Violence de l'ICE aux Etats-Unis : vers une escalade ?

Pour la deuxième fois ce mois-ci, la police de l'immigration américaine (ICE) a abattu une personne à Minneapolis. Le département de la sécurité intérieure affirme que les agents auraient agi en situation de légitime défense. Mais sur les vidéos qui circulent dans les médias, la personne maîtrisée, Alex Pretti, ne semble pas sortir d'arme. Les médias européens redoutent une conflagration dangereuse.

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Die Zeit (DE) /

Vers une "tempête parfaite" ?

Die Zeit porte un regard inquiet sur l'avenir :

«Il y a ceux qui parlent du présent. Du fait que des groupes de gauches armés se prépareraient au combat partout aux Etats-Unis. Ce sont des moment qui donnent le tournis. Un président qui ne connaît aucune limite ; des hommes encagoulés qui n'ont de compte à rendre à personne ; une ville qui s'oppose, avec dignité et solidarité ; et un petit nombre de militants de gauche radicale qui semblent ne plus vouloir s'en tenir au principe de contestation pacifique. Une situation comme celle-ci, aussi inextricable et dangereuse, c'est ce qu'on appelle 'perfect storm' en anglais.»

Liberal (GR) /

Brutalité et contestation

L'administration Trump a commis deux erreurs, juge le portail Liberal :

«Premièrement, elle minimise les choses. C'est une chose de protéger les frontières, c'en est une autre de vouloir éloigner des millions de personnes des villes. … On ne peut pas obtenir l'expulsion des immigrés irréguliers avec 'un peu plus de fermeté'. Il s'agit là d'un autre type de mesure, occasionnant des dépenses colossales et pouvant donné lieu à d'immenses tragédies. … Deuxièmement, une démonstration de force ne peut être un substitut de légitimité. Lorsque l'imposition d'une loi ressemble à un assaut militaire, lorsque l'emploi de la violence procède davantage d'un réflexe que d'un dernier recours, alors le pouvoir n'établit pas l'ordre – il génère de la contestation.»

Dagens Nyheter (SE) /

Un instrument de centralisation du pouvoir

L'action brutale de l'ICE est l'expression d'un calcul de Trump, explique Dagens Nyheter :

«Il tente à chaque fois de prendre le contrôle de la garde nationale des Etats, mais il se fait contrer par les tribunaux. Alors l'ICE est utilisée comme groupe brutal de substitution. Ce qui est sûr, c'est que le président voit l'ICE comme un atout précieux : soit la population se laisse mater, soit des altercations ont lieu, qui offrent à Trump l'occasion de se présenter comme l'homme du droit et l'ordre, tout en justifiant le recours à des mesures supplémentaires.»

Le Soir (BE) /

La mort en direct d'une démocratie

Le Soir fait des paralèlles avec la question de l'Iran :

«Renée et Alex : ce sont aujourd'hui ces citoyens, ces manifestants qu'on tue à bout portant dans les rues, non pas de Téhéran, mais de Minneapolis. Leurs tueurs masqués et non identifiés, ne sont pas envoyés par un ayatollah mais par l'Etat fédéral américain. … Ces agents fédéraux sont à chaque fois 'innocentés' par Donald Trump et tout l'aréopage fédéral, sans enquête, sans jugement. …Faut-il rappeler que c'est le même Donald Trump qui menaçait les Iraniens de leur envoyer ses missiles s'ils tuaient un seul de leurs manifestants ? Ce qui se passe sous nos yeux signe la mort en direct d'une démocratie, et la montée en puissance d'une dictature à la tête de la première puissance mondiale.»

Frankfurter Rundschau (DE) /

Un tournant pour l'électorat ?

Pour Frankfurter Rundschau, cet évènement est susceptible d'inverser la tendance pour Trump :

«Même certains de ses partisans remettent en cause l'engagement de l'ICE. … Ce revers pour Trump pèserait néanmoins davantage dans la balance que le rétropédalage sur le Groenland. D'une part, parce que les questions de politique extérieure n'ont pas une si grande importance aux Etats-Unis ; de l'autre, car la politique migratoire est un élément essentiel du programme de Trump. Si ce domino tombait, les électrices et les électeurs aux Etats-Unis pourraient être tentés de rééquilibrer la politique de Trump, ce qui serait à son désavantage.»