La Hongrie ouvre les archives de la sécurité d'Etat
Le gouvernement hongrois a commencé mercredi à ouvrir les archives des services de la sécurité d'Etat de l'époque communiste. Les "dossiers des agents" révèlent qui a été enregistré auprès de ces services pour surveiller la population. L'ouverture des archives figurait parmi les promesses électorales de Péter Magyar. Que déclenche-t-elle dans le pays ?
Mettre fin aux spéculations
La Hongrie clôt des décennies de conjectures, écrit Gazeta Wyborcza :
«Le traitement du passé communiste en Hongrie a suscité de vives émotions pendant plusieurs années, l'Etat refusant de permettre aux chercheurs, aux journalistes et même aux victimes de la police politique d'accéder aux archives. Dans les années 2000, des révélations sur des personnes qui auraient dénoncé leurs concitoyens ont été faites. Certains scandales ont été suivis de la démission de certains responsables politiques. … Selon les chercheurs, sur les 50 000 à 60 000 agents, plusieurs milliers seraient encore en vie. Depuis mercredi, chaque citoyen a la possibilité de rechercher un nom et de vérifier qui a travaillé comme informateur à l'époque communiste.»
Pas seulement des noms, mais aussi des histoires
Il faut tenir compte des histoires derrière les noms, souligne le site d'investigation Átlátszó :
«La responsabilité des anciens collaborateurs informels est certes un sujet important, mais il ne faut pas négliger celle des cadres politiques, des officiers des services de sécurité de l'Etat et des décideurs qui ont joué un rôle essentiel dans le fonctionnement de la dictature. Le véritable enjeu de l'ouverture des dossiers, ce n'est pas seulement que d'autres noms connus soient révélés, mais aussi que davantage de personnes puissent connaître l'histoire de leur propre famille, de leur entourage et de tout le pays pendant la dictature.»
Une tactique de diversion
Le gouvernement Tisza ne cherche pas réellement à travailler sur le passé, estime le site d'information Konfront, proche du Fidesz :
«Nous connaissons maintenant le budget de l'année prochaine, avec de nombreuses incertitudes et des points problématiques : nous sommes confrontés à des hausses d'impôts, à une croissance proche de zéro, à une flambée des prix du carburant et à une hausse du chômage. Ouvrir les archives de la sécurité d'Etat pourrait semer la zizanie au sein de la société et permettre de sermonner certains cadres politiques et leurs ancêtres sans que l'on sache les détails – qui ne seront publiés qu'en février prochain. Cela permettrait, au moins pour un moment, de détourner l'attention des enjeux actuels et à venir. La manœuvre du gouvernement Tisza est certes habile, mais critiquable sur le plan moral.»