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Magazine / Politique / Slovénie / Eclairages | 21.01.2008
D'ici dix à quinze ans dans le club des plus riches, de Iztok Sori
Des taux de croissance élevés et une inflation à la hausse
En tant que chef du gouvernement, Drnovšek a beaucoup contribué entre 1992 et 2002 à ce que l'on parle d'un « parcours de la réussite » en Slovénie, ce qui était aussi un slogan électoral de son parti libéral démocratique (Liberalno demokratska stranka Slovenije – LDS), que l'on peut placer dans le camp de la gauche modérée. C'est seulement en 2004 que l'actuel Premier ministre Janez Janša est parvenu à constituer un gouvernement conservateur à long terme et à mettre fin à la prédominance du camp politique de gauche, où beaucoup avaient déjà fait carrière à l'ère communiste. Mais Janša a dû lui aussi faire l'aveu de son appartenance au parti communiste, ce qui aurait pu lui porter tort, bien qu'il soit devenu dissident par la suite. Mais c'est justement le parti qui a assuré pour l'essentiel une transition pacifique à la démocratie. Les Slovènes ont même élu à deux reprises le dernier président de l'Alliance des communistes de Slovénie, Milan Kučan, lors des élections présidentielles démocratiques.
Quitter la Yougoslavie signifiait dire oui à l'UE dès 1991. Près de 90 pour cent ont approuvé l'adhésion en 2003. Les électeurs étaient plus sceptiques face à l'adhésion à l'OTAN que la population a plébiscité à 66 pour cent. Dans d'autres pays excommunistes, c'était plutôt l'inverse. Le changement en Slovénie n'a pas été aussi violent que dans les pays voisins. Il y a eu certes une guerre de dix jours avec l'armée yougoslave mais le projet d'indépendance a cependant pu être mené à terme rapidement et avec succès.
Les gouvernements sous l'autorité de Drnovšek ont poursuivi un concept du développement progressif sur le plan économique. Les conseils des adeptes du capitalisme global, comme par exemple le Fonds monétaire international, n'ont pas tous été appliqués aveuglément. Lorsqu'au début de son mandat, Janša a tenté d'imposer quelques réformes néolibérales, il s'est heurté à de vives résistances. Bien qu'il ne soit pas parvenu à introduire l'imposition uniforme, l'économie slovène a réalisé en 2007 un record de taux de croissance de six pour cent. Malheureusement, le pays remporte aussi la palme du plus haut taux d'inflation dans la zone Euro – 5,7 pour cent en 2007. Syndicats, paysans, organisation de protection des consommateurs et le gouvernement accusent surtout les chaînes de produits alimentaires de la flambée des prix. Trois grandes sociétés (les Slovènes Mercator et Tuš, Interspar) se sont partagées le marché, on se plaint donc qu'il n'y ait pas de vraie concurrence.
Une privatisation prudente et ses conséquences
Plus que les autres pays dans la transition à l'économie de marché, la Slovénie s'est montrée prudente en matière de privatisation. Après le changement, le gouvernement a distribué des dénommés certificats à la population avec lesquels chacun pouvait acquérir des parts de différentes entreprises. C'est pourquoi presque chaque Slovène est aussi un actionnaire. L'État possède cependant des parts importantes dans diverses entreprises, dont aussi les plus grandes et les plus performantes du pays. Les Télécoms par exemple sont en vente actuellement. Trois intéressés (le consortium germano-britannique Bain Capital & Axos Capital, le Hongrois Magyar Telekom et l'Islandais Skipti) ont remis leurs offres, mais aucun sur le prix négocié en Bourse. Il se pourrait que cette fois encore, la vente n'aboutisse pas. La privatisation de la plus grande assurance Triglav est encore à faire. La Deutsche Bahn [Société des chemins de fer allemands] a déjà manifesté son intérêt pour les chemins de fer slovènes et le port de Koper. Le Russe Koks a acheté l'industrie de l'acier, comme l'affirme l'opposition, au prix du bénéfice d'il y a deux ans. Des exemples négatifs de ce genre renforcent le scepticisme des gens à l'endroit des projets de privatisation du gouvernement. Le gouvernement lui-même a une position négative surtout face aux dits achats de managers. Notamment parce que la plupart des managers mettent en gage les titres de l'entreprise qu'ils viennent juste d'acheter pour des crédits énormes. Le gouvernement envisage donc de vendre des obligations d'État directement à la population. Un exemple type a été réalisé en fin d'année. Les intéressés devaient verser vingt euros à une banque pour le titre, il en vaut maintenant quarante. Des cadeaux de ce genre pourraient améliorer les mauvais résultats de sondage du gouvernement. Des élections vont à nouveau avoir lieu à l'automne et la grande victoire du candidat de l'opposition Danilo Türk lors des élections présidentielles d'automne 2007 n'a pas été de bon augure pour le clan conservateur.
