Quel sera l'impact de l'envoi de soldats au Groenland ?

Suite à l'échec de la rencontre à propos du Groenland qui s'est tenue à Washington mercredi, plusieurs pays européens membres de l'OTAN ont décidé de déployer des délégations militaires sur l'île. Par ailleurs, les parties prenantes ne s'entendent pas sur l'objectif du groupe de travail mis sur pied lors de la réunion à Washington : selon le président américain Trump, son but serait de définir les modalités techniques de l'acquisition du Groenland par les Etats-Unis, ce que contestent fermement Copenhague et Nuuk.

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Der Standard (AT) /

Une mobilisation qui a de quoi étonner

L'envoi de troupes européennes mérite d'être signalé, souligne Der Standard :

«Dans le contexte de la guerre en Ukraine, la démarche paraît absurde : précisément des menaces venant de Washington entraînent la mobilisation d'un noyau de pays de l'OTAN, également membres de l'UE, pour protéger son propre territoire contre... un pays ami ! Faut-il y voir la naissance d'un pilier européen fort au sein de l'OTAN ? L'histoire le montrera. En tout cas, le fait mérite d'être noté.»

La Libre Belgique (BE) /

L'UE se délite

La Libre Belgique s'alarme des actions isolées au sein des 27 :

«La fin de l'Union européenne n'est plus un tabou intellectuel. Elle devient une hypothèse politique. Non pas par effondrement brutal mais par érosion lente, par perte de substance, par renoncements. Les projets de coopérations restreintes se multiplient, notamment en matière de défense. Ils disent une chose simple : le modèle actuel ne fonctionne plus, ou très mal. Dans un monde d'autocraties assumées, où la force fait loi, la sidération n'est pas une stratégie. Soit l'Europe accepte de se réformer, de gagner en flexibilité, en cohérence et en réactivité, soit elle restera ce qu'elle semble devenue : un tigre de papier.»

De Standaard (BE) /

Montrer les crocs ? Impossible à cause de l'Ukraine.

L'Europe est sur la défensive et Trump en position de force, déplore De Standaard :

«Le point faible de la position européenne, c'est l'Ukraine. La peur d'un désengagement des Etats-Unis joue inévitablement un rôle dans les relations de l'Europe avec Trump. Elle place l'UE devant une décision difficile. Soit elle trace très nettement une ligne rouge au Groenland, avec le risque d'un scénario catastrophe en Ukraine. Soit elle espère que les Américains maintiennent leur soutien apporté à Kyiv en échange d'une 'solution' au Groenland. Autrement dit, cela reviendrait à se soumettre au pouvoir impérialiste de la pire espèce.»

Tageblatt (LU) /

Espérons qu'il reste des esprits censés à Washington

Tageblatt appelle les pays concernés à afficher leur solidarité avec le Danemark :

«[Ce] pourrait être le seul moyen de dissuader Trump de mettre à exécution son projet de prendre le contrôle du Groenland, si besoin par la force militaire. ... De concert avec le Canada et la Grande-Bretagne, les Européens ont intérêt à clamer haut et fort qu'ils soutiennent l'initiative danoise afin de couper l'herbe sous le pied aux Etats-Unis. Mais aussi dans le but d'exercer une contre-pression sur Washington, en espérant que certains membres de la classe politique américaine, et en particulier parmi les républicains, ne se limitent pas au mandat de Trump et aient conscience des préjudices que la mise en œuvre des projets de leur président pourrait causer à l'international.»

The Spectator (GB) /

Une tactique pour gagner du temps

Envoyer des soldats européens au Groenland ne va pas changer la donne, fait valoir The Spectator :

«Le danger est une dilution des ressources octroyées à la défense européennes, déjà mises à rude épreuve dans un contexte critique pour la sécurité du continent. … Le seul résultat positif du sommet d'hier à Washington est le fait que les délégations danoises, groenlandaises et américaines ont convenu de créer un groupe de travail pour aborder plus en détail les préoccupations sécuritaires de Trump. Les Danois espèrent avant tout de gagner du temps pour renforcer la défense du Groenland selon leurs propres conceptions. … Une chose est sûre : nous ne sommes pas au bout de la crise en Europe.»

