Royaume-Uni : Starmer et le Brexit sur la sellette ?

Plusieurs candidats se bousculent au portillon du 10 Downing Street pour prendre la place du Premier ministre britannique, Keir Starmer, en pleine tourmente : Wes Streeting, le ministre de la santé démissionnaire ayant appelé au départ de Starmer, a annoncé vouloir se présenter à la tête du Parti travailliste. Il s'est prononcé en faveur d'un retour du pays dans l'UE. Le maire du Grand Manchester, Andy Burnham, est lui aussi bien placé : il est actuellement candidat à une élection législative partielle.

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Corriere della Sera (IT) /

Le tabou d'un retour dans l'UE abordé

Corriere della Sera fait le constat suivant :

«Wes Streeting a qualifié la sortie de l'UE d''erreur catastrophique'. … 'L'avenir de la Grande-Bretagne se trouve en Europe', a-t-il ajouté, 'et le pays finira par réintégrer l'Union européenne'. Selon Streeting, le Parti travailliste aurait tout intérêt à faire la promesse d'un retour dans l'UE lors des prochaines élections. La démarche de l'ancien ministre brise un tabou dans la politique britannique, où régnait jusqu'alors une quasi omerta sur le Brexit, personne ne voulant remettre ouvertement en question une décision prise démocratiquement comme la sortie de Londres de l'UE, scellée par le référendum du 23 juin 2016.»

Aftonbladet (SE) /

La malédiction du 10 Downing Street

Aftonbladet décrit le poste de Premier ministre britannique comme un siège éjectable :

«Le plus grand point faible de Streeting est son manque de popularité. Son avantage, c'est que Keir Starmer n'est pas davantage en odeur de sainteté. Pourtant, si les candidatures se bousculent au 10 Downing Street, ce n'est pas uniquement à cause du bilan de Starmer. Le poste semble être devenu totalement impossible. Si Starmer venait à être poussé à la démission, la Grande-Bretagne aurait connu sept Premiers ministres en dix ans. … On en viendrait presque à prendre pitié pour l'homme. Mais Starmer peut au moins se consoler en se disant que cela ne vient pas de lui. Une sorte de malédiction semble peser sur la fonction de Premier ministre.»

Irish Independent (IE) /

Une réadhésion ne serait pas une mince affaire

Un retour au sein de l'UE exigerait beaucoup des Britanniques, estime le journal Irish Independent :

«Il est peu probable que le Royaume-Uni se voit accorder les conditions particulières dont il bénéficiait avant le Brexit. En cas de réintégration, il serait probablement contraint de rejoindre la zone euro sans profiter du rabais sur les contributions au budget européen négocié par le passé. … Un sondage YouGov réalisé le mois dernier a révélé que 63 pourcent de la population britannique souhaitaient tisser des liens plus étroits avec l'UE et que 55 pour cent étaient favorables à une réadhésion. Mais le rapport risque de s'inverser si le Royaume-Uni devait accepter une série de conditions qui n'existaient pas avant sa sortie de l'Union.»

The Daily Telegraph (GB) /

Le débat autour du 'breturn' profite à Farage

Le débat sur le retour du pays dans le giron de l'UE est contreproductif pour le parti, fait valoir le membre du Labour David Blunkett dans The Daily Telegraph :

«Sur le plan économique, les arguments en faveur d'un rapprochement se tiennent, mais ce thème reste explosif sur le plan politique. Etant donné que les partis les plus favorables à l'Europe se disputent un créneau politique extrêmement serré, il serait suicidaire de se focaliser dessus. C'est pourquoi il est crucial de se concentrer sur l'ici et maintenant, lors de la législative partielle de juin. … Autrement, de vastes pans du Nord et des Midlands pourraient devenir des proies faciles pour Nigel Farage. L'heure n'est pas à la complaisance vis-à-vis des thèmes de campagne trop ciblés, des sensibilités politiques ou des déclarations faciles, éculées et populistes.»

Der Standard (AT) /

Un candidat populaire se profile

Der Standard voit Burnham en bonne position :

«Selon Ipsos, dans le nord-ouest de l'Angleterre, qui compte notamment Liverpool, la ville d'origine de Burnham, mais aussi Manchester, les deux-tiers de la population n'ont pas une bonne opinion du Labour ; pourtant, une proportion similaire de la population apprécie le maire de Manchester. 'Il sait comment répondre aux préoccupations populaires', explique le professeur en sciences politiques Robert Ford, de l'université de Manchester. … Ford parle d'une stratégie 'quitte ou double' et de 'l'élection la plus importante de ce siècle'. En effet, peu d'obstacles obstruent la voie de Burnham. Mais une défaite à Makerfield ne serait pas problématique seulement pour lui : le Premier ministre se verrait alors, plus que jamais, condamné au rôle de canard boiteux.»