Pénurie de carburants en Russie, une crise pour le Kremlin ?
Dans toute la Russie, l'essence et le diesel viennent à manquer. Les stations-service sont soit fermées, soit rationnées, et les prix s'envolent. A l'origine de cette situation, les attaques incessantes menées par des drones ukrainiens sur des raffineries, jusqu'en Sibérie. Le Kremlin a réagi par des interdictions d'exportation et s'efforce d'importer du carburant. Quant à savoir si cette crise peut faire vaciller le régime de Poutine, les chroniqueurs sont divisés.
En faillite et à court de carburant
La Russie est au bord du gouffre, prévient le journaliste Dimitri Tchernychev sur Facebook :
«Ce n'est que le début. Dorénavant, la situation ne fera que se dégrader. Pour comprendre ce qui attend la Russie dans quelques mois, il suffit de regarder la Crimée : deux heures de courant par jour, pas d'essence, pas de travail, un approvisionnement en eau intermittent. A l'origine de cette situation, le fait que le nombre des drones ukrainiens augmente vitesse grand V. … Et la crise des carburants est un moindre mal, car une crise bancaire bien plus grave pointe à l'horizon. De la même façon que Maduro avait dissimulé les dettes du Venezuela, Poutine tente lui aussi de convaincre tout le monde que la Russie dispose encore de ressources, alors qu'elle est déjà, de facto, en faillite.»
Une confiance en berne
Avant les législatives de l'automne, le régime de Poutine est confronté à un mécontentement populaire croissant, écrit Gazeta Wyborcza :
«Les résultats des sondages menés ces dernières semaines, notamment par des sociologues proches du Kremlin, montrent que la confiance des Russes dans leur chef de l'Etat ne cesse de dévisser, et ce à une vitesse record ces derniers temps. Le pouvoir est donc de plus en plus nerveux, d'autant que des élections à la Douma auront lieu en septembre – les premières depuis le début de la guerre en Ukraine. Dans la logique du régime de Poutine, celles-ci sont censées montrer que le peuple soutient la guerre, indépendamment de problèmes de plus en plus aigus, comme l'accès à Internet ou l'essence.»
Pas d'exutoire politique
Dans un post Telegram relayé par Ekho, le politologue Dmitri Loboïko explique pourquoi la contestation ne pourra s'exprimer dans les urnes :
«On pourrait penser que tout converge : inflation, files d'attente, prix, dégradation permanente de la qualité de vie à plusieurs niveaux, et ce juste avant un scrutin national. Une configuration idéale pour des élections marquées par la contestation. Mais rien de tout ceci ne se traduit par des conséquences politiques, et il n'y a rien de fortuit à cela. Car pour que la grogne sociale puisse se muer en action politique, il faut une infrastructure : des partis, des dirigeants, des plateformes et un langage qui puisse donner une forme politique à cette insatisfaction. Or cette infrastructure a progressivement disparu en Russie.»