Comment expliquer l'essor de l'AfD ?
Suite au score fulgurant de l'AfD aux élections régionales du Sachsen-Anhalt, les médias européens tentent de décortiquer les raisons qui ont poussé autant d'électeurs à donner leur voix à un parti officiellement classé à la droite extrémiste, en évoquant notamment les lacunes et manquements des autres partis.
Une société très insatisfaite
Le mauvais résultat de la CDU en Sachsen-Anhalt est l'expression d'une défiance envers sa politique au niveau fédéral, fait valoir Dnevnik :
«Les citoyens sanctionnent Merz à leur manière, auquel ils reprochent notamment la réforme des retraites en Allemagne. ... Beaucoup se demandent s'ils n'ont pas déjà assez travaillé pour leur retraite. A cause de la faiblesse de leurs revenus, les Allemands de l'Est ne peuvent pas compenser leurs retraites par des capitaux privés comme à l'Ouest. ... Le déclin du centre politique et le renforcement des extrêmes sont symptomatiques d'une société profondément insatisfaite. Le land du Sachsen-Anhalt constitue un test important pour la future architecture allemande des partis.»
On a longtemps ignoré le principal problème
L'Europe sous-estime l'enjeu migratoire, insiste Corriere del Ticino :
«Dans de nombreux pays, les partis nationalistes gagnent du terrain alors que d'autres partis de droite sont au pouvoir, seuls ou au travers d'une coalition. Ce sentiment de colère, de peur, de résignation, ce désir de protection et d'autorité à l'origine de l'essor de l'extrême droite est bien trop souvent ignoré par les partis traditionnels. Et la question migratoire en est le point central. Non que les préoccupations sur l'immigration soient xénophobes, mais parce qu'aucune démocratie ne devrait donner l'impression d'être incapable de maîtriser les frontières, l'asile, l'intégration et la sécurité. Si l'Etat ne fait pas la distinction entre ceux qui ont droit à être protégés et les autres, si on laisse les autorités gérer seules, c'est la solution la plus brutale et simpliste qui s'imposera : fermeture de toutes les frontières et expulsions systématiques.»
Les réformes impopulaires ne sont pas gagnantes
Der Standard voit un parallèle entre l'Allemagne et l'Autriche :
«Les partis autrichiens se demandent également quels enseignements tirer du succès triomphal de l'AfD en Sachsen-Anhalt. Car il existe des points communs notables entre les deux pays. En Allemagne comme en Autriche, les partis de droite nationaliste ont le vent en poupe. Les gouvernements de coalition à Vienne et Berlin luttent en vain contre la dégringolade spectaculaire qu'ils subissent dans les sondages. Il y a une leçon particulièrement intéressante à tirer du résultats électoral de dimanche pour l'Autriche : il vaut mieux ne pas s'engager dans des réformes controversées et délicates si on souhaite assurer sa survie politique.»