Turquie : le Parlement adopte une loi d'amnistie pour le PKK
Le Parlement turc a adopté lundi une loi qui prévoit de mettre fin au conflit sanglant qui oppose le pays depuis des décennies à l'organisation kurde interdite PKK. Cette loi n'entrera toutefois en vigueur qu'une fois que le PKK aura été dissous et entièrement désarmé. Par la suite, des membres du PKK emprisonnés pourraient même être remis en liberté. Pour l'heure, les commentateurs se montrent sceptiques.
Quid de la démocratisation ?
Cette loi ne va pas assez loin, critique Yetkin Report :
«La loi met en œuvre les recommandations sur la dissolution de l'organisation, son désarmement et la réintégration de ses membres dans la société, mais ne comporte aucune disposition relative au processus de démocratisation. … Or la démocratisation et le développement des libertés et des droits fondamentaux sont un besoin essentiel de nos concitoyens d'origine kurde, mais aussi de tous les citoyens. … Il serait injustifiable qu'on libère des membres de cette organisation tout en maintenant en prison d'autres dissidents ayant commis des délits similaires.»
Une possible concession tactique d'Erdoğan
Le quotidien taz flaire un calcul électoral derrière cette loi :
«Le [parti kurde] DEM espère qu'il s'agit d'un premier pas qui appellera des mesures de démocratisation. … Si ce serait une bénédiction pour la Turquie, la réalité est toute autre. … Bien que la Constitution l'interdise, Erdoğan entend se représenter à la présidentielle de 2028. Et pour y parvenir, il a besoin des voix du DEM. Le débat sur le PKK n'est-il donc qu'un petit jeu tactique pour le président turc, en vue de s'assurer le soutien du DEM, comme le supposent certains observateurs ? Oui, d'une certaine façon ; mais l'existence de ce débat, en soi, contribue à transformer les réalités. Les Kurdes ne veulent pas renoncer à l'espoir, mais s'ils sont désireux de jouer avec Erdoğan, ils devront vraiment faire attention à ne pas être jetés sous le bus.»
Rien n'est encore fait
Il faut se garder de tirer des conclusions prématurées, fait valoir Milliyet :
«Pour que cette loi entre en vigueur, il faudra que toutes les unités du PKK dans le nord de l'Irak, en Iran et en Syrie déposent les armes, renoncent aux territoires et aux repaires qu'elles occupent. Cette évolution devra alors être attestée par les autorités de sécurité et présentée sous la forme d'un rapport au Conseil de sécurité nationale (MGK). Alors seulement, la loi entrera en vigueur. D'ici là, rien ne sera ni gagné ni perdu. … Il faut être réaliste : l'adoption d'une seule loi ne peut permettre de bâtir la paix sociale. Il faut dès lors se fier à notre pratique commune du vivre ensemble, qui refuse de faire l'amalgame entre citoyens d'origine kurde et terrorisme.»