Slovaquie : outrages aux journalistes par les plus hautes sphères

Le double meurtre du journaliste d'investigation Ján Kuciak et de sa fiancée en février 2018 a constitué une attaque sans précédent contre la liberté de la presse, mais a aussi choqué le pays, conduit au mouvement de protestation le plus étendu depuis 1989 et poussé le Premier ministre Robert Fico à la démission. Il ne faut toutefois pas s'attendre à d'autres répercussions.

Photo du couple assassiné, le journaliste Jan Kuciak et sa fiancée Martina Kusnirova.
Photo du couple assassiné, le journaliste Jan Kuciak et sa fiancée Martina Kusnirova.
Kuciak avait récemment enquêté sur l'influence de la mafia italienne sur les décisions prises dans les plus hauts cercles politiques. Des recherches qui l'ont mené jusqu'au bureau du Premier ministre, et lui ont probablement été fatales.

Les conditions de travail des journalistes critiques à l'époque du Premier ministre Vladimir Mečiar, dans les années 1990, étaient tout sauf idéales. Mais il n'y a jamais eu de meurtre. Elles se sont encore dégradées sous la gouvernance de Fico, notamment parce que les journaux ont pris le rôle d'opposition politique. Fico a un jour qualifié les journalistes de "sales prostituées antislovaques" qu'il traiterait bien différemment s'il n'était pas engagé en politique.

Les conditions de travail des journalistes ont encore évolué à partir de 2014, à l'occasion d'un changement de propriétaire des journaux. Un jour d'octobre de cette même année, le quotidien libéral Sme paraissait avec en une la photo surdimensionnée de la salle de presse du journal, abandonnée par ses rédacteurs. Une image symbolique : l'actuel propriétaire allemand du Rheinische Post venait de revendre indirectement sa part de 50 pour cent au groupe d'investissement Penta. Ce dernier était alors impliqué dans le plus grand scandale de corruption de l'histoire du pays. Les rédacteurs de Sme étaient parmi les journalistes qui avaient le plus contribué à révéler cette affaire.

La direction de la rédaction et près de la moitié des journalistes ont refusé alors de travailler sous l'égide de Penta, et ont fondé le nouveau journal indépendant Dennik N, dont le premier numéro est paru le 1er janvier 2015. Cette entaille dans le paysage médiatique est importante car les rares journaux bénéficiant d'un tirage national exercent une influence considérable sur l'opinion politique.

Les médias électroniques jouent un rôle relativement limité. La radio-télévision publique est proche du gouvernement. C'est également le cas de la chaîne d'information privée TA3. Les émissions d'actualité des grandes chaînes privées Markiza et Joj privilégient l'information à sensation.

La crise de la presse s'est traduite pour les quotidiens Sme et Pravda par un recul des ventes et une baisse des recettes. Afin d'y faire face, les deux titres, suivis par d'autres médias, ont introduit en 2011 un système de paiement unique au niveau national pour les commentaires sur leurs versions Internet. Un modèle que Pravda a finalement abandonné en 2014. Les deux éditions en ligne attirent un grand nombre de visiteurs, avec un net avantage pour Sme.

Classement pour la liberté de la presse (Reporters sans frontières) :
Rang 27 (2018)

Mise à jour : mai 2018
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