Tchéquie : un parti au pouvoir condamné pour incitation à la haine
Un tribunal de Prague a condamné pour incitation à la haine le SPD, parti d'extrême droite participant au gouvernement, et dirigé par l'actuel président du Parlement Tomio Okamura. La juge a estimé que ses affiches de campagne incitaient à la haine contre les réfugiés, et a infligé une amende au parti. Les éditorialistes font le point.
Simplement abject
Dans une tribune à Sme, le chroniqueur Jindřich Šidlo écrit :
«Nous savons tous depuis longtemps qu'en dépit de ses origines, Okamura est un politique xénophobe, raciste et ouvertement prorusse. Depuis le début, la politique de son parti – qui n'est pour lui qu'un simple moyen d'atteindre son but – est basée sur ces 'valeurs'. Dès 2018, il a remis en cause le génocide des Roms, sans être jamais puni. Son allocution de Nouvel An, en janvier, a été le pire accès d'ukrainophobie de la part d'un responsable politique tchèque de ce calibre. Tout humain qui se respecte fait fi de Tomia Okamura. Or dans la coalition gouvernementale actuelle, il compte bizarrement parmi les personnalités les plus en vue.»
Les partenaires de coalition font l'autruche
Reflex s'indigne du silence opposé par les deux autres partis au gouvernement :
«Interrogé sur le fait que la justice avait établi que le SPD incitait à la haine, le chef du Parti des automobilistes, [le ministre des Affaires étrangères] Petr Macinka, a répondu par un simple : 'Oui, et alors ?' Il indique ne pas avoir observé de comportements haineux dans les débats avec le SPD. Macinka reste attaché à sa propre position déconnectée de la réalité. [Le principal parti au gouvernement] ANO et le Parti des automobilistes font l'autruche, alors qu'ils devraient rester vigilants. Le fait que la justice qualifie officiellement le SPD de parti raciste est un problème pour le gouvernement, mais aussi pour tout le pays.»
Okamura fera son miel de ce verdict
Lidové noviny envisage la condamnation sous un autre angle :
«Cet incident – la plainte, le verdict exemplaire qui a suivi et d'autres procès – ne peut qu'être utile à Tomio Okamura. Pourquoi ? Car ces affiches, qui tomberaient sinon dans l'oubli, reviennent à l'ordre du jour. De telles condamnations permettent au SPD d'affirmer que sa critique des conditions sociales est dans le viseur de l'establishment et de se poser en victime. Même un verdict définitif ne nous libérera pas des campagnes négatives. Au contraire, il participera d'une 'judiciarisation' renforcée, où chaque campagne fera l'objet d'une enquête policière.»