Survol de la Lune : où va l'humanité ?

L'équipage Artemis, composé de quatre astronautes, a réussi à faire le tour de la Lune à bord de la fusée Orion. La capsule spatiale est actuellement en train de rentrer sur Terre. Les vidéos et photos retransmises en direct depuis Orion font actuellement le tour du monde. Ce nouvel exploit est teinté d'un regard inquiet sur notre avenir, comme le montre la presse.

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Corriere della Sera (IT) /

L'émergence de l'aérospatial commercial

Pour Corriere della Sera, cela pourrait être la dernière mission spatiale "d'Etat" :

«Les guillemets sont de mise, car des entreprises privées participent depuis des décennies aux programmes spatiaux. Mais après cette mission, à laquelle ont participé plus de 60 pays en sus des Etats-Unis, la Silicon Valley entrera définitivement dans la course. Les grands noms sont déjà connus. D'un côté l'entreprise SpaceX d'Elon Musk, qui, avec un sens aigu du timing, a initié son entrée en bourse quelques heures seulement avant le lancement [de la fusée Orion] à Cap Canaveral ; de l'autre la firme Blue Origin de Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, fermement décidée à croiser le fer avec le rival le plus riche de la planète.»

The Guardian (GB) /

Suffisament à faire ici-bas

Il ne faudrait pas oublier les problèmes terrestres, fait valoir The Guardian :

«Le programme Artemis, qui pèse 100 milliards de livres [115 milliards d'euros], risque de détourner dangereusement notre attention de la tâche pressante qui consiste à trouver les moyens de vivre au sein des limites écologiques de notre propre planète. Les Etats-Unis entreprennent leur première mission lunaire depuis un demi-siècle, alors que Donald Trump a décidé de retirer pour la seconde fois son pays de l'accord de Paris sur le climat. Le 'techno-optimisme spatial' dégénère en nihilisme moral lorsqu'il privilégie des fantasmes de colonisation de nouveaux mondes, plutôt que des mesures visant à protéger la planète sur laquelle nous vivons déjà.»

Naftemporiki (GR) /

Un nouveau chapitre s'écrit

Le quotidien Naftemporiki prend de la hauteur par rapport à l'état de notre planète :

«A une époque de conflits géopolitiques destructeurs, à même d'influencer durablement l'histoire de l'humanité, l'aventure spatiale de ce quatuor de la NASA nous montre que l'humain a encore la faculté de se dépasser et d'ouvrir un nouveau chapitre de l'évolution de l'espèce qui domine la planète Terre. … La plupart des êtres humains aimeraient savoir ce que ressentent les quatre passagers à bord de l'Orion lorsqu'ils contemplent notre planète bleue au milieu de l'univers infini : un corps céleste splendide mais abîmé par les défaillances humaines.»

Le Quotidien (LU) /

La coopération reste possible

Le Quotidien y voit une éclaircie dans des temps tourmentés :

«La capsule Orion symbolise à merveille la coopération internationale qui caractérise le programme Artémis. Le module qui propulse ce vaisseau spatial a été assemblé en Europe. L'Agence spatiale européenne (ESA) est un partenaire clé de la NASA. … Depuis [la signature de l'accord Artémis] 2020, la situation mondiale s'est nettement dégradée. Le retour vers la Lune – dans un premier temps sous la forme d'un simple contournement – intervient alors que les conflits font rage en Ukraine et au Moyen-Orient. Dans ce contexte troublé, la mission Artémis 2 rappelle que la coopération à l'échelle mondiale demeure possible, à l'heure où l'ordre international est profondément bousculé.»

Der Tagesspiegel (DE) /

Un arrière-goût amer

Le premier alunissage donnait davantage de raisons de s'enthousiasmer, explique le quotidien Tagesspiegel :

«Pourquoi cette aventure ne suscite-t-elle pas le même engouement qu'à l'époque ? ... Parce qu'à l'époque, les Etats-Unis étaient encore un pays qui défendait les principes de la démocratie libre, du droit international, des droits de l'Homme. L'envolée vers la lune symbolisait la réussite de ce système, du monde libre. … Sous la présidence de Trump, les sciences américaines, et par extension, la recherche mondiale, n'ont jamais été aussi menacées. La tentation d'en faire abstraction, afin de pouvoir profiter pleinement de cet évènement majeur et fascinant, est grande. … Mais cela équivaudrait à accepter en silence la politique de Trump et à contribuer à ce dévoiement des sciences qui est actuellement engagé.»

Kommersant (RU) /

Les Etats-Unis cherchent à dominer l'espace

Kommersant analyse l'entreprise au prisme de la stratégie spatiale de Donald Trump :

«A partir de 2033, une base doit être mise en service à la surface de la Lune, dans laquelle les astronautes pourront travailler un mois sans interruption. … Puis il est prévu de doter cette base d'une mini-centrale nucléaire pour en assurer l'approvisionnement énergétique, ce qui permettra aux astronautes de mener des recherches sur l'utilisation des ressources lunaires. Ce dernier projet est parfaitement aligné sur le décret définissant la stratégie spatiale des Etats-Unis que Trump avait signé en décembre 2025, et dont le titre est particulièrement parlant : 'Assurer la supériorité spatiale américaine'. On vise ici le monopole, à des fins de prestige, de sécurité, et, en fin de compte, de mainmise économique.»

Habertürk (TR) /

La course à l'espace n'a pas encore de vainqueur

Habertürk se demande quel pays sera le premier à coloniser la Lune :

«Tout le monde s'intéresse aux progrès chinois en la matière. … Artemis II pose les premiers jalons techniques de la civilisation que l'humanité établira sur la Lune, et peut-être un jour sur Mars. Les prochaines missions viseront à ce qu'il soit possible de séjourner sur la Lune, d'y produire, et d'y assurer le progrès. Difficile toutefois de savoir à l'heure actuelle quel pays prendra la tête de cette course.»

The Irish Times (IE) /

Mars est la véritable cible

Cette course à l'espace a avant tout pour objectif l'accès aux matières premières, fait observer The Irish Times :

«Dans le pôle Sud de la Lune pourraient se trouver d'importants gisements de glace d'eau, susceptible d'être transformée en eau potable ou en carburant de fusée. La Lune contient également de l'Hélium-3, un carburant qui pourrait être exploité pour la fusion nucléaire, ainsi que des minéraux difficiles à trouver sur Terre et d'une valeur stratégique croissante. Pour Washington comme pour Pékin, la Lune n'est pas une finalité en soi, mais une étape sur le trajet qui mène à Mars. Le pays qui y sera présent le premier aura le bras long pour tout ce qui suivra.»