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Magazine / Politique / L'Union pour la Méditerranée / Eclairages | 24.04.2008
Compromis de formulation sur la question méditerranéenne, de Daniela Schwarzer, Isabelle Werenfels
Réponse équivoque aux déficits de la Politique Euro Méditerranée
L'initiative méditerranéenne française a donné à la coopération avec cette région l'attention qu'elle mérite et qu'elle n'avait pas dans les 13 années passées. Mais l'adaptation formelle dans le cadre existant EuroMed recèle le danger que les erreurs du passé se reproduisent dans la conception et la réalisation. Nombre des projets discutés actuellement ne sont pas foncièrement nouveaux, ne réagissent que partiellement face aux problèmes structurels et évolutions dans l'espace méditerranéen et ne tiennent pas compte avec conséquence des intérêts des participants.
La proposition d'un secrétariat avec double présidence à tour de rôle avait déjà été faite dans le cadre du processus de Barcelone – mais n'a pas été largement acceptée, surtout parce que presque tous les riverains sud de la Méditerranée ne tolèreraient pas une présidence israëlienne. Les chances d'une imposition ou d'une réalisation effectives de cette idée sont donc minces.
La teneur dans ses grands traits n'est pas nouvelle non plus en substance. Dans tous les champs de projet pour lesquels est envisagée momentanément une coopération plus étroite, il existe déjà des initiatives dans le cadre de la PEM. Elles sont toutefois pratiquement inconnues.
Nouvelle par contre, la tentative de la France d'accompagner institutionnellement la coopération de contenu par la création d'agences et de bureaux nouveaux. Ici – comme pour l'idée du secrétariat – il faut examiner en détail si une plus-value est effectivement créée par de nouvelles institutions ou si cela ne vient pas encore aggraver la ramification politique déjà existante de la politique méditerranéenne. Il serait important de réunir l'axe sud de la politique européenne de voisinage sous un seul toit avec l'Union pour la Méditerranée. Si cela ne se fait pas (ce qui se dessine jusqu'ici), nous allons continuer à avoir des dédoublements institutionnels et un certain sapement de l'approche multilatérale par des alternatives bilatérales.
Comme l'UE ne va vraisemblablement pas mettre plus de moyens financiers à disposition que ce qui a été estimé jusqu'ici dans le budget de l'UE, l'idée de Public-Private-Partnerships proposée par la France devrait être reprise, afin de trouver d'autres sources de financement. De plus, l'UE doit entamer une discussion sérieuse sur les « coûts » qu'elle est prête à endosser pour la politique méditerranéenne – au-delà du budget de l'UE, surtout dans la question sensible de l'accès au marché agricole de l'UE.
Un problème de fond du processus de Barcelone était en outre le manque d'engagement des riverains du Sud, ainsi que la négligence des membres de l'UE à intégrer activement le Sud. Après que l'Union méditerranéenne a été mise en route en mars sur la seule initiative de l'UE, sans participation des riverains méditerranéens, il devra s'avérer jusqu'au sommet de juillet si l'UpM peut être agencée de manière à ce que les riverains méditerranéens puissent et veulent participer à titre de partenaires égaux.
Une question toujours en suspens est en outre de savoir qui « a le processus en main » et qui est partenaire : les gouvernements autoritaires et les acteurs économiques qui leur sont proches – voire même des groupes de société civile et des petits et moyens entrepreneurs ? Dans le sud de l'espace méditerranéen, il n'est pas rare que l'un exclut l'autre. Ainsi naissent des contradictions entre sommet politique et secrétariat d'une part (occupés par des postes officiels) et le niveau de projet d'autre part. Une autre question en suspens est de savoir quelle priorité l'UE accorde aux réformes dans la région, et si l'on peut trouver une manière d'agir efficace avec l'instrument de la conditionnalité politique. Tout d'abord, les États de l'UE doivent convenir de la valeur des réformes politiques et s'ils veulent exercer une pression en matière de réformes sur leurs partenaires du Sud afin de garantir les conditions préalables à long terme pour la sécurité et la stabilité. Au lieu de se cramponner à l'objectif ambitieux et actuellement illusoire de la démocratisation, il vaudrait mieux insister plus fortement sur les conditions préalables comme la sûreté du droit et l'État de droit et des standards internationaux des droits de l'Homme et contrôler les critères de bonne conduite gouvernementale par benchmarking.
Un obstacle majeur à la coopération et au développement multilatéraux sont les tensions dans la région qui se sont dramatiquement accentuées depuis 2000 avec l'aggravation du conflit au Proche-Orient. Il est pratiquement impossible actuellement d'envisager une coopération multilatérale dans toute la région sur cet arrière-plan. L'idée de Sarkozy de la géométrie variable, à savoir de la coopération des partenaires dans un format numériquement souple, pourrait se révéler être un élément prometteur de l'Union pour la Méditerranée. Le conflit au Proche-Orient pourrait, au moins ponctuellement, être mis entre parenthèses sans devoir aussitôt déraper sur le rail bilatéral PEV. Toutefois, le cadre le plus élaboré pour la coopération méditerranéenne ne connaîtra qu'un succès limité tant que durera le conflit au Proche-Orient.
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