Minnesota : les agents de l'ICE abattent une femme
Une femme a été tuée par balles mercredi à Minneapolis lors d'une intervention de la police de l'immigration étatsunienne (ICE). Le ministère de la Sécurité intérieure a qualifié l'action des agents d'"acte de légitime défense", accusant la femme d'avoir voulu écraser un agent. Une version jugée "absurde" et rejetée par Jacob Frey, maire démocrate de la ville. Des manifestations ont eu lieu par la suite à Minneapolis et d'autres villes contre l'ICE.
En guerre contre son propre pays
Renee Nicole Good est devenue la victime de la politique de Trump, fait valoir Il Manifesto :
«Dans un pays où la violence meurtrière de la police cause un millier de morts par an, on pourrait attribuer cette tragédie à une normalité perverse et militarisée où désobéir à l'ordre donné par un policier peut vite se transformer en une condamnation à mort. Mais Good est la victime d'une guerre que Donald Trump a déclarée à l'encontre de son propre pays, des immigrés, des Etats fédéraux et des villes qui n'acceptent pas sa politique, ainsi qu'à l'encontre de tous ceux qui s'opposent au nettoyage ethnique de la 'grande déportation'.»
Une stratégie de déshumanisation
El País s'inquiète pour l'Etat de droit américain :
«Derrière cette répression, on trouve Stephen Miller, un raciste fanatique promu chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche. … Sous sa direction idéologique, l'ICE est passée du statut d'agence d'application de lois civiles à celui d'unité paramilitaire. … Elle suit une stratégie de déshumanisation. … L'impact négatif est plus grand encore : il sape la confiance dans les institutions, délégitime l'Etat de droit et ouvre la porte à la normalisation de l'usage d'une force létale contre des civils. … La violence institutionnelle contre des immigrés implique que l'Etat peut traiter avec brutalité tous ceux qu'il définit comme 'autres'. … La mort de Renee Good est un avertissement : si la loi s'applique de manière inique et violente, elle cesse d'être la loi.»
Good est devenue une martyre
The Guardian loue le soulèvement de la société civile contre les razzias de l'ICE :
«Ces manifestants s'opposent avec colère, et à juste titre, aux forces de l'ordre d'un aspirant autocrate, afin de protéger des innocents. … Renee Nicole Good incarnait l'essence de ce mouvement : la haine face à l'injustice, le désir de protéger les innocents, un sens des responsabilités vis-à-vis de ses pairs. Elle est désormais devenue la martyre de cette cause. … Partout où l'ICE se présente, celle-ci est traitée avec moquerie, résistance et dédain par les Américains lambdas, non armés et inflexibles, qui s'opposent aux kidnappeurs et aux agresseurs dans des protestations et des actions de rue persistantes. … Cela aussi, c'est une vérité de ce pays : les personnes comme Good sont plus nombreuses que les racistes et les autocrates.»
Un drame au caractère explosif
La situation pourrait devenir délicate pour Trump, fait valoir Der Standard :
«L'escalade actuelle n'est autre que la conséquence d'une lutte de pouvoir, hostile aux droits humains, menée par Trump contre ses adversaires politiques. Attiser la peur parmi ses concitoyennes et concitoyens pour mieux se présenter en sauveur face à une apocalypse inexistante, cela risque de mal tourner. Les nervis de Trump ont désormais poussé trop loin ce petit jeu funeste. Cet incident mortel revêt en tout cas un potentiel similaire à la mort violente de George Floyd en 2020 et au mouvement 'Black Lives Matter' qui s'était ensuivi. Dès lors, Trump obtiendra peut-être bel et bien son apocalypse personnelle.»
Eviter une escalade
Trump pourrait exploiter des protestations violentes à ses propres fins, prévient The Economist :
«[Le maire de Minneapolis Jacob] Frey a appelé les habitants du Minnesota à rester calmes et pacifiques après ce drame. Il se rappelle certainement de la vitesse à laquelle la contestation s'est amplifiée dans sa ville après le meurtre de Georges Floyd par la police en 2020. Depuis des mois, Trump semble vouloir pousser les manifestants à la violence, dans le but de justifier une action plus sévère encore contre les villes administrées par des démocrates. ... Il lorgne depuis longtemps déjà sur l'idée de recourir à l'Insurrection Act, une loi qui lui permettrait de déployer l'armée dans les villes.»