Débat sur l'immigration en Europe : quelle évolution ?
Après la crise de Ceuta, la politique migratoire continue de dominer l'agenda européen. Dans une prise de position commune, les Premières ministres italienne et danoise, Giorgia Meloni et Mette Frederiksen, mettent en garde contre les conséquences d'une immigration incontrôlée et appellent à durcir la politique actuelle. Dans le même temps, les médias européens décèlent néanmoins de nouvelles lignes de faille dans la gestion des migrants.
Une étrange alliance
Meloni et Frederiksen affichent une connivence inhabituelle, qui transcende les camps politiques, fait remarquer La Stampa :
«L'action de ce couple étrange représente un choix inédit sur la scène européenne, où la gestion de l'immigration est depuis toujours un abîme qui sépare la droite de la gauche. … On n'avait encore jamais vu de politique conservateur renoncer à la polémique contre la 'gauche qui sympathise avec les clandestins' ou un progressiste déposer les armes face à la 'droite xénophobe' pour promouvoir la possibilité d'un rapprochement. Peut-être ne s'agit-il que d'opportunisme, d'une tactique visant à sortir du pétrin de l'après-Ceuta. Mais quoi qu'il en soit, l'émoi est garanti dans les deux camps.»
Les valeurs passent à l'arrière-plan
Les Vingt-Sept n'ont pas de dénominateur commun en matière de politique migratoire, souligne pour sa part le politologue Bernardo Ivo Cruz dans Diário de Notícias :
«De nombreux gouvernements craignent que toute position équilibrée soit exploitée par des partis populistes à des fins électorales. Les uns haussent le ton, tandis que d'autres éludent la question. Mais le populisme et ses solutions simplistes n'expliquent pas tout. De profondes divergences subsistent entre les Etats membres à propos de la répartition des compétences, des mécanismes de retour, des modèles d'intégration et du financement de la politique migratoire commune. Il en résulte un débat marqué par l'urgence et la peur, et non par les valeurs ou la rationalité.»
Meloni génère un appel d'air
Dans le cadre du nouveau pacte migratoire européen, Berlin veut renvoyer des migrants vers les pays par lesquels ils sont entrés dans l'UE. Avvenire évoque une instrumentalisation politique des demandeurs d'asile:
«Si ceux-ci se rendent dans d'autres pays de l'UE, les autorités sont habilitées à les renvoyer vers les pays de première entrée, dans un navrant jeu de l'oie. Le nouveau pacte sur la migration et l'asile de 2024, dont le gouvernement Meloni revendique l'inspiration, a rendu ce principe plus contraignant. Aujourd'hui, même le chancelier allemand Friedrich Merz, sous la pression du parti d'extrême droite AfD et des élections à venir, entend en tirer un capital politique.»
L'hypocrisie de l'Europe
Le quotidien Neue Zürcher Zeitung déplore que personne n'évoque l'action de l'Espagne contre les migrants à Ceuta :
«L'Europe est manifestement très contente de l'efficacité de Sánchez – elle ne veut pas imaginer quel aurait été le chaos à Ceuta si le Premier ministre espagnol avait suivi l'exemple de Merkel et accueilli les migrants. Certaines ONG indiquent à juste titre qu'il y a potentiellement eu des violations du droit européen et du droit international. Dans les médias, ces voix sont peu entendues. Le succès des pushbacks est passé sous silence, car ceux-ci sont officiellement proscrits dans la politique migratoire européenne. Une posture hypocrite et malvenue, car cela fausse le regard sur les solutions possibles à la crise migratoire.»