Russie : vers un Internet coupé du monde ?

Dans le but affiché de protéger le pays d'attaques extérieures, le régime russe entend isoler le pays sur le plan numérique. Un projet de loi dans ce sens a été adopté en première lecture à la Douma. Il doit donner la possibilité aux opérateurs, en cas de menace, d'isoler le trafic Internet des serveurs situés à l'étranger. Des milliers de personnes ont manifesté le week-end dernier contre cette initiative. Celle-ci sonne-t-elle le glas de l'Internet libre en Russie ?

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Radio Kommersant FM (RU) /

Des pros de l'interdiction

Il est normal que les citoyens s'inquiètent pour l'Internet libre, peut-on lire sur le portail Radio Kommersant FM :

«On pourra dire que 10 000 manifestants, ce n'est pas toute la Russie. Mais la question de la liquidation d'un Internet libre dans le pays préoccupe la société, et surtout la jeunesse. Le 'grand firewall de Chine' n'est pas une perspective réjouissante. ... Même si l'on part du principe que le pouvoir étatique est contre la censure et contre l'isolement vis-à-vis du Web mondial. Le problème, c'est que quasiment personne, parmi les responsables actuels, ne sait comment se protéger techniquement des Américains tout en préservant un Internet libre. Mais interdire et ériger des murs, cela, nos fonctionnaires ont appris à le faire. C'est pourquoi il y a vraiment de quoi s'inquiéter.»

Ekho Moskvy (RU) /

Une menace imaginaire

Le scénario de menaces invoqué pour justifier cette loi est absurde, juge Ekho Moskvy :

«Personne n'a jamais tenté jusque-là de déconnecter un pays entier d'Internet. Et même si la volonté existait, il serait impossible de la mettre en œuvre en pratique. Car il n'existe aucun bouton sur lequel Oncle Sam, Donald Trump ou 'Tim Apple' puissent appuyer pour plonger la Russie dans l'obscurité - ou tout autre pays. On cherche à nous protéger d'une menace qui n'existe pas. Suivant cette logique, nous ferions mieux de fermer les robinets d'eau et de gaz dans nos maisons avant que les agents de l'OTAN ne le fassent. Et cesser de manger, pour éviter que des espions ennemis ne nous empoisonnent.»