Quelle est l'actualité en Iran ?
Dans le pays, la situation restecritique. Selon certaines sources, la population ne descend plus dans la rue depuis que l'appareil de sécurité de l'Etat réprime dans la violence le mouvement de contestation sans discontinuer depuis décembre. Le blocage d'Internet empêche les informations de circuler. Les ONG font état de plusieurs milliers de morts et de plus de 10 000 arrestations. Le président américain Donald Trump a appelé les Iraniens à ne pas baisser les bras en leur promettant une aide.
L'opposition a besoin d'un leader
Sans figure de proue, aucune révolution n'est possible, commente Habertürk :
«Ces derniers jours, l'Iran a certes été émaillé d'incidents. Mais ceux-ci s'expliquent davantage par les difficultés économiques et la famine liée à l'embargo que par l'opposition au régime. ... Il ne s'agit pas de relativiser les événements, mais de comprendre qu'ils n'ont pas assez d'ampleur pour renverser le régime. On ne peut pas parler de manifestations massives, surtout si on les compare à certains grands mouvements qui ont eu lieu dans le pays, notamment les soulèvements de 1979 qui avaient entraîné la chute du Shah. Pour qu'un mouvement social devienne une révolution capable de renverser un régime, il faut un leader capable d'entraîner les masses.»
Stratégie double contre le mouvement
Le régime a eu recours à deux modes opératoires pour mater la rébellion, analyse Corriere della Sera :
«Dans les villes, on a demandé à la milice Bassidj de venir en renfort de la police pour réprimer le mouvement. Dans le même temps, des cyber-unités ont tenté de couper tous les canaux vers l'étranger, alors que le gouvernement privait sa population d'Internet. Les autorités ont repris leur tactique passée, mais elle semble être plus efficace en raison d'un blocage plus strict du réseau. En effet, elles ont appris de leurs erreurs et amélioré leurs équipements. Dans le but de pouvoir tuer tout en limitant au maximum les 'preuves' de ces agissements, et ce en empêchant la diffusion de vidéos et tout contact avec l'extérieur.»
Et si l'Iran se transformait en enfer syrien ?
L'Iran pourrait connaître le même sort que la Syrie, redoute France Inter :
«Le pire des scénarios c'est la guerre civile. Certains analystes de l'Iran et du Moyen Orient la redoutent. Ils voient dans la tournure des événements un rappel sinistre de la descente aux enfers de la Syrie, après les manifestations du printemps 2011 contre Bachar el-Assad. Les ressemblances : un régime déterminé à survivre, y compris en pratiquant la politique de la terre brûlée ; des manifestants pacifiques qui commencent à s'armer. En Syrie ça a donné un engrenage mortel pendant plus d'une décennie. Dans le cas de l'Iran, ça serait à l'échelle d'un pays de 90 millions d'habitants, où vivent des minorités, comme les Kurdes ou les Baloutches, qui ont déjà des mouvements séparatistes armés.»
L'impuissance internationale de l'UE
L'Union n'a qu'une influence limitée dans ce conflit, regrette Neue Zürcher Zeitung :
«Quelle est la réaction de Bruxelles ? La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'était exprimée dimanche sur X en ces termes : 'Compte tenu de la répression croissante et de l'augmentation du nombre de victimes innocentes, nous suivons la situation de près'. Quelque temps plus tard, la même Mme von der Leyen, le président du Conseil européen, António Costa, et la haute représentante pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, ont certes haussé le ton. Ils ont condamné avec la plus grande fermeté la répression violente, exigé la libération immédiate des manifestants emprisonnés et le rétablissement de l'accès à Internet. Mais en fin de compte, le soulèvement populaire iranien prouve une fois de plus que l'UE est largement impuissante en matière de politique étrangère.»
Créer l'insécurité pour mieux régner
Capital explique comment le régime réussit à s'en sortir sur le plan international :
«Selon toute logique, les dirigeants de Téhéran savent qu'ils ne font pas le poids militairement pour oser la confrontation directe avec les Etats-Unis. Ils disposent en revanche d'un atout hors pair : celui de pouvoir déstabiliser la planète entière. Or l'insécurité est un outil majeur de leur politique. Car toute tension que rencontre l'Iran fait monter d'un cran la menace géopolitique. Toute évocation publique du détroit d'Ormuz a un impact sur les prix de l'énergie à l'échelle mondiale. Chaque événement se traduit par des coûts au détriment d'autrui et offre au régime des mollahs une marge de manœuvre supplémentaire dans les négociations. Le modèle de survie iranien consiste à instrumentaliser la peur et l'insécurité qui en découle.»