La Stampa (IT) /

Le changement climatique sape nos certitudes

L'Europe ne veut pas voir la réalité en face, s'insurge La Stampa :

«Alors que le Groenland perd 300 milliards de tonnes de glace par an, l'Europe voit fondre au même rythme cette certitude selon laquelle Etats-Unis seraient des alliés naturels et la Russie représenterait une menace existentielle. Pendant quatre-vingts ans, nous nous sommes emmurés derrière cette logique simpliste comme derrière les murs d'une forteresse. Aujourd'hui, le réchauffement climatique - tant sur le plan climatique que géopolitique - en sape les fondements. ... Mais il est bien plus confortable de tout focaliser sur Trump pour ne pas voir la réalité en face, ni le dessous des cartes. Car Trump finira par partir, tandis que le Groenland restera exactement où il est : au centre d'une lutte de pouvoir à laquelle aucun gouvernement ne mettra jamais fin.»

Politiken (DK) /

Du bluff plus que de la disuasion

Pour Politiken, le déploiement de troupes européennes a une portée purement formelle :

«Bien sûr, l'envoi de détachements symboliques de soldats au Groenland par la Suède, la Norvège et l'Allemagne, pour souligner que le conflit dépasse le cadre d'un simple bras-de-fer Etats-Unis/Danemark, ajoute au dramatique de la situation. Avec pour résultat des différends au sein de l'OTAN. Mais en réalité, les pays européens membres de l'OTAN se contenteront de parler haut et fort. Ils n'oseraient jamais agir contre les Etats-Unis. Ils savent pertinemment que leur propre sécurité face à la Russie serait menacée s'ils perdaient le bouclier nucléaire américain. Les pays européens membres de l'OTAN ont davantage besoin des Etats-Unis que l'inverse.»

La Repubblica (IT) /

Une tournure militaire risquée

La Repubblica fait part de son inquiétude :

«La réponse du Vieux Continent à Trump est déjà là. Et presque tous les pays 'arctiques' d'Europe se préparent à envoyer des troupes pour défendre l'île. … Pendant ce temps, l'UE se demande si peut être activé l'article 42 du traité sur l'UE, qui prévoit une assistance militaire mutuelle pour un Etat membre. Le défi lancé par les Etats-Unis semble donc déjà prendre une tournure militaire. Une situation imprévue et tout à fait imprévisible.»

Aftonbladet (SE) /

Se montrer unis

Aftonbladet insiste sur l'importance d'une coopération étroite entre l'OTAN et l'UE :

«Il faut envoyer des soldats en plus de ceux qui sont déjà stationnés sur place, et nous devons faire la démonstration collective que nous prenons la sécurité de l'Arctique très au sérieux. … Même Donald Trump doit être pris au sérieux, malgré l'absurdité de ses propos et de ses agissements. Les temps où les Etats-Unis se portaient garants de la paix et de la sécurité – la Pax americana – sont révolus. Notre réponse à cette nouvelle posture doit être la cohésion. L'Europe n'est pas un petit Etat isolé qui doit plier l'échine devant les Etats-Unis, que ce soit sur le plan politique, diplomatique ou économique. Cela ne se passera pas si nous nous soutenons mutuellement.»

The Economist (GB) /

Trois pistes pour sortir du conflit

Pour The Economist, l'Europe peut envisager une série d'actions pour contrer le président américain :

«Rassurer, dissuader et détourner l'attention. Pour l'instant, la priorité est de dissiper les inquiétudes de Trump en prouvant que ses 'appréhensions' peuvent être réglées dans le cadre juridique existant. L'Europe doit également envisager sa deuxième série d'options visant à dissuader Trump de s'emparer de l'île. A Bruxelles et ailleurs, des voix fortes se font entendre pour suspendre certaines clauses de l'accord commercial récemment conclu entre l'UE et les Etats-Unis, ou d'imposer des restrictions réglementaires aux entreprises américaines de la tech. Enfin, en dernier ressort, il faut espérer pouvoir détourner Trump de son objectif. Une fois l'adrénaline suscitée par l'opération au Vénézuela retombée, il trouvera peut-être un autre sujet de préoccupation.»

Berlingske (DK) /

Le Danemark a parfaitement rempli sa mission

Copenhague a brillamment préparé le terrain de la rencontre à Washington, se félicite Berlingske :

«Le royaume du Danemark n'aurait pas pu rêver mieux pour cette réunion décisive, même s'il est clair que la crise est loin d'être évincée. Quelle que soit la tournure des évènements, il faut reconnaître au gouvernement danois son excellent travail en amont. … Ces dernières semaines, les pays membres de l'OTAN se sont succédé pour venir en aide au Danemark, sinon en actes, du moins en paroles. Les efforts contre l'agression américaine ont été renforcés, et ce comme il se devait. … C'est une bonne chose, mais avons-nous résolu cette crise pour autant ? Malheureusement, cela n'est pas certain.»