Vente des parts du Mondial : la FIFA hors-jeu ?
La Fédération internationale de football (FIFA) prévoit de vendre environ 20 pour cent des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Selon les médias, le patron de la FIFA, Gianni Infantino, entend créer une filiale à cet effet et encaisser des gains de plusieurs milliards d'euros. La FIFA a confirmé qu'elle examinait les propositions. La Fédération européenne de football (UEFA) a fustigé une initiative irresponsable, qui dépasserait les bornes. Chez les éditorialistes, l'indignation est vive.
Une mort à petit feu pour le football
Infantino est en train de transférer au clan Trump le sport le plus populaire au monde, écrit Correio da Manhã :
«Infantino projette de vendre la Coupe du monde et de la placer dans la sphère d'influence de la puissance américaine. Ce projet s'est construit étape par étape. Le prix de la paix en décembre ; les bureaux dans la Trump Tower ; la remise du trophée aux côtés de Trump. … L'objectif, ce n'est pas seulement de vendre le Mondial, mais aussi de vendre le pouvoir de fixer ses modalités : lieu d'organisation, nombre de participants, fréquence des matchs et coût. Le clan Trump ne respectera ni les règles du jeu ni le calendrier des matchs : il les imposera. C'est la mort annoncée du plus grand sport de la planète – à petit feu.»
Des perspectives effroyables
Jyllands-Posten fait part de son indignation :
«Difficile de croire que des investisseurs n'auront aucune influence sur les priorités et les décisions importantes. Les investisseurs et leurs profits l'emporteront sur le sport et les enjeux sportifs. C'est une perspective effroyable. Le football mondial ne devrait pas être un objet d'investissement. Comme on l'a déjà abondamment souligné, il est déjà de plus en plus mercantile, mais cette initiative l'empêchera toujours plus d'être une communauté placée sous le signe du sport. … Il s'agit d'abord d'argent, et non de sport. De maximisation des profits, sans aucun égard pour le produit. … Qui mettra un carton rouge à Infantino ?»
Mettre fin au cauchemar
Le quotidien Süddeutsche Zeitung appelle la Fédération européenne de football (UEFA) à sonner la fin de la récré :
«La résistance européenne prend forme. Mais il faut que tout le monde comprenne que cette fois-ci, il ne suffira pas de s'employer seulement à stopper le nouvel accès de mégalomanie du patron de la FIFA. Il faut qu'Infantino disparaisse du monde du football. Et si cette entreprise échouait, parce que le Rwanda, le Paraguay et quelques atolls des mers du Sud refusaient d'y souscrire, alors ce serait à l'Europe de disparaître du football de Trump et Infantino. L'Europe ne représente qu'un quart des voix lors de l'élection du président, et pourtant, la puissance de l'Europe, utilisée convenablement, est considérable. Un Mondial sans l'Europe, que ce soit avec 48, 64 ou 143 équipes, ne serait rien. Il est grand temps que l'UEFA mette fin à ce cauchemar.»
La boîte de Pandore
Le Temps met en garde contre un projet risqué :
«On ne sait trop si Gianni Infantino assure ainsi sa réélection ou sa future reconversion à la tête de la nouvelle entité. On pressent que le football y 'gagnera' plus de pauses fraîcheur et de matchs derrière des abonnements payants, puisqu'il faudra bien que ces privés rentabilisent leur investissement. Qu'adviendra-t-il lorsqu'ils estimeront que les matchs nuls nuisent au business ou qu'un beau parcours de la Chine ouvrirait de nouveaux marchés? La FIFA se lance au forceps dans un projet incertain, dangereux, où gagner plus devient la seule finalité. Dans un sport où l'argent prend déjà trop de place, il n'est pas nécessaire d'ouvrir la boîte de Pandore.»
Un pacte avec le diable
La mercantilisation est déjà allée trop loin, gronde Times of Malta :
«La FIFA a engrangé, selon les estimations, 11 à 13 milliards d'euros de revenus avec ce Mondial. Cela explique pourquoi elle ne considère plus la tradition footballistique comme un bien à protéger, mais comme un obstacle l'empêchant de conclure de nouveaux accords de sponsoring. Il est navrant de constater que le football a survécu, malgré tout. Il a souvent diverti, emballé parfois, et sacré un vainqueur final valeureux. Mais tout cela semble secondaire. La FIFA a moins organisé ce Mondial qu'elle ne l'a phagocyté, vendant l'âme du plus grand évènement sportif de la planète au diable dollar. Et vous pouvez être sûr que celui-ci remettra le couvert en 2030.»
Probablement voué à l'échec
Etelä-Suomen Sanomat doute qu'Infantino arrive à obtenir une majorité pour son projet :
«L'élaboration en catimini de l'initiative laisse penser que celle-ci ne survivra pas à un examen critique. Il semblerait que le président américain, Donald Trump, et le président de la FIFA, Gianni Infantino, aient déjà fait tous les préparatifs. … Le Mondial qui vient de s'achever a rapporté près de 13 milliards d'euros. Trump est un homme d'affaires, et il a désormais l'argent directement sous son nez. Les 'deals' de Trump ne surprennent plus. Il serait toutefois étonnant que les 211 pays membres de la FIFA approuvent un tel accord – ce serait difficile à croire.»