Violence de l'ICE aux Etats-Unis : vers une escalade ?

Pour la deuxième fois ce mois-ci, la police de l'immigration américaine (ICE) a abattu une personne à Minneapolis. Le département de la sécurité intérieure affirme que les agents auraient agi en situation de légitime défense. Mais sur les vidéos qui circulent dans les médias, la personne maîtrisée, Alex Pretti, ne semble pas sortir d'arme. Les médias européens redoutent une conflagration dangereuse.

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La Tribune de Genève (CH) /

Trump mise sur les émeutes

La président américain table sur une annulation des élections de mi-mandat, estime La Tribune de Genève :

«L'obstination de la Maison-Blanche est bien évidemment motivée par le report voire l'annulation des 'midterms' au nom d'un état d'urgence. Car ramener aux urnes des Américains qui se déchirent ne peut que faire du tort à un Trump tout-puissant, dont la seule limite est sa propre morale. Dans ce contexte, les activistes anti-ICE qui commencent à s'armer font le jeu de Trump. Le président n'attend qu'un débordement qui lui donnerait raison.»

The Times (GB) /

Quand les démocrates jettent de l'huile sur le feu

Les tensions avec l'ICE sont montées en épingle par les adversaires politiques de Trump, fait valoir The Times :

«Des preuves incontestables montrent que l'émotion populaire a été attisée par une présentation déformée ou sortie de son contexte du comportement des agents de l'ICE. Plusieurs commentateurs ont observé que ces manifestations constituaient en réalité une sorte d'insurrection larvée, c'est-à-dire une tentative planifiée d'entraver l'application de la loi et de provoquer des réactions extrêmes, le tout dans un but politique précis. … En d'autres termes, l'ICE a été identifiée comme une force d'occupation hostile qu'il convient de repousser et bannir. Cet état d'esprit est exacerbé et encouragé par les dirigeants démocrates du Minnesota.»

De Volkskrant (NL) /

Un Etat autoritaire qu'on ne peut plus soutenir

De Volkskrant appelle l'Europe et les Pays-Bas à réagir :

«Dans les autres pays dotés de dirigeants autoritaires, les Pays-Bas prennent contact avec les dissidents ou avec l'opposition, afin de soutenir la résistance et d'exprimer leur mécontentement diplomatique. … Cet Etat, qui ne protège pas ses citoyens, méprise les pays européens qui veulent protéger leurs citoyens par le biais de règles et de lois. Bientôt, lors du Mondial de football aux Etats-Unis, ces pays européens pourront exhiber leurs prouesses sportives – pour mieux être de nouveau ridiculisés par la suite. On se demande si toute cette propagande est véritablement dans l'intérêt de la population américaine.»

Krytyka Polityczna (PL) /

La Pologne n'est pas épargnée

Krytyka Polityczna voit un parallèle entre l'actualité aux Etats-Unis et dans son pays :

«En Pologne, nous n'en sommes pas encore à ce point et la tension émotionnelle n'a pas encore atteint ce niveau. Mais on voit que peu à peu, le phénomène nous gagne. La droite polonaise s'est empressée de justifier le mode d'action de l'ICE, qui n'est pas sans rappeler le groupe paramilitaire ORMO à l'époque du communisme. … Les libéraux polonais, quant à eux, aspirent secrètement à se venger et à mettre l'ensemble de la droite derrière les barreaux. Le débat se fait de plus en plus difficile, car le cerveau cherche à filtrer et occulter les informations, trouvant une justification rationnelle à n'importe quel méfait commis par son propre camp. Il faudra que quelqu'un dise un jour 'stop'. Peut-être que la Pologne y arrivera.»

Die Zeit (DE) /

Vers une "tempête parfaite" ?

Die Zeit porte un regard inquiet sur l'avenir :

«Il y a ceux qui parlent du présent. Du fait que des groupes de gauches armés se prépareraient au combat partout aux Etats-Unis. Ce sont des moment qui donnent le tournis. Un président qui ne connaît aucune limite ; des hommes encagoulés qui n'ont de compte à rendre à personne ; une ville qui s'oppose, avec dignité et solidarité ; et un petit nombre de militants de gauche radicale qui semblent ne plus vouloir s'en tenir au principe de contestation pacifique. Une situation comme celle-ci, aussi inextricable et dangereuse, c'est ce qu'on appelle 'perfect storm' en anglais.»

Liberal (GR) /

Brutalité et contestation

L'administration Trump a commis deux erreurs, juge le portail Liberal :

«Premièrement, elle minimise les choses. C'est une chose de protéger les frontières, c'en est une autre de vouloir éloigner des millions de personnes des villes. … On ne peut pas obtenir l'expulsion des immigrés irréguliers avec 'un peu plus de fermeté'. Il s'agit là d'un autre type de mesure, occasionnant des dépenses colossales et pouvant donné lieu à d'immenses tragédies. … Deuxièmement, une démonstration de force ne peut être un substitut de légitimité. Lorsque l'imposition d'une loi ressemble à un assaut militaire, lorsque l'emploi de la violence procède davantage d'un réflexe que d'un dernier recours, alors le pouvoir n'établit pas l'ordre – il génère de la contestation.»

Dagens Nyheter (SE) /

Un instrument de centralisation du pouvoir

L'action brutale de l'ICE est l'expression d'un calcul de Trump, explique Dagens Nyheter :

«Il tente à chaque fois de prendre le contrôle de la garde nationale des Etats, mais il se fait contrer par les tribunaux. Alors l'ICE est utilisée comme groupe brutal de substitution. Ce qui est sûr, c'est que le président voit l'ICE comme un atout précieux : soit la population se laisse mater, soit des altercations ont lieu, qui offrent à Trump l'occasion de se présenter comme l'homme du droit et l'ordre, tout en justifiant le recours à des mesures supplémentaires.»

Le Soir (BE) /

La mort en direct d'une démocratie

Le Soir fait des paralèlles avec la question de l'Iran :

«Renée et Alex : ce sont aujourd'hui ces citoyens, ces manifestants qu'on tue à bout portant dans les rues, non pas de Téhéran, mais de Minneapolis. Leurs tueurs masqués et non identifiés, ne sont pas envoyés par un ayatollah mais par l'Etat fédéral américain. … Ces agents fédéraux sont à chaque fois 'innocentés' par Donald Trump et tout l'aréopage fédéral, sans enquête, sans jugement. …Faut-il rappeler que c'est le même Donald Trump qui menaçait les Iraniens de leur envoyer ses missiles s'ils tuaient un seul de leurs manifestants ? Ce qui se passe sous nos yeux signe la mort en direct d'une démocratie, et la montée en puissance d'une dictature à la tête de la première puissance mondiale.»

Frankfurter Rundschau (DE) /

Un tournant pour l'électorat ?

Pour Frankfurter Rundschau, cet évènement est susceptible d'inverser la tendance pour Trump :

«Même certains de ses partisans remettent en cause l'engagement de l'ICE. … Ce revers pour Trump pèserait néanmoins davantage dans la balance que le rétropédalage sur le Groenland. D'une part, parce que les questions de politique extérieure n'ont pas une si grande importance aux Etats-Unis ; de l'autre, car la politique migratoire est un élément essentiel du programme de Trump. Si ce domino tombait, les électrices et les électeurs aux Etats-Unis pourraient être tentés de rééquilibrer la politique de Trump, ce qui serait à son désavantage.»