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Magazine / Économie / Marchés des médias / Eclairages | 20.12.2007

Concentration des médias et numérisation – la perspective européenne, de Steffen Grimberg

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En plus de cela, le marché européen de la télévision est toujours plus profondément pénétré par de grands groupes médiatiques américains : après quelques revers sur le marché allemand, Viacom est désormais présent dans tous les « pays télévisuels » importants d'Europe de l'Ouest avec ses marques de diffusion MTV, VH-1, Nickelodeon et Comedy Central– suivant les systèmes TV du pays, tantôt plus dans le domaine Pay-TV (Grande-Bretagne) ou Free-TV (Allemagne). Les entreprises nord-américaines NBC-Universal et Discovery Communications poursuivent une stratégie similaire, représentées p. ex. en Allemagne autant par des chaînes payantes (Universal: 13th Street, SciFi-Channel; Discovery: Discovery Channel. History Channel) que par des programmes gratuits comme Das Vierte (Universal) ou DMAX (Discovery).

Des tendances à la concentration sont aussi favorisées dans certains pays d'Europe indirectement par le fait que des restrictions en vigueur jusqu'ici sont libéralisées sur le marché national – récemment, la Grande-Bretagne a ainsi beaucoup assoupli ses prescriptions à l'origine très rigides sur la concentration verticale des médias électroniques et d'impression.

Réactions sur la concentration

Les pays européens réagissent très différemment face à ces défis : surtout en France, mais aussi en partie en Allemagne s'affirme la tendance selon laquelle une plus forte concentration nationale doit protéger de reprises ennemies de l'extérieur : alors que le marché télévisuel français était depuis longtemps déjà entre les mains de quelques entreprises plutôt proches de l'Etat, à l'exception du RTL-Group, une autre concentration sur quelques Players puissants comme le groupe mixte Lagardère s'est accomplie au cours des deux dernières années, qui entretemps, a aussi des parts dans le journal français sans doute le plus important, Le Monde. La même chose vaut pour les marchés de la presse aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, surtout pour les titres régionaux. Egalement en Allemagne, le marché national reste en mouvement. Certes, une clause de presse spécifique dans la législation sur les cartels et l'engagement de la Commission pour l'évaluation du degré de concentration dans le domaine des médias (KEK) ont pu empêcher jusqu'ici des poussées de concentration radicales – comme la fusion prévue en 2006 de l'Axel Springer AG avec le groupe de diffusion ProSiebenSat.1. Mais la grande coalition au pouvoir s'est engagée dans son cahier des charges à une poursuite de la libéralisation de la législation sur les cartels de la presse. A un niveau plus bas, la concentration des médias a poursuivi son évolution sans obstacle sur le marché régional des journaux comme dans les radios privées : le marché de la radio allemand privé régional à l'origine est désormais clairement dominé en majorité par des chaînes de diffusion appartenant au RTL-Group ou à l'Axel Springer AG qui pénètrent désormais la commercialisation nationale.

Une sonnette d'alarme d'un type particulier a été tirée à cause de l'entrepreneur de médias britannique David Montgomery en 2006 : un consortium mené par sa société Mecom a acheté le « Berliner Verlag » (Berliner Zeitung, Berliner Kurier, Stadtmagazin Tip) et en plus le journal « Hamburger Morgenpost ». Pour la première fois, des titres de presse allemands établis étaient entre des mains étrangères. Et ce n'était pas tout : Montgomery n'a certes pas pu jusqu'à aujourd'hui racheter l'ensemble de la chaîne de journaux en Allemagne mais en revanche, par l'achat du groupe scandinave Orkla en 2007, son entreprise est également établie en Europe – les titres allemands se retrouvent donc à jouer le rôle de composant du groupe dont le centre de gravité réside quelque part entre Londres et Oslo. Montgomery crée au niveau interne des tendances à la concentration d'un tout autre type : au « Berliner Verlag », Josef Depenbrock revêt depuis longtemps autant la fonction de rédacteur en chef que celle d'administrateur général. Cela remet en question la séparation jusqu'ici intouchable entre rédaction et édition dans l'activité allemande des journaux – et en dépit de nombreuses protestations, et a été confirmé par Montgomery à plusieurs reprises comme « noyau » fixe de sa stratégie sur le marché allemand.

Spécialement en Europe de l'Est, la concentration supranationale des médias dans le domaine de la presse n'est plus depuis longtemps une menace d'avenir théorique mais une réalité, depuis le rachat des éditions nationales les plus importantes dans le cadre de la privatisation par des groupes de médias d'Europe de l'Ouest – au premier rang les entreprises allemandes comme Springer, le groupe WAZ, le groupe d'édition Passauer Neue Presse ou l'édition suisse Ringier. Le domaine des médias électroniques est le seul où l'influence de l'Etat relativement élevée a pu continuer d'empêcher jusqu'ici une poussée de concentration similaire.

Une autre difficulté dans l'étude des tendances à la concentration est surtout en Allemagne la non-transparence du marché : en raison de leur forme de société, beaucoup d'entreprises de médias ne sont que très peu soumises à des obligations détaillées de publier le bilan annuel, alors que cela va de soi pour des sociétés par actions cotées en bourse. Il est souvent « peu clair qui détient qui », souligne aussi l'étude « Media Power in Europe » : comme dans beaucoup de pays d'Europe, l'obligation de rendre compte des statuts juridiques des détenteurs n'est pratiquement pas garantie par la législation, « la mesure de l'influence du marché et de la force d'opinion journalistique » reste totalement vague.

Tandis que dans beaucoup de pays existent des mécanismes de contrôle de la concentration nationale des médias plus ou moins efficaces – même si allant rarement au-delà des disciplines médiatiques individuelles – il n'existe pas de lois correspondantes au niveau de l'UE. Les prescriptions existantes doivent tout d'abord garantir que le marché fonctionne et reste ouvert à la concurrence. Mais ici, les mécanismes existants ignorent l'intégration verticale de groupes de médias. En outre, on ne mesure ici que la croissance externe en termes de reprises classique, fusions ou Joint Ventures. La croissance « interne » qui peut donner à une entreprise une position dominante autant dans la concurrence purement économique que journalistique et crée ainsi une concentration des médias « organique » reste presque complètement ignorée. Mais c'est justement ici que l'UE doit agir, parce qu'en ces temps d'investisseurs globalisés et de chaînes d'exploitation paneuropéennes, le contrôle de la concentration des médias ne peut se faire qu'au seul niveau national.

Pespective

Pluralisme et diversité d'opinion ne peuvent plus être appréhendés seulement comme un devoir de la politique locale, écrit encore Aidan White, secrétaire général de l'European Federation of Journalists : « C'est un thème européen qui exige des réponses au niveau européen. » Sans les mesures nécessaires, selon White, « le modèle démocratique européen que nous considérons comme une évidence depuis des générations sera gravement compromis. »

 

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