Hongrie : vers la fin de l'ère Orbán ?
La Hongrie entre dans la dernière semaine de campagne électorale avant les législatives de dimanche. Selon les sondages, le parti d'opposition de centre-droit Tisza de Péter Magyar devance nettement le Fidesz du Premier ministre sortant, Viktor Orbán, qui dirige le pays de façon de plus en plus autoritaire depuis 16 ans. Pour les médias, l'enjeu de ce scrutin dépasse les frontières du pays d'Europe centrale.
Le Fidesz est inquiet
Le comportement d'Orbán devient de plus en plus imprévisible, prévient Polityka :
«La déclaration faite dimanche par Orbán, annonçant l'envoi de l'armée pour protéger le gazoduc, est préoccupante, dans la mesure où il y a quelques semaines, l'armée avait déjà été déployée pour protéger les infrastructures énergétiques de prétendus sabotages ukrainiens. Orbán sait qu'il est en train de perdre. S'il autorise des élections libres et équitables, le Tisza le battra. On sait qu'il a pris des décisions qui placent sous son contrôle diverses institutions du pays, mais dans les rangs du Fidesz, une extrême nervosité domine. Les élections auront lieu, mais dans l'hypothèse d'une défaite, il est probable qu'Orbán remette en cause les résultats.»
Un pays à nouveau pionnier ?
Jyllands-Posten, dressant des paralèlles historiques, espère un tournant :
«Si les Hongrois arrivent à engager un changement de régime, cela aurait des conséquences positives pour le pays, mais aussi pour toute l'Europe centrale. Cela pourrait renforcer les forces libérales et démocratiques dans toute une série de pays de l'UE, comme l'Italie, la France et l'Espagne, où les populistes ont récemment affiché des faiblesses. Avec les élections de dimanche, les Hongrois auront non seulement l'opportunité historique de se débarrasser d'un gouvernement réactionnaire et inefficace, mais aussi, comme ils l'ont fait en 1956 et 1989, de devenir un modèle pour l'Europe dans la lutte pour la liberté.»
Le candidat de trois puissances étrangères
Etats-Unis, Russie et Chine soutiennent résolument le camp d'Orbán en Hongrie, écrit Corriere della Sera, avançant une explication :
«Qu'est-ce qui incite, au fond, ces deux grandes puissances et cette puissance subalterne à soutenir de concert et aussi vigoureusement Viktor Orbán, le Premier ministre d'un petit pays comptant moