Allemagne : Merz peut-il se maintenir après les régionales ?
Les résultats des régionales dans les Lands de Berlin et de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale confirment la déroute de la CDU. Dans la capitale, le parti Die Linke est arrivé en tête, tandis qu'au Parlement régional de Schwerin, l'AfD va devenir le groupe politique le plus fort. Dans ce Land, la CDU ne figurera même pas au Parlement. Les médias dissèquent les résultat électoraux en évaluant les chances du chancelier de rester en poste.
Un vif mécontentement envers le gouvernement fédéral
Les résultats des élections en Saxe-Anhalt, en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin pointent dans la même direction, commente news.bg :
«Si les Länder et les paysages politiques diffèrent, les résultats ont un dénominateur commun : un vif mécontentement à l'égard du gouvernement fédéral. … Pour le moment, la réponse de Merz est claire : il faut maintenir le cap des réformes. … Selon lui, ces réformes sont le remède à la montée des extrêmes. C'est une attitude politique cohérente. Mais ces élections soulèvent une autre question : jusqu'à quel point un gouvernement peut-il justifier le rejet de sa politique en argumentant que les citoyens n'ont pas encore pris la mesure de sa nécessité ?»
Le chancelier joue la montre
Dans Index, Bence Bauer, directeur du German-Hungarian Institute for European Cooperation, un think-tank créé par l'ex-gouvernement Orbán, évoque la tactique de Merz :
«Après avoir qualifié les résultats de dimanche de désastreux, il s'est empressé d'affirmer vouloir maintenir le cap. La question est de savoir qui peut encore croire le chancelier, qui a déjà promis monts et merveilles sans que des décisions sérieuses ne soient prises. Pourquoi en serait-il autrement cette fois-ci ? Il joue clairement la montre. … Vu le score catastrophique de la CDU, il puise peut-être une petite consolation dans l'espoir qu'il sera difficile de trouver un successeur prêt à monter à bord d'un navire en plein naufrage. Une perspective qui pourrait même sauver son mandat, à titre provisoire.»
Maintenir le cap des réformes
Le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung espère que la CDU et la SPD garderont leur sang-froid :
«Que ce soit en Saxe-Anhalt, dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale ou à Berlin, il ne s'agissait pas uniquement d'un vote sur le gouvernement fédéral. Dans ces Länder, les candidats en lice et des facteurs est-allemands particuliers ont considérablement pesé sur le résultat. A l'Ouest, les élections régionales de l'année prochaine pourraient connaître une autre issue, notamment en cas de relance économique grâce aux réformes. … Le chef de file de la CDU et chancelier allemand, dans les cordes, n'a pas d'autre choix que de poursuivre la voie qu'il a annoncée juste après la fermeture des bureaux de vote : maintenir le cap des réformes.»
Un agenda européen dominé par les crises
Latvijas Avīze s'inquiète pour l'Europe :
«La situation ressemble à celle du déclin de la République de Weimar, lorsque le système politique démocratique avait commencé à vaciller. … Elle a été provoquée notamment par l'immigration incontrôlée et l'agression russe en Ukraine, tandis que l'agenda politique 'normal' en Europe, axé sur le développement économique et social, est de plus en plus éclipsé par les crises. Lors des scrutins prévus dans divers pays européens, ce mécanisme risque de produire des effets similaires. … Reste à espérer que l'Europe ne sera pas confrontée à une grave crise économique et financière, qui profiterait immanquablement aux populistes comme l'AfD.»
Une fuite en avant
Der Standard explique pourquoi Merz a tenu à prendre la parole devant les caméras dès les premières estimations, en annonçant vouloir rester chancelier :
«Depuis plusieurs jours, les rumeurs vont bon train sur la personne qui pourrait le remplacer au poste de chancelier : Hendrik Wüst, le ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Markus Söder, le ministre-président CSU de Bavière ou encore le ministre de l'intérieur Alexander Dobrindt (CSU). Dimanche, Merz voulait étouffer dans l'œuf toute discussion à ce propos. Mais pourra-t-il y arriver ? … Le soir des élections, Merz était seul sur l'estrade. Aucun membre de la direction du parti n'était à ses côtés et encore moins derrière lui. Pourtant, il avait convié les pontes de la CDU à se rendre à leur QG.»
