Saint-Pétersbourg attaquée, Poutine en échec ?

L'édition annuelle du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) a débuté mercredi. Peu avant son ouverture, des drones ukrainiens avaient mis le feu à un terminal de produits pétroliers dans le port, faisant planer sur la ville une épaisse volute de fumée. Les commentateurs analysent la portée de cette rencontre – autrefois qualifiée de "Davos russe" – ainsi que l'impact des attaques ukrainiennes.

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Andreï Pivovarov (RU) /

Devenu une proie chez lui

Le responsable politique Andreï Pivovarov écrit sur Facebook :

«Une attaque aérienne le 9 mai [lors du défilé militaire de Moscou] n'a pu être évitée que grâce à l'intercession de Trump. Poutine souhaite se mettre en scène devant des figurants étrangers lors du Forum, mais Saint-Pétersbourg se réveille sur fond de débris en flammes. En raison des drones de pointe et des aléas de la défense antiaérienne russe, l'Ukraine est désormais en mesure de représenter une menace sur la quasi totalité de la zone européenne de la Russie. Désormais, la présence de Poutine à un événement d'envergure, quel qu'il soit, se ne limite pas limite pas à une rencontre avec un chef d'Etat, elle implique également le risque d'une nouvelle attaque de drones. Du grand aigle triomphateur, on est passé à un oiseau de malheur.»

Cotidianul (RO) /

Un village Potemkine

L'événement met en exergue le fossé béant qui existe entre ce que la Russie cherche à montrer et les réalités, écrit Cotidianul :

«Poutine a besoin de cet évènement pour envoyer trois messages. Il aimerait montrer à l'opinion publique russe que l'économie résiste, et à l'Occident que les sanctions contre l'économie russe n'ont aucun effet. C'est une Russie invaincue qui est présentée aux partenaires non occidentaux ; un Etat qui reste un marché important et un allié utile. Le problème, c'est qu'entre le message et la réalité, il y a un véritable fossé. Le Kremlin peut certes remplir les salles de délégations, annoncer des discussions bilatérales et parler d'une nouvelle architecture mondiale, mais il ne peut dissimuler le fait que la Russie n'est pas parvenue à compenser la perte des capitaux et des technologies occidentales, ni l'accès aux marchés financiers internationaux.»

Svenska Dagbladet (SE) /

La taille de la Russie fait sa faiblesse

L'empire de Poutine est menacé, fait observer Svenska Dagbladet :

«Autrefois, la taille de la Russie faisait qu'elle était imprenable. Mais à l'heure des armes de précision innovantes à longue portée, Poutine doit lui-même faire le constat que l'étendue et l'agrandissement de son territoire compliquent sa défense. … Dans le même temps, la situation se détériore manifestement pour la Russie sur le plan économique et militaire. La guerre connaît beaucoup de rebondissements, mais l'Ukraine est avantagée par le temps et elle a de la supériorité technologique. Si les Russes parviennent encore à écarter la menace pour l'instant, sur le long terme, ils sont en désavantage en matière d'innovation et d'économie.»

Corriere della Sera (IT) /

Quand l'illusion se dissipe

Les attaques contre Saint-Pétersbourg ne représentent pas qu'une humiliation symbolique pour Poutine, fait valoir Corriere della Sera :

«Saint-Pétersbourg est chère au cœur de Poutine. … Les attaques contre sa ville n'ont pas seulement, pour Poutine, la valeur symbolique d'une humiliation amère, elles ont aussi une portée stratégique très concrète. Lui qui a toujours voulu tenir Moscou et Saint-Pétersbourg à l'écart de la guerre en Ukraine, quasiment comme dans une bulle rassurante, doit désormais constater que la guerre fait rage dans sa cour intérieure. Et la fable de 'l'opération spéciale' se révèle n'être qu'une simple illusion.»

wPolityce.pl (PL) /

Le lien économique n'est pas coupé avec l'Allemagne

Le site wPolityce.pl donne matière à réflexion sur la présence de représentants de l'économie allemande au SPIEF :

«Le directeur de la Chambre de commerce germano-russe, qui se porte plutôt bien malgré l'interminable guerre qui sévit en Ukraine, explique qu'il convient de 'conserver le lien économique avec la Russie', comme certains autres l'envisagent. Matthias Schepp ajoute qu'il s'agit de 'protéger plus de 100 milliards d'euros d'actifs allemands liés à ce pays', soit une somme d'argent considérable. Ses propos prouvent non seulement qu'une partie des entreprises allemandes est restée en Russie, mais signifient également qu'une reprise effective de la coopération sera bientôt possible.»

Ekho (RU) /

Des thuriféraires douteux seront de la partie

Dans un post Telegram repris par le portail Ekho, Le cinéaste Olexander Rodnyansky ironise sur "l'illustre" public qui assistera à la manifestation :

«Le SPIEF est la vitrine la plus importante pour la Russie. La démonstration, pour les étrangers, du bon fonctionnement du pays, du 'business as usual', qu'il n'y a aucun problème ni aucune guerre. On ne parle pas d'isolement international. C'est pourquoi on fait venir des invités étrangers à la réputation sulfureuse à Saint-Pétersbourg, prêts à faire l'éloge de Vladimir Poutine contre une rétribution financière généreuse. … Nous allons assister à un 'forum économique' passionnant, le discours de Poutine sera attentivement suivi par des complotistes, des violeurs et des antisémites en tout genre. Avec pour arrière-plan, des terminaux pétroliers en feu.»