La Hongrie bloque un convoi de fonds ukrainien

La semaine passée, les forces de sécurité hongroises ont intercepté deux fourgons blindés en provenance d'Autriche et à destination de l'Ukraine. Les employés de la banque d'Etat ukrainienne (Oschadbank) ont été provisoirement placés en garde à vue et neuf lingots d'or ainsi que des billets d'une valeur d'environ 69 millions d'euros ont été saisis. Si Budapest invoque une opération de lutte contre le blanchiment d'argent, la presse européenne y voit plutôt un lien avec le différend sur l'oléoduc Droujba et la campagne électorale hongroise.

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Új Szó (SK) /

Orbán veut faire chanter Kyiv

Dans Új Szó, l'expert en politique étrangère Botond Feledy analyse la situation au prisme du conflit pétrolier entre l'Ukraine et la Hongrie :

«Des devises transitent régulièrement entre Kjyv et Vienne, car la valeur de la monnaie ukrainienne, la hryvnia, connaît de fortes variations et les paiements à l'intérieur de l'Ukraine sont donc souvent effectués en devises occidentales. Selon Telex, des convois de fonds similaires ont déjà été effectués à plusieurs reprises sous l'escorte de la police hongroise et d'une société appartenant à István Garancsi, considérée comme proche du gouvernement. Cette situation n'avait donc rien d'exceptionnel. Il est possible que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán ait décidé de réquisitionner le convoi comme moyen de pression contre le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qu'il accuse de retarder la réparation de l'oléoduc Druzhba. »

Népszava (HU) /

Des agissements dignes de bandits

Le journal Népszava s'insurge :

«Le gouvernement de Viktor Orbán en est à un tel niveau de médiocrité qu'il agit tel un bandit en saisissant un transport d'argent liquide et de lingots d'or ukrainien tout à fait légal, et cherche ensuite à légitimer ce crime en invoquant la loi. Cette riche tradition délétère de pillages perpétrés par l'Etat s'est développée dans notre pays à plusieurs périodes au siècle passé. Le fait que Fidesz renoue avec cette tradition honteuse est infiniment déprimant.»

vasarnap.hu (HU) /

Et si l'opposition se servait dans le pot ?

Vasárnap.hu, site d'informations proche du gouvernement, ose la thèse complotiste :

«Il est également intéressant que le chef de l'opposition Péter Magyar ait auparavant déclaré qu'il faudrait entre 10 et 20 milliards de forints [environ 25 à 51 millions d'euros] pour mener une campagne, alors que les rapports officiels du Parti Tisza ne font état que de 3 milliards de forints [environ 7,6 millions d'euros]. Peut-on supposer que l'Ukraine, qui semble tout mettre en œuvre pour provoquer un changement de gouvernement en Hongrie, finance les aspirations de l'opposition avec des fonds propres ? ... Précisons que nous n'avons pour l'instant aucune preuve, et qu'il ne s'agit encore que de suppositions.»

LRT (LT) /

Budapest joue avec le feu

Sur LRT, le chroniqueur Saulius Spurga voit la Hongrie comme le talon d'Achille du continent :

«La situation est dramatique et absurde. Le conflit entre la Hongrie et l'Ukraine a révélé de profondes contradictions au sein de l'Union européenne ainsi que des problèmes structurels presque insolubles. Tentons de décrypter les véritables enjeux. D'un côté, il y a les capacités de financement et de défense d'un pays en guerre et saigné à blanc, mais aussi l'issue de la guerre la plus dramatique de notre époque, qui pourrait décider du destin de l'Europe et, dans une large mesure, de l'ordre mondial de demain. De l'autre côté, nous faisons face aux ambitions malveillantes d'un pays qui n'assume aucune responsabilité et qui n'a même pas l'intention de contribuer à un éventuel prêt.»

Unian (UA) /

Taper du poing sur la table

Dans Unian, le juriste Nikita Murenko appelle les institutions internationales à réagir avec fermeté :

«Voilà un cas qui pourrait constituer un précédent : on décide aujourd'hui de ne pas restituer les avoirs d'une banque d'Etat ukrainienne, et demain, on subordonne n'importe quelle transaction transfrontalière au bon vouloir politique d'un seul gouvernement. Cet agissement est incompatible avec le droit international, avec la culture juridique européenne, ou avec les règles de sécurité les plus élémentaires du commerce international et des échanges bancaires. C'est précisément pourquoi il convient d'apporter une réponse non pas uniquement sur le plan diplomatique, mais aussi institutionnel et juridique — de la part de l'UE, du Conseil de l'Europe et, si nécessaire, par le biais des juridictions internationales.»