Licenciement massif au Washington Post : que recherche Bezos ?
Au Washington Post, l'un des journaux les plus renommés des Etats-Unis, près d'un tiers des postes ont été supprimés au sein de la rédaction. En 2013, le fondateur d'Amazon Jeff Bezos avait racheté à la famille Graham le groupe de presse alors en grandes difficultés financières. Lors du premier mandat de Trump, le journal était une voix critique du paysage médiatique. Mais pour cette nouvelle législature, Bezos cherche à être en odeur de sainteté auprès du président.
Impulsif et irréfléchi
Der Standard se dit pessimiste quant à l'avenir du journal :
«Enregistrer des pertes à hauteur de 100 millions de dollars par an n'est pas viable et la situation exige une cure radicale. La question de savoir si la voie actuelle est la bonne – fermeture des rubriques sport et actualités régionales, réduction du nombre de correspondants, qui reste toutefois encore élevé. Les décisions prises par Bezos – par le passé et actuellement – paraissent impulsives et irréfléchies. Sa crainte de représailles de la part du gouvernement Trump contre Amazon sape l'indépendance et la crédibilité de son journal. Il serait donc beaucoup plus judicieux de vendre le Wahsington Post. Mais même un nouveau propriétaire, aussi généreux soit-il, ne pourrait éviter une réduction de la rédaction, et même dans ce cas, la survie du Post ne serait pas assurée.»
On ne peut pas se fier aux mécènes
L'argument économique pour justifier les licenciements scandalise le magazine Der Spiegel :
«N'est-ce pas ce même Bezos qui a récemment injecté 75 millions de dollars dans la production et la promotion d'un film documentaire sur l'épouse du président américain, qui s'avère être, d'après ce qu'on constate jusqu'ici, un fiasco financier ? ... Le cas de Jeff Bezos est le prélude d'une mascarade à l'échelle mondiale. ... Lorsque le journalisme est bradé au plus offrant, à celui qui expurge les rédactions de leur dernière goutte de crédibilité, tout nouveau rapport trimestriel peut signifier la chute. On ne peut pas se fier aux mécènes : à quoi sert un 'sauveur' qui envoie sa fiancée dans l'espace pour son EVJF, mais laisse mourir de fin ses salariés au front ?»
Une trahison du journalisme
Bezos choisit la voie de la complaisance politique, écrit sur Facebook Sevhil Moussaïeva, rédactrice en chef d'Ukraïnska Pravda :
«Jeff Bezos montre très clairement quelles sont ses priorités : au lieu d'investir dans un journalisme international complexe, onéreux et critique, celui dont le monde a besoin, il opte pour la complaisance politique, en essayant de renforcer ses relations de loyautés envers l'administration Trump au pouvoir. Pendant ce temps, il investit des millions de dollars dans la production et la promotion de ce film grotesque sur la First Lady – 'Melania'. Ce troc démonstratif des valeurs journalistiques contre la gloire, la loyauté, et le renoncement à l'esprit critique est une abjection à vous donner la nausée.»