Danemark : quelles options de coalition ?
A l'issue des législatives au Danemark, une coalition de gauche paraît aussi peu envisageable qu'une coalition de centre-droit. Les Modérés de l'actuel ministre des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, pourraient faire pencher la balance d'un côté comme de l'autre. Ce dernier refuse néanmoins de s'allier avec le parti d'extrême droite DF.
Une campagne dominée par les mauvais sujets
The Spectator se montre critique :
«On a assisté à une campagne de législatives anticipées dans laquelle les responsables politiques ont occulté les problèmes évidents (défense, politique étrangère, Groenland), pour se focaliser sur des débats fallacieux sur la propreté de l'eau (qui ne veut pas d'une eau propre ?), le bien-être des porcs, la taille des classes à l'école et la proposition démagogique d'introduire un impôt sur la fortune (dans l'un des pays les plus taxés de la planète). Au final, cela a plombé le camp de la cheffe du gouvernement (qui avait convoqué les élections), les partis d'opposition traditionnels, ainsi que l'électorat – alors que se profile probablement une longue phase d'incertitude, et ce en pleine crise internationale.»
Un faiseur de rois se profile
Evropeïska Pravda évoque le nombre élevé de partis au Parlement :
«Aucun des blocs traditionnels – ni la gauche, ni la droite – n'a pu obtenir une majorité de 90 sièges. Cela signifie que le Parlement du Danemark n'a jamais été aussi fragmenté depuis 70 ans, et que chacun des douze partis ayant réussi à y faire son entrée tentera de dicter ses conditions. A l'issue du scrutin, un chef de parti en particulier a désormais les cartes en main pour remettre de l'ordre dans ce paysage morcelé, en faisant pencher la balance d'un côté comme de l'autre – et en exigeant naturellement des contreparties. Il s'agit de Lars Løkke Rasmussen, le président des Modérés – un vétéran politique, qui a déjà été élu deux fois la tête du gouvernement.»
La parité hommes/femmes acquise au Folketing
Politiken se réjouit qu'au Parlement, 86 sièges sur 179 seront occupés par des femmes :
«Arithmétiquement, le plafond de verre de la parité a quasiment été brisé, mais d'ici à ce que les hommes et les femmes aient le même pouvoir au sein des principales instances décisionnelles du pays, la route est encore longue. Mais cela ne change rien au fait que la politique danoise s'en trouve mieux lotie. Car il est indéniable que beaucoup de choses dépendent du sexe : si les modèles économiques dominants et les évaluations du PIB sous-estiment systématiquement l'importance des tâches ménagères et éducatives à la maison, cela est lié à la surreprésentation politique des hommes.»
Montrer la voie tout en étant à l'écoute
Affaiblis, mais arrivés une fois encore en tête du scrutin, les sociaux-démocrates doivent s'atteler à la dure tâche de former un gouvernement, écrit Politiken :
«Mette Frederiksen devrait maintenant prendre ses responsabilités et initier un nouveau départ. … Les sociaux-démocrates sont, de loin, le plus grand parti et le seul à pouvoir être désigné un tant soit peu comme un 'parti populaire'. Mette Frederiksen dispose donc de la plus grande légitimité démocratique pour former un gouvernement dans un nouveau Folketing extrêmement bariolé, composé de douze formations aux effectifs réduits. Mais pour cela, elle doit faire comprendre aux autres partis et aux électeurs qu'elle a entièrement pris conscience de la nouvelle réalité parlementaire créée par le scrutin.»
Un avertissement pour les camarades suédois
Les pertes de voix des sociaux-démocrates au pouvoir au Danemark doivent alerter leurs pairs en Suède, où le prochain scrutin aura lieu en septembre, juge Svenska Dagbladet :
«Le 'parti frère' danois est souvent brandi en exemple par les idéologues sociaux-démocrates de notre pays. … Cette débâcle électorale est un revers bien mérité pour les ambitions de pouvoir des sociaux-démocrates. Ni une coopération au centre ni de vastes consensus sur les questions migratoires et juridiques ne suffisent manifestement à attirer les électeurs danois. Et la virée à gauche, avec un impôt susceptible – tout comme en Norvège – de freiner les aspirants entrepreneurs et de les inciter à quitter le pays, s'est transformée en véritable boulet.»
Un gouvernement de centre-droit devrait être possible
Berlingske appelle les présidents du Parti populaire danois (DF) et des Modérés à s'unir :
«Morten Messerschmidt et Lars Løkke Rasmussen, réconciliez-vous, scélérats ! Renoncez à la volonté de vous exclure mutuellement des postes de pouvoir et d'influence. … Voyez-vous une alternative prometteuse à une grande coalition pour le DF ? Ou pour les Modérés ? La réponse pragmatique et objective devrait être : non.»
L'unité plutôt que le clivage
Politiken demande lui aussi aux partis de renoncer à leurs réserves :
«Dans un monde imprévisible, le Danemark a besoin d'un gouvernement expérimenté, avec une légitimité politique au-delà du bloc central. … Après une campagne qui s'est malheureusement terminée par des attaques sans merci depuis les tranchées de la politique partisane, il est grand temps de resserrer les rangs et de partager les responsabilités. Le Danemark a donc besoin d'un gouvernement qui fasse primer l'unité sur le clivage, l'intérêt général sur les intérêts partisans.»