Ankara en état d'alerte avant l'accueil du sommet de l'OTAN
La Turquie se prépare à recevoir le sommet de l'OTAN qui aura lieu les 7 et 8 juillet à Ankara. Au préalable de la rencontre, plus de 200 personnes ont été arrêtées au motif qu'elles auraient l'intention d'organiser des manifestations qui feraient passer la Turquie pour un pays 'associé au terrorisme'. En outre, la liste des journalistes autorisés à couvrir l'événement est contrôlée par la présidence turque. Les médias turcs y voient un avant-goût amer au préalable du sommet.
Une situation sans précédent
Dans T24, Namık Tan, ancien ambassadeur turc aux Etats-Unis, se dit atterré par l'ampleur que prennent les précautions de sécurité :
«Dans le cadre d'un sommet de l'OTAN, on peut bien sûr s'attendre à un niveau de sécurité très élevé. Mais le contenu de l'ordonnance de l'administration d'Ankara est tel qu'il ne surprendra sûrement pas la seule population turc. D'autres pays de l'OTAN vont probablement aussi faire une drôle de tête. Car avec le blocage des rues les plus fréquentées d'Ankara, la fermeture provisoire de centaines de magasins plusieurs jours d'affilée, l'annulation de douzaine de manifestations, l'établissement tacite d'un couvre-feu et, le pire du pire, l'arrestation de nombreux militants issus de la population civile par peur qu'ils organisent des manifestations politiques, on n'avait jamais assisté à un tel arsenal de préventions dans l'histoire des sommets de l'OTAN.»
La folie sécuritaire va trop loin
Le quotidien islamique et conservateur Karar déplore que les Turcs soient victimes d'une suspicion générale :
«De vieux militants écologistes qui ont croisé la route de travailleurs contestataires, un professeur universitaire de renom, une journaliste qui avait donné son avis dans les réseaux sociaux : toutes ces personnes ont été arrêtées. Les journalistes de médias d'opposition connus n'ont pas le droit de suivre le sommet. ... Evidemment, il est nécessaire que des mesures de sécurité soient prises, mais le fait de considérer tout un chacun comme coupable dans le cadre de la rencontre d'une organisation qui fait de la démocratie la condition minimale à son adhésion, est pour le moins déplorable.»
S'imposer face à Trump
L'Europe doit profiter de l'occasion pour faire entendre ses revendications lors du prochain sommet, préconise l'ancien commissaire européen Paolo Gentiloni dans La Repubblica :
«Les participants au sommet ne pourront ignorer cette exigence [portée par les Etats-Unis] vis-à-vis de l'Europe d'assurer elle-même sa défense. Il serait vain de réagir à ce désengagement en se ressassant le bon vieux temps avec nostalgie. La seule réponse censée consiste à définir une nouvelle architecture Nord-atlantique dans laquelle la composante européenne aurait plus de poids. ... Etant donné que les Etats européens augmentent actuellement leurs dépenses militaires, les leaders du continent ont intérêt d'exiger de l'allié américain la réaffirmation du principe de dissuasion que contient l'article 5 du traité, et en particulier l'abandon de la 'neutralité' entre Moscou et Kiev.»