Europe : comment réagir à la mobilisation ?

En France, des lycéens et des étudiants étaient les premiers à descendre dans la rue; en Italie, la Première ministre envoie des militaires à Milan où des magasins ont été pillés. Les loyers élevés, les inégalités sociales et le manque de perspectives attisent le mécontentement. Les commentateurs se demandent comment la classe politique doit réagir : sévir davantage ou engager des réformes qui tiennent compte des préoccupations des jeunes ?

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taz, die tageszeitung (DE) /

Le business passe avant les citoyens

Les dirigeants européens continuent de détourner le regard, critique taz :

«Leur sommet de la semaine dernière a de nouveau été un exemple frappant. A l'insistance du chancelier Friedrich Merz, les chefs d'Etat et de gouvernement se sont penchés sur la compétitivité, et non sur la détresse sociale et éducative. … Alors que la solution est toute trouvée : l'UE devrait chercher à obtenir des loyers, des prix énergétiques et une éducation abordables, au lieu de promouvoir des réformes économiques libérales. De premières mesures timides ont certes été adoptées, notamment concernant le logement. Mais c'est insuffisant. Rien ne changera tant que l'UE, lors de ses sommets, continuera à privilégier les grandes entreprises plutôt que les citoyens.»

La Stampa (IT) /

Les militaires comme seule réponse ?

La Stampa critique la décision de Giorgia Meloni de déployer des militaires à Milan :

«Le choix de la militarisation en réponse aux bandes de jeunes qui ont pillé Milan était prévisible, voire inévitable. Elle provient de ce réflexe de maintien de l'ordre qui détermine l'action de l'extrême droite depuis son arrivée au palais Chigi. … Voilà à quoi ressembleront nos villes, Milan notamment, dorénavant : des magasins de chaussures et de vêtements gardés par des soldats armés de mitraillettes. Un scénario qu'on associe plutôt aux quartiers riches de Mexico ou de Bogota, ou aux environs des grands hôtels des capitales africaines : des endroits où les inégalités sont si fortes que la prospérité ne peut être protégée que par les armes.»

LRT (LT) /

Regarder derrière les flammes

Sur LRT, le chercheur en sciences sociales Skirmantas Bikelis réfute l'analyse selon laquelle les mouvements de contestation en Europe seraient l'expression d'un effondrement social :

«Ceux qui se focalisent sur les flammes et les casseurs encagoulés, sans tenir compte des messages, du contexte et des causes des mouvements sociaux, ne peuvent prétendre les comprendre vraiment. … Il est absurde de qualifier les protestations en France de 'haine de la culture occidentale'. Il ne faut pas oublier que les soulèvements violents sont inscrits dans l'ADN de la culture politique française au moins depuis la prise de la Bastille en 1789. … Force est de constater, toutefois, que la répression, les barbelés et une mentalité autoritaire et bornée font eux aussi partie de la culture politique européenne.»

Kapital (BG) /

La gen Z revendique ce que ses parents ont eu

Les jeunes descendent dans la rue parce qu'ils n'ont plus le même niveau de vie que leurs parents, commente Kapital :

«Leurs parents ont grandi à une époque où les divertissements étaient rares, mais où l'on pouvait atteindre un niveau de vie élevé. Ils avaient la télé, un vinyle acheté en mettant des sous de côté, le téléphone dans le couloir et ils partaient en vacances une fois par an. Leur salaire leur permettait de s'acheter un logement, ce logement devenait leur patrimoine et ce patrimoine leur retraite. Le capitalisme a été une échelle que des millions de personnes ont gravie. Leurs enfants sont dans la situation contraire. … Se loger, être entouré d'une famille, se sentir en sécurité et participer aux bénéfices économiques sont devenus un luxe. La génération Z a les moyens de tout regarder, mais ne possède pratiquement rien.»