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Afrique et Europe, de Susanna Wolf
Relations politiques et financières entre Afrique et Europe
Les grandes puissances coloniales qu'étaient autrefois la Grande-Bretagne et la France ont aujourd'hui encore un rapport particulier à l'Afrique. Plus de 1,5 millions d'Africaines et d'Africains des anciennes colonies, et surtout d'Algérie, du Maroc et de Tunisie vivent en France (300 000 seulement en Allemagne) et environ 192 000 Français vivent dans des pays africains. Le continent africain est encore pour la France le fournisseur majeur de matières premières. En outre, notamment les pays francophones jouent un rôle toujours plus important comme alliés de la France dans des comités internationaux tels que ceux des Nations Unies. Cela s'est avéré par exemple en mars 2003 dans le refus d'une intervention militaire contre l'Irak par les Nations Unies, la France ayant pu conforter sa position grâce au soutien de plus de 50 Etats et donc de plus d'un quart des pays-membres des Nations Unies. D'autant qu'à ce moment-là, avec le Cameroun, l'Angola et la Guinée, trois de ces pays étaient des membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies et que la Guinée en tenait la présidence au cours du mois décisif.
La signification particulière de l'Afrique pour la France se reflète dans la politique extérieure du pays. 62 pour cent de l'aide française au développement sont destinés à l'Afrique. Outre cela, la France s'est toujours engagée sur les plans politique et militaire sur le continent africain, comme en Algérie, au Congo, au Rouanda ou depuis 2001 surtout en République de Côte d'Ivoire.
La Grande-Bretagne poursuit elle aussi jusqu'à aujourd'hui ses propres intérêts sur le continent africain. Des entreprises britanniques sont entre autres fortement représentées dans le secteur pétrolier en Afrique du Nord et de l'Ouest, ainsi que dans l'exploitation de l'or et des diamants dans le sud de l'Afrique. Sur le plan politique aussi, la Grande-Bretagne exerce toujours une grande influence sur les pays anglophones d'Afrique. 16 Etats africains sont membres du « Commonwealth of Nations », une libre fédération d'Etats issus de l'Empire britannique. La signification de l'Afrique pour la Grande-Bretagne est soulignée par la Commission pour l'Afrique créée par Tony Blair en 2004, par la priorité accordée à l'Afrique pendant sa présidence de l'UE et lors du sommet du G8 2005 à Gleneagles en Ecosse.
L'omniprésence de l'Europe en Afrique se ressent encore, même au bout de 50 ans d'indépendance. L'UE finance de concert avec ses pays-membres plus de 50 pour cent de l'aide internationale au développement. Si l'on tient compte du fait qu'environ la moitié du budget public de pays modèles comme l'Ouganda vient de soutiens financiers de l'aide à la coopération, on prend vite la mesure de leur dépendance. En octobre 2005, l'UE a décidé d'augmenter son aide à l'Afrique dans les cinq prochaines années de 50 pour cent, à savoir 30 milliards de dollars US. Ces moyens servent d'une part à lutter contre la pauvreté en regard des objectifs du millénium des Nations Unies, mais aussi à surmonter les coûts d'adaptation que vont causer les zones de libre-échange prévues.
Entretemps toutefois, dans beaucoup de pays africains, comme par exemple au Burkina Faso et au Lesotho, les versements d'argent des Africains vivant à l'étranger dépassent les subventions financières des pays industrialisés. L'argent sert non seulement à financer la nourriture et la scolarité de la famille dans le pays d'origine mais est de plus en plus souvent investi dans de petites entreprises, contribuant ainsi à améliorer les perspectives d'avenir.
Alors que la migration Sud-Nord fait avancer le développement du continent africain, elle est un défi pour l'Europe. L'Europe a donc d'une part un intérêt propre à ce que les conditions de vie s'améliorent dans les pays en voie de développement car ainsi, moins de personnes seront obligées de quitter leur pays. Mais il y aura toujours des courants migratoires, dont profitent des régions d'accueil typiques comme l'Europe et les Etats-Unis sur le plan économique et donc elles dépendent à l'avenir, en regard du recul de la natalité. Une politique contrôlée de l'immigration à l'échelle européenne, alliée à des stratégies nationales d'intégration se révèlent par conséquence être d'une nécessité urgente afin d'enrayer d'une part la migration illégale avec ses effets négatifs et empêcher d'autre part le refoulement des immigrés en marge de la société, et afin que la migration soit un gain pour les deux continents.
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