Que penser des frappes houthistes sur l'Arabie saoudite ?
Depuis une semaine, les milices houthistes frappent des aéroports et des sites industriels en Arabie saoudite, et agitent la menace d'une escalade militaire. Riyad soutient le gouvernement reconnu internationalement au Yémen, qui combat les houthistes alliés à l'Iran. La retenue prédomine pour l'heure du côté de Washington et des pays du "pacte de La Mecque", quant à leur soutien à l'Arabie saoudite.
Les Saoudiens n'ont jamais été du côté de la Turquie
En dépit du pacte de La Mecque, Ankara doit bien soupeser les risques d'une implication militaire dans ce conflit, prévient Sözcü :
«Lorsqu'on aide un pays en guerre à se défendre, il risque d'être perçu comme un belligérant. Cela veut dire que la Turquie, vis-à-vis de l'Iran, serait placée sur le même plan que les Etats-Unis et l'Arabie saoudite. Par ailleurs, si la Turquie et le Pakistan stationnaient des troupes en Arabie saoudite, ne serait-ce que dans un rôle de défense, cela pourrait aggraver le conflit. En effet, la Turquie n'est-elle pas censée réagir si des troupes turques postées en Arabie saoudite étaient attaquées ? … L'Arabie saoudite, que nous soutenons aujourd'hui, nous a-t-elle jamais soutenus dans nos causes nationales ?»
Des soutiens qui ne sont plus évidents
Interia s'inquiète de voir le principe de solidarité se galvauder :
«Ce qui doit retenir notre attention, c'est que les généraux américains, de concert avec l'administration Trump, font tout pour ne pas se laisser entraîner dans une guerre sur un nouveau front. Ils louvoient, jouent les contorsionnistes et sapent ce faisant l'ordre politique internationale dans une autre région du monde. … A moins d'être sot, il paraît évident, à entendre les dirigeants américains, que les Etats-Unis ne viendront jamais à notre secours. Même les pays européens, en proie à un nationalisme croissant, sombrent de plus en plus dans le 'pacifisme'.»
Une leçon douloureuse pour Riyad
L'Arabie saoudite ne peut plus compter sur l'aide des Etats-Unis, analyse le chroniqueur Pierre Haski dans la matinale de France Inter :
«En frappant en profondeur le territoire saoudien, les houthistes lancent un défi auquel le royaume a du mal à répondre. C'est d'abord dû à la protection américaine de l'Arabie saoudite, qui remonte à 1945, et qui est aujourd'hui sérieusement décrédibilisée. Donald Trump a certes déclaré dimanche, après les attaques contre les aéroports, qu'il pourrait aider les Saoudiens contre les houthistes. Mais on se doute qu'à trois semaines d'élections où il joue la fin de son mandat, Trump n'a pas envie d'entrer dans une nouvelle guerre. … Mais la grande leçon pour l'Arabie saoudite, c'est qu'elle a eu tort de déléguer sa sécurité aux Etats-Unis en pensant qu'elle pourrait rester à l'écart du conflit avec l'Iran. C'est une leçon qu'elle paye au prix fort.»
Un désastre pour le dirigeant saoudien
Riyad est dans l'impasse, analyse Diena :
«Les houthistes sont déterminés à poursuivre leurs attaques sur Riyad jusqu'à ce que l'Arabie saoudite renonce à soutenir le gouvernement yéménite. Une telle mesure serait toutefois catastrophique pour Ben Salman et son image de 'leader fort'. Les autres options sont tout aussi insatisfaisantes. Les attaques aériennes sur le territoire contrôlé par les houthistes n'ont aucun effet sur leur potentiel militaire et ne font qu'entraîner des frappes de représailles. L'envoi de troupes saoudiennes supplémentaires au Yémen provoquerait inévitablement la mort de nombreux soldats.»
Le prix des erreurs de Trump
Il faut y voir une conséquence du bras de fer entre l'Iran et l'Arabie saoudite pour le contrôle du Golfe, écrit Frankfurter Allgemeine Zeitung :
«Ce conflit se déroule sur le terrain militaire, au Yémen, depuis des années. C'est avec un mélange d'arrogance et de méconnaissance, propre à de nombreux populistes, que Trump a mis le pied dans ce guêpier stratégique. Et c'est l'Arabie saoudite qui en paye le prix, alors qu'elle souhaitait en fait se retirer de la guerre civile dans le pays voisin pour se concentrer sur sa propre économie. Cela fait des décennies que la politique étrangère saoudienne repose sur l'alliance avec les Etats-Unis. Le fait que Trump l'ait dévalorisée pourrait radicalement changer le visage de l'ensemble du Proche-Orient.»
Riyad tributaire d'une aide extérieure
L'Arabie saoudite est en difficulté, analyse Il Manifesto :
«Les récentes attaques des houthistes ont eu lieu alors que s'ouvrait à Riyad le Congrès mondial de l'énergie, et que plusieurs délégations internationales étaient attendues [dans deux semaines] pour participer au 'Davos du désert'. … Mais qui viendra si l'aéroport est fermé ou non sécurisé ? … Riyad a dépensé des milliards de dollars en armes américaines et occidentales, qui n'ont pas pu faire grand-chose contre les missiles et les drones des houthistes. Il ne reste donc pas d'autre choix que de miser sur l'aide hypothétique de Trump, et sur celle des Européens (toujours disposés à prêter main forte aux seigneurs du pétrole).»
La force de frappe énigmatique des rebelles
To Vima se demande comment les houthistes ont pu mener ces attaques :
«La plupart des analystes estiment que les rebelles pro-iraniens n'auraient pas pu élaborer un arsenal d'armes de précision, d'une portée de 1500 à 2000 kilomètres, sans le soutien de Téhéran, sans la contribution de techniciens et de conseillers militaires iraniens. Ils ont néanmoins du mal à expliquer comment a pu se développer ce gros arsenal, qui a été dissimulé jusque-là, et comment les houthistes sont parvenus à briser la défense antimissile des Saoudiens et de leurs alliés en de si nombreux endroits, et à une telle fréquence.»