent à la chute de la République islamique. Mais il s'agit de ne pas constituer un fardeau de plus pour les Iraniens. … Car sans direction claire, sans mouvement de contestation organisé, sans stratégie pour défier le cœur névralgique du pouvoir – non pas les anciens ayatollahs mais les généraux des gardiens de la révolution –, les manifestations éroderont un peu plus le gouvernement de Massoud Pezechkian, limité par l'architecture du système et incapable de mettre en œuvre ses promesses de réforme, et renforceront les plus extrémistes.»

L'Obs (FR) /

Une contestation qui touche tous les milieux

Dans une tribune à L'Obs, le politologue Hamid Enayat évoque ce qui est différent dans la mobilisation actuelle :

«Contrairement aux soulèvements précédents, celui-ci est nettement plus structuré. Les unités de résistance sont parvenues à maintenir l'élan du mouvement dans des milieux très divers – des bazars et universités jusqu'aux villes de province. Enfin, contrairement au passé, dès le lendemain du déclenchement de cette révolte, des responsables politiques français et des Etats et ont condamné publiquement la répression du régime. Les pressions internationales limitent indéniablement sa capacité de répression.»

Svenska Dagbladet (SE) /

Soutenir les aspirations des Iraniens est dans notre intérêt

La chute du régime serait un atout pour l'Europe, constate Svenska Dagbladet :

«Nous sommes nous aussi menacés par ce régime théocratique. Notre liberté d'opinion, mais aussi la liberté de critiquer l'islam n'est plus ce qu'elle était depuis la fatwa qui s'est abattue sur l'écrivain Salman Rushdie en 1989. Plus récemment, l'Iran a recruté des criminels pour attaquer des Iraniens en exil et des cibles israéliennes en Suède. Ces quelques exemples montrent que l'Iran joue un rôle prépondérant dans la coopération toujours plus internationale entre les dictatures qui tentent de protéger les dirigeants autoritaires contre leur propre peuple. C'est pourquoi les démocraties ont intérêt à soutenir le désir de liberté des populations, y compris en Iran.»

taz, die tageszeitung (DE) /

Les ayatollahs ont de quoi être nerveux

La grève dans les bazars met le régime sous pression, écrit le quotidien taz :

«D'un point de vue historique, il s'agit d'un avertissement : de la 'révolte du tabac' en 1891 à la révolution de 1979, le bazar a toujours été le catalyseur des bouleversements politiques. Pour s'en prémunir, le régime a tenté d'inféoder les bazars, par l'octroi de licences et de postes spécifiques. Depuis lors, les bazars sont considérés comme un pilier conservateur du système, à quelques exceptions près ; ils gardaient le silence quand d'autres protestaient. Si ceux-ci font grève désormais, alors toute la légitimité du système est remise en cause.»

Polityka (PL) /

Aucune révolution en vue

Polityka douche les espoirs placés dans un renversement du régime :

«Les émeutes actuelles n'ont pas l'ampleur de celles survenues en 2009 ou après. … Elles manquent de leaders bien identifiés. Du reste, le troisième élément d'une révolution est absent : jusqu'à présent du moins, le régime ne montre pas de failles. … Au cours des derniers siècles, les révoltes de bazar n'ont cessé de forger le destin de l'Iran ou, avant lui, de la Perse. Mais uniquement lorsqu'elles ont déclenché des soulèvements dans de grandes entreprises et des usines, notamment dans le secteur pétrolier, dont dépend la stabilité financière du régime. Rien de semblable ne se produit pour l'instant.»

Phileleftheros (CY) /

Un approvisionnement en armes plutôt qu'en eau

Phileleftheros évoque les raisons de cette mobilisation :

«Un peuple fier, vivant sur un territoire doté d'une richesse naturelle et historique inconcevable, vit quasiment sans eau, appauvri par un régime qui alloue des sommes significatives au programme nucléaire, aux missiles balistiques et au financement d'organisations terroristes. … Récemment, les Iraniens ont appris que leur capitale, Téhéran, avec ses 10 millions d'habitants – 15 en comptant la conurbation – devrait peut-être déménager, l'Etat n'étant pas en mesure de l'approvisionner en eau. L'attention et les ressources étaient fixées sur autre chose : l'armement, et la rhétorique visant à détruire Israël.»