Pétrole russe : imbroglio autour de l'oléoduc Droujba

Le tronçon méridional de l'oléoduc Droujba, situé en territoire ukrainien et qui approvisionnait notamment la Hongrie et la Slovaquie en pétrole russe, est endommagé depuis fin janvier. Selon Kyiv, la conduite aurait été atteinte par des frappes russes. Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, reproche toutefois aux dirigeants ukrainiens de retarder sciemment la reprise des livraisons. La Hongrie, pour sa part, menace de mettre à nouveau son veto aux aides à l'Ukraine déjà adoptées par l'UE.

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LB.ua (UA) /

Des accords secrets entre dirigeants

La dépendance de la Slovaquie et de la Hongrie au pétrole russe n'est pas fortuite, explique LB.ua :

«Les gouvernements des deux Etats n'ont quasiment rien fait pour trouver des alternatives en matière de fournisseurs et de voies de transport. Ni Bratislava ni Budapest ne se sont souciées de moderniser leurs raffineries pour que celles-ci puissent traiter du pétrole qui ne vienne pas de Russie. La tactique privilégiée par les deux pays s'explique aisément. La Russie leur offre des rabais considérables qui peuvent s'élever à un tiers du prix du pétrole. Les montants exacts sont du reste minutieusement dissimulés par les contractants, de même que ce que les chefs de gouvernement hongrois et slovaque ont promis au Kremlin en contrepartie de ces rabais.»

Népszava (HU) /

La géographie est immuable

A force de rudoyer ses voisins, la Hongrie subit un retour de flamme, écrit le journaliste István Marnitz dans Népszava :

«A la demande de Washington, les Croates bloquent l'acheminement du pétrole sanglant via la voie alternative, et l'UE ne cherche pas vraiment à nous sortir du pétrin, en raison probablement du traitement que lui réserve notre pays depuis des décennies. Il serait temps de changer notre fusil d'épaule. … Orbán conçoit l'avenir de la Hongrie comme la tête de pont d'une future alliance antilibérale entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine – une enclave au sein de l'Europe. Mais même dans ce cas de figure, il faut se demander ce qui se produira d'ici là. Car les pays qui nous entourent seront toujours là, et ce pour longtemps.»

Sme (SK) /

Ehonté et amoral

Sme déplore l'attitude du Premier ministre slovaque vis-à-vis de l'Ukraine :

«Fico est conscient des faits. Son argument, selon lequel la Slovaquie est 'un pays fier et souverain' et qu'il est lui-même 'un Slovaque fier et souverain' est inopérant. Cela n'est ni souverain, ni fier, ni national. Lorsqu'on est fier et souverain, on aide les faibles, on ne les provoque pas quand les temps sont durs, on coopère avec les autres contre les assaillants, et on fait la différence entre victime et agresseur. Le comportement de Fico est tout simplement éhonté et amoral. Sur le plan de la politique intérieure comme de la politique étrangère, il agit tel un gangster. Il est déplorable que Fico donne une telle image de la Slovaquie à l'étranger.»

Denník N (SK) /

Fico a misé sur le mauvais cheval

La Slovaquie ne peut s'en vouloir qu'à elle-même, commente Denník N :

«La dépendance au pétrole russe à l'heure de la guerre d'agression contre l'Ukraine n'est pas seulement amorale, elle est aussi incommode et risquée, à cause des frappes potentielles. … Selon Robert Fico, le renseignement slovaque disposerait d'informations selon lesquelles l'oléoduc endommagé près de la ville ukrainienne de Brody vient d'être réparé, et l'approvisionnement pourrait reprendre. … Pas une seule fois il n'a indiqué qu'une frappe russe était à l'origine de l'arrêt. … Le chantage à l'énergie est l'un des piliers de la politique russe et la raison pour laquelle de nombreux pays ont opté pour la diversification de leurs importations de matières premières. La Slovaquie est manifestement à la traîne sur ce point, notamment pour des raisons politiques.»

wPolityce.pl (PL) /

L'UE est aux côtés de l'Ukraine

Bruxelles n'exercera probablement pas de pression sur Kyiv, assure wPolityce.pl :

«Vu que les Ukrainiens ont définitivement mis fin au transit de gaz le 31 décembre 2024, il fallait s'attendre à ce qu'ils fassent aussi obstacle, tôt ou tard, au transit pétrolier. … L'UE a prévu de renoncer à partir de l'année prochaine à toute importation d'énergie en provenance de Russie. Tout semble indiquer que même des actions engagées par Budapest et Bratislava devant la Cour de justice de l'UE ne changeront pas la donne. Il faut s'attendre à ce que la Commission européenne n'exercera pas de pression sur l'Ukraine pour reprendre les livraisons via l'oléoduc Droujba, comme lorsque Kyiv avait suspendu le transit de gaz russe.»