Quelle évolution en Iran ?

Selon un représentant du gouvernement, 5 000 personnes ont été tuées lors de la vague de protestations en Iran, dont 500 parmi les forces de sécurité. Le journal britannique Sunday Times fait état d'au moins 16 500 morts. Les Etats-Unis avaient d'abord déclaré qu'ils interviendraient militaire en cas d'escalade. Mais suite à la rétractation annoncée par le régime quant aux exécutions prévues, Donald Trump a fait marche arrière mercredi.

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Ekho (RU) /

Les exécutions continueront dans le secret

Pour l'expert militaire Sergueï Auslender, dont Ekho reprend un message publié sur Telegram, le pouvoir iranien n'a aucune réelle intention de suspendre les exécutions prévues :

«Concernant les exécutions 'annulées', c'est un leurre total. Il suffira de choisir une prison ou un autre lieu reculé pour procéder à la liquidation des opposants. Une procédure accélérée avec une balle dans la tête, pour le simple fait d'avoir été arrêté, quelle que soit la raison pour laquelle un individu s'est retrouvé dans cette situation. Les jeunes hommes seront bien sûr les premiers sur la liste. ... Ceux qui disent que le régime est à l'agonie et qu'il est condamné ont raison. Parfaitement raison. La question est seulement de savoir combien de personnes cette agonie emportera avec elle.»

Profil (AT) /

Trump a déjà abandonné les Iraniens

Selon le portail Profil, il aurait été possible d'éviter que les Iraniens soient coupés du reste du monde :

«En accédant au poste de président des Etats-Unis, Donald Trump a fait voter des décrets pour fermer l'agence gouvernementale d'aide au développement USAID et mettre fin aux activités du Bureau de la démocratie, des droits de l'homme et du travail au sein du ministère américain des Affaires étrangères. Ces deux entités permettaient notamment de subventionner certains outils [d'accès à Internet] tels que Starlink ou Psiphon, destinés à soutenir l'opposition iranienne. … A cause de cet entêtement aveugle, les groupes d'opposants au régime ont attendu inutilement qu'une aide leur arrive. Ainsi, au moment le plus décisif de leur vie, ils étaient moins bien préparés. … Il ne faut pas laisser tomber les dissidents de dictatures.»

NRC (NL) /

De fausses promesses

NRC critique vivement Trump :

«Le président américain s'est montré totalement irresponsable en déclarant que les Etats-Unis étaient 'prêts à intervenir' militairement, avançant que 'l'aide était en route' et encourageant les Iraniens à s'emparer des institutions étatiques. Faire de telles déclarations sans les mettre à exécution revient à bercer les Iraniens d'illusions, eux qui se demandent à chaque instant s'ils doivent descendre dans les rues au péril de leur vie. … Le régime iranien ne se laissera pas renverser aussi facilement. … L'opposition doit pouvoir compter sur une aide extérieure qui serait le fruit d'une réflexion profonde. Cette aide n'est pas de mise aujourd'hui.»

Habertürk (TR) /

L'opposition a besoin d'un leader

Sans figure de proue, aucune révolution n'est possible, commente Habertürk :

«Ces derniers jours, l'Iran a certes été émaillé d'incidents. Mais ceux-ci s'expliquent davantage par les difficultés économiques et la famine liée à l'embargo que par l'opposition au régime. ... Il ne s'agit pas de relativiser les événements, mais de comprendre qu'ils n'ont pas assez d'ampleur pour renverser le régime. On ne peut pas parler de manifestations massives, surtout si on les compare à certains grands mouvements qui ont eu lieu dans le pays, notamment les soulèvements de 1979 qui avaient entraîné la chute du Shah. Pour qu'un mouvement social devienne une révolution capable de renverser un régime, il faut un leader capable d'entraîner les masses.»

Corriere della Sera (IT) /

Stratégie double contre le mouvement

Le régime a eu recours à deux modes opératoires pour mater la rébellion, analyse Corriere della Sera :

«Dans les villes, on a demandé à la milice Bassidj de venir en renfort de la police pour réprimer le mouvement. Dans le même temps, des cyber-unités ont tenté de couper tous les canaux vers l'étranger, alors que le gouvernement privait sa population d'Internet. Les autorités ont repris leur tactique passée, mais elle semble être plus efficace en raison d'un blocage plus strict du réseau. En effet, elles ont appris de leurs erreurs et amélioré leurs équipements. Dans le but de pouvoir tuer tout en limitant au maximum les 'preuves' de ces agissements, et ce en empêchant la diffusion de vidéos et tout contact avec l'extérieur.»

France Inter (FR) /

Et si l'Iran se transformait en enfer syrien ?

L'Iran pourrait connaître le même sort que la Syrie, redoute France Inter :

«Le pire des scénarios c'est la guerre civile. Certains analystes de l'Iran et du Moyen Orient la redoutent. Ils voient dans la tournure des événements un rappel sinistre de la descente aux enfers de la Syrie, après les manifestations du printemps 2011 contre Bachar el-Assad. Les ressemblances : un régime déterminé à survivre, y compris en pratiquant la politique de la terre brûlée ; des manifestants pacifiques qui commencent à s'armer. En Syrie ça a donné un engrenage mortel pendant plus d'une décennie. Dans le cas de l'Iran, ça serait à l'échelle d'un pays de 90 millions d'habitants, où vivent des minorités, comme les Kurdes ou les Baloutches, qui ont déjà des mouvements séparatistes armés.»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

L'impuissance internationale de l'UE

L'Union n'a qu'une influence limitée dans ce conflit, regrette Neue Zürcher Zeitung :

«Quelle est la réaction de Bruxelles ? La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'était exprimée dimanche sur X en ces termes : 'Compte tenu de la répression croissante et de l'augmentation du nombre de victimes innocentes, nous suivons la situation de près'. Quelque temps plus tard, la même Mme von der Leyen, le président du Conseil européen, António Costa, et la haute représentante pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, ont certes haussé le ton. Ils ont condamné avec la plus grande fermeté la répression violente, exigé la libération immédiate des manifestants emprisonnés et le rétablissement de l'accès à Internet. Mais en fin de compte, le soulèvement populaire iranien prouve une fois de plus que l'UE est largement impuissante en matière de politique étrangère.»

Capital (GR) /

Créer l'insécurité pour mieux régner

Capital explique comment le régime réussit à s'en sortir sur le plan international :

«Selon toute logique, les dirigeants de Téhéran savent qu'ils ne font pas le poids militairement pour oser la confrontation directe avec les Etats-Unis. Ils disposent en revanche d'un atout hors pair : celui de pouvoir déstabiliser la planète entière. Or l'insécurité est un outil majeur de leur politique. Car toute tension que rencontre l'Iran fait monter d'un cran la menace géopolitique. Toute évocation publique du détroit d'Ormuz a un impact sur les prix de l'énergie à l'échelle mondiale. Chaque événement se traduit par des coûts au détriment d'autrui et offre au régime des mollahs une marge de manœuvre supplémentaire dans les négociations. Le modèle de survie iranien consiste à instrumentaliser la peur et l'insécurité qui en découle.»