La CDU doit se débarrasser de son chef
Pour Magyar Nemzet, journal proche du Fidesz, les jours du chancelier et du barrage contre l'AfD sont comptés :
«Merz va sûrement être évincé de la tête du parti, dans l'espoir qu'il renonce de sa propre initiative à ses fonctions de chancelier. … Si malgré tout, le canard boiteux restait cramponné à un poste déjà en décomposition, la CDU, qui comptabilise tout de même 20 pour cent, pourrait se retrouver au bord du précipice. Mais tôt ou tard, l'instinct de survie l'emportera au sein des instances dirigeantes de la CDU. Notamment parce que les jeunes de la 'Junge Union' s'opposent déjà au cordon sanitaire, car ils sentent que leur avenir ne peut être assuré qu'aux côtés de l'AfD.»
Evitons un interminable feuilleton
La question de la succession se pose inévitablement, observe Der Spiegel :
«S'il existe au sein du parti des figures en faveur d'un nouveau chancelier, on ne saurait leur en vouloir. Mais dans ce cas, il faudrait qu'elles se manifestent dès maintenant pour prendre sa place. Ou qu'elles se taisent à jamais. Il serait délétère pour le pays et pour ce gouvernement qu'un interminable feuilleton ait lieu à la chancellerie, qu'à l'automne, on assiste à un étiolement merzien. Il est essentiel que l'Allemagne, en tant que pays clé de l'UE, reste stable et fiable dans le contexte mondial actuel.»
Stabiliser l'Europe par une politique proche du peuple
Pour El Mundo, le danger ne se limite pas à l'Allemagne :
«Avec le délitement du centre, les alternatives radicales des deux côtés de l'échiquier ont largement prospéré, ce qui complique la gouvernance du pays et augmente le risque de polarisation au sein de l'un des moteurs de l'UE. … La crise des partis traditionnels allemands affecte tout le continent. … Les résultats du scrutin sont une alerte pour les forces porteuses du projet européen. Ils doivent leur servir à réaffirmer leur intention de mener un programme réformiste ambitieux, axé sur les besoins que beaucoup de citoyens considèrent comme n'ayant pas été comblés : le problème du logement, la hausse du coût de la vie et les tensions résultant d'une immigration incontrôlée.»
Un motif d'inquiétude pour l'Ukraine
Ce n'est pas une bonne chose que Merz soit menacé, écrit sur Facebook Mykola Loukachouk, responsable administratif de l'oblast de Dnipropetrovsk :
«Pourquoi la situation politique en Allemagne nous concerne-t-elle ? Car l'économie du pays, qui pèse plus de 4 000 milliards d'euros, est la plus importante de l'UE. ... Et depuis l'année dernière, l'Allemagne est le plus gros bailleur de fonds militaire de l'Ukraine. La défaite du parti de Merz aux élections pourrait entraîner des législatives anticipées. ... Une perspective dangereuse, car l'AfD est actuellement en tête des sondages, et ce parti veut importer à nouveau du gaz russe et s'oppose aux aides à l'Ukraine. Les législatives sont normalement prévues pour 2029. Il serait préférable que l'Allemagne s'en tienne à cette date-là.»
On a échappé au pire
The Economist voit une lueur d'espoir dans le marasme électoral ambiant :
«Il y a eu des éclaircies pour les centristes. Encore récemment, l'AfD misait sur une victoire largement plus retentissante dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et même peut-être sur un petit triomphe à Berlin, en raison de l'électorat particulièrement divisé. En réalité, le SPD, reprenant du poil de la bête, l'a renvoyé dans les cordes dans ce Land, et dans la capitale allemande, le parti n'a pas été à la hauteur des prévisions. Alice Weidel, la coprésidente de l'AfD, répétait que les électeurs avaient offert à son parti un mandat pour gouverner le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Mais la réalité est tout autre : l'AfD ne sera aux commandes ni dans ce Land, ni à Berlin.»