Même si jusqu'ici, la privatisation n'a pas creusé de très grands écarts dans la population, et que le budget de l'État est augmenté par les recettes des entreprises d'État, la situation présente cependant un problème. Chaque gouvernement exerce une forte influence sur tous les domaines de la société, qui va jusqu'à la nomination de managers favorables à ce gouvernement. Il en va de même pour quelques-unes des entreprises de médias les plus importantes. Après le changement de gouvernement, les rédacteurs en chef ont été renouvelés dans presque tous les journaux. Il faut comprendre dans ce contexte la pétition contre l'influence gouvernementale sur les journalistes qui a été envoyée à différentes adresses en Europe l'an passé. Plus de 500 journalistes ont donné leur signature, ce qui a incité le président du gouvernement, monsieur Janša à tenir un discours d`une heure et demi au Parlement afin de prouver que ces affirmations sont incorrectes. Il a surtout été irrité du fait que les journalistes diffament la Slovénie à l'étranger.
La musique folklorique comme succès d'exportation
L'obligeance est certainement l'un des traits de caractère les plus marqués de ce petit peuple subalpin. On s'y montre volontiers plus royaliste que le roi, comme l'a prouvé dernièrement le vote de l'une des lois les plus rigoureuses sur l'interdiction de fumer. Les étrangers sont accueillis avec amabilité – tant qu'il ne s'agit pas des propres « étrangers », comme par exemple les Roms. Les fenêtres sont fleuries, les rues propres et sûres. Les taux de criminalité sont bas, car les Slovènes sont plutôt autodestructifs - 600 personnes se suicident chaque année. La moitié des jeunes gens entre 25 et 29 ans vit encore chez ses parents. Le pays est souvent comparé à l'Autriche, bien que les Slovènes s'orientent plutôt vers les Allemands dont ils ont pris la constitution pour modèle. Mais l'influence n'est pas unilatérale ! Bien que beaucoup de Slovènes l'ignorent, c'est un groupe slovène qui a inventé la musique folklorique très répandue aussi en Bavière. Il s'agissait des frères Avsenik, connus dans l'espace germanophone comme « Oberkrainer d'origine ». Un autre succès d'exportation musical est le groupe alternatif Laibach. Dans les années quatre-vingt, le groupe est devenu célèbre au-delà des frontières avec ses allusions à l'iconographie fasciste qui dénonçaient les communistes à l'époque. On considère en outre que le mouvement punk a été pour le pays l'un des moteurs de la démocratisation.
Cependant, le secteur musical ne joue aucun rôle dans la prospère économie slovène. Ici, d'autres entreprises locales et globales, comme p. ex. Gorenje, l'un des huit plus gros fabricants européens d'appareils ménagers, jouent un rôle plus important. Le prix « Gazelle d'or » décerné chaque année en Slovénie à des entreprises nationales performantes a été remis en 2007 à Elektronček, qui fabrique et développe des machines à sous. En vendant la moitié de l'entreprise à l'Australien Riesen Aristocrat Leisure Limited, le propriétaire Joc Pečečnik est devenu le quatrième Slovène le plus riche du pays. Avec une partie de sa fortune, il tente désormais de sortir le football de l'impasse dans la capitale Ljubljana.
Cent millions d'euros semblent peut-être bien peu pour un pays plus grand avec plus de riches. Et le nombre d'habitants de deux millions peut faire sourire. Tout le monde se connaît ici ! Certes une plaisanterie, mais toute plaisanterie renferme une petite part de vérité, disent les Slovènes. Peut-être d'un ton un peu amer. Car ils veulent faire partie des grands ! Jusqu'à maintenant, chaque gouvernement a poursuivi l'objectif de faire entrer le pays dans le club des plus riches d'Europe. Ce pourrait être le cas d'ici dix à quinze ans.
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