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Concentration des médias en Europe, de Bernd Malzanini

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Le danger qui peut naître de la concentration transfrontalière des médias ne devrait pas être ignoré. Toute collectivité démocratique présuppose impérativement la diversité de l'information. La diversité des opinions dans la presse et à la radio est donc indispensable autant pour la démocratie constitutionnelle que pour la liberté d'information des citoyens. L'idée de la garantie du pluralisme est aussi mentionnée expressément dans la Charte UE des droits fondamentaux, édictée en 2001. Tout récemment, le tribunal contitutionnel su-prême a en Allemagne souligné l'importance de la liberté de la radio pour la formation d'opinion libre, individuelle et publique et insisté sur la tâche du législateur de créer un ordre garantissant que la diversité des opinions existantes puisse s'exprimer à la radio dans la plus grande envergure et exhaustivité possibles. Justement la radio est toujours d'une importance primordiale de par l'impact de sa diffusion, son actualité et sa force suggestive. A cause du risque lié à la concentration des médias d'un exercice d'influence unilatéral sur la formation d'opinion publique, des dispositions pour protéger la diversité journalistique sont toujours considérées comme nécessaires.

L'exemple de l'Italie a démontré il y a quelques temps que les dangers dépeints ne sont pas qu'une simple théorie, à l'ère des investisseurs financiers ne pensant qu'en termes de renta-bilité. Une entreprise de communication a ainsi calculé que le multiple détenteur de médias et ancien chef d'Etat Silvio Berlusconi est apparu en tout trois heures et six minutes à la télé-vision italienne au cours des deux premières semaines de l'année 2006 pendant la campa-gne électorale – sans compter les interviews à la radio et les conférences de presse. Le chef de l'opposition, Romano Prodi, est apparu en tout huit minutes à la télévision. Ce qui montre que les médias sont utilisées stratégiquement par ceux qui en disposent. Certes, il n'existe plus beaucoup de ces propriétaires de médias comme Berlusconi, Murdoch, Axel Springer et Leo Kirch, dont la conscience de diffusion détermine ou déterminait les activités médiatiques. Les grandes fusions d'entreprises recèlent pourtant suffisamment de potentiel de conflit et d'abus : journaux, activités online et radio jusqu'ici proposées par des entreprises concurren-tes sont uniformément mises à disposition par un offrant ou un groupe d'offrants. Les exploi-tants de réseaux par câble deviennent des organisateurs de radiodiffusion, acquièrent des droits de programmes et de sport et contrôlent l'accès à leurs plateformes. Des entreprises de télécommunications que l'Etat possède en partie participent à la radio. Le travail de pro-ducteurs jusqu'ici indépendants est exécuté de concert par les grands groupes de médias et entraîne un appauvrissement de la diversité des productions. Les plateformes par satellite et par câble développent des positions Gatekeeper et contrôlent l'accès au consommateur par l'introduction de dénommés systèmes de Conditional-Access, systèmes de navigation, gui-des de programmes électroniques et appareils finaux adressables (voir à ce propos : www.kek-online.de et www.digitaler-zugang.de).

Si les médias ont pour tâche de remplir leur rôle de quatrième pouvoir de l'Etat, leur fonction publique et leur fonction de critique et de contrôle, cela présuppose pluralisme et transpa-rence. Foncièrement, la concentration des médias ne signifie pas encore l'absence de la di-versité d'opinion, tant que les acteurs respectent certaines règles d'assurance de la qualité. Mais on peut dire aussi fondamentalement que les conglomérats de médias agissant sans limites nationales n'agrandissent pas la liberté d'opinion et d'information mais peuvent plutôt conduire à une homogénéisation des contenus à l'échelle européenne. Prenons-en pour exemple des émissions comme « Deutschland sucht den Superstar » [Star-Académie], « Wer wird Millionär? » [La chance aux millions] et « Big Brother », présentées sous une forme identique dans d'autres pays. En dehors de la production uniformisée de formats de programmes, on doit également considérer comme problématique l'origine uniformisée de la « matière première » pour les nouvelles et les programmes d'information, par exemple par des agences de presse appartenant à des groupes.

Face à cela, on avancera avec des raisons bien fondées que les médias se heurtent plus vite à des limites linguistiques que des biens courants et autres prestations de services. La formation d'opinion de la population s'accomplit toujours au niveau national, et malgré les efforts d'unification européenne, on ne peut pas parler jusqu'à présent d'une formation d'opinion paneuropéenne et donc d'un exercice d'influence paneuropéen de l'opinion.

Un fait est toutefois que les groupes médiatiques opérant partout dans le monde disposent d'un pouvoir de marché en conséquence et peuvent écarter ainsi du marché les entreprises de médias nationales. Au plus tard lorsque la force d'opinion en résultant conduit à un ren-forcement de la force d'opinion sur des marchés d'opinion nationaux isolés, ce problème de-vrait être affronté par une législation paneuropéenne sur la concentration des médias. Il ne faudrait pas non plus négliger ici le fait que dès aujourd'hui, des émissions de télévision tou-chent de manière ciblée des parts de population fortes en nombre de langue polonaise, russe ou turque en dehors des pays d'origine et que cela pourrait entraîner une influence unilatérale de la diversité d'opinion dans le pays de destination respectif.

Les experts ne sont toutefois pas unanimes concernant l'UE en tant qu'organe compétent pour garantir la diversité d'opinion. Mais avant la régulation, priorité devrait être donnée à la transparence, afin de se faire tout d'abord une idée de la situation de menace possible. Pour cela, il serait judicieux de recourir à un système de surveillance à l'échelle européenne en coopération avec les organes nationaux de contrôle des médias (cf. p. ex. : www.mediamonitor.nl et http://ec.europa.eu).

 

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