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Magazine / Histoire / Narrating the Nation / Article | 06.05.2008
Le communisme dans les histoires nationales d'Europe de l'Est, de Attila Pók
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La place du communisme dans l'Histoire
Dans plusieurs discussions sérieuses, les intellectuels des pays post-communistes d'Europe médiane ont réfléchi à la place qu'occupait le régime communiste dans la continuité des Histoires nationales. Est-il absolument exact de dire que le communisme a été imposé de l'extérieur à tous les pays de la région, ou est-ce qu'il avait également des racines sociales et politiques internes aux pays en question ? Est-ce que l'époque communiste peut être vue avant tout comme une partie des Histoires nationales ? Ne s'agissait-il pas seulement – malgré les nombreuses victimes – d'un épisode certes long d'un point de vue historique, mais en même temps insignifiant et temporaire ? Est-il possible de parler d'Histoires nationales « organiques », qui masquent l'époque communiste ? Une question étroitement liée à ces problèmes et souvent posée est la suivante : Le communisme a-t-il été une tentative de dépasser les retards (économiques et intellectuels) des différentes régions, ou, à l'inverse, a-t-il contribué de façon déterminante à l'élargissement et l'approfondissement du fossé (gap) entre l'Europe de l'Est et l'Europe occidentale ?
Une autre partie du problème consiste à savoir à qui incombe la responsabilité (en d'autres termes le mérite) de la fin du communisme. Est-ce la force inébranlable des nations qui leur a permis de tenir ferme face à toutes les méchancetés et les prétentions inacceptables des soviétiques ? Existait-il de vrais patriotes dont l'anticommunisme persévérant et conséquent avait mené au succès, ou ne s'agissait-il pas plutôt de communistes pragmatiques et patriotes qui avaient constaté l'absence de perspective du modèle communiste et, alors que la chute de l'Union soviétique et la situation politique internationale le permettait, avait commencé à démonter le système ?
Dans aucun des anciens pays du bloc soviétique, on n'a réussi à trouver un cadre juridique approprié pour punir les crimes commis par le système communiste. Aucun système ne fonctionne sans être soutenu, mais le degré de responsabilité des fonctionnaires dans les différents niveaux de hiérarchie est difficile à évaluer. Cela est presque inévitable, comme le montre des études socio psychologiques. Si l'on considère que le traumatisme du changement de système est un phénomène psychologique de masse, la régénération des capacités de la société est quasiment impossible en l'absence de cohésion sociale [1]. L'expérience socio- psychologique nous apprend que la meilleure façon d'obtenir cette cohésion est d'avoir des boucs émissaires [2]. La fonction du bouc émissaire peut être attribuée à des individus, des groupes petits ou grands, mais aussi à tout un pays et à des idéologies. Un élément propre aux discours historiques post-communistes était d'attribuer une telle fonction au communisme en général. En tant qu'idéologie et à travers les personnalités, groupes et partis qui le représentaient, le communisme a été rendu responsable non seulement de l'effondrement économique et social des pays qu'il dominait, mais aussi des tragédies nationales.
En dehors des responsabilités individuelles et collectives des communistes dans tous les pays de l'ancien bloc soviétique, l'évaluation du rôle de l'Union soviétique dans la Seconde Guerre mondiale figurait également au centre des débats publics. Dans quelle mesure l'Union soviétique a-t-elle joué un rôle libérateur ? N'était-elle pas uniquement un conquérant ? La culpabilité soviétique est-elle comparable à celle des Nazis ? Comment peut-on établir un parallèle entre le goulag et le camp de concentration en Allemagne ? Les sujets de dispute entres les historiens allemands dans les années 80 ont fait surface, mais dans aucun pays parmi les anciens satellites soviétiques ils n'ont amené à une discussion propre et éclairée portant sur la cohésion post-communiste de ces sociétés. Au lieu de cela elles créaient de nouveaux clivages.
Selon les analyses politiques et sociologiques, les thèmes historiques jouent un rôle important dans les élections post-communistes. Les conceptions sur les thèmes historiques sont devenues des éléments structurels importants pour les sociétés post-communistes. Ainsi, l'Histoire de l'exode, des expropriations et des migrations forcées prend un rôle très important. Il s'agit de plus de 30 millions de personnes [3], dont le destin lié à l'époque communiste n'a quasiment pas été évoqué ; c'est en ce sens que l'on peut comprendre les turbulences sociales. Le potentiel de haine envers les voisins a été refoulé de façon consentie pendant des années. Les conflits traditionnels sur les appartenances nationales de régions peuplées de différentes ethnies ont refait surface. Ces sujets sont devenus partie intégrante de plusieurs récits historiques nationaux. J'aimerais en conclusion illustrer ma réflexion générale par le biais de deux études de cas.
[1] Cf. Jon Mills/Janusz A. Polanowski, Ontology of Prejudice, Amsterdam 1997 ; Zsolt Enyedi/Ferenc Erös (eds.), Authoritarianism and Prejudice. Central European Perspectives, Budapest 1999.
[2] Cf. Rene Girard, The Scapegoat, Washington, D.C., 1989 ; Tom Douglas, Scapegoats. Transferring Blame, London-New York 1995. Pour une vue d'ensemble très riche de la littérature classique en rapport avec le sujet consulter Frederic Cople Jaher, A Scapegoat in the New Wilderness, Cambridge, MA 1994, PP 251 – 255.
[3] Cf. Paul Magocsy, Historical Atlas of Central Europe. Revised and expanded edition, Toronto 2002, P. 193; Zoltán Szász, Nationen und Emanzipationen im Kontext der ost- und mitteleuropäischen Wende, in: Von Lehrte zum Lehrer Bahnhof. West-Östliche Exkursionen zu Helmut Lippelts 70. Geburtstag. Red.: Ursula G. Jaerisch, Bonn 2002, P 61 – 69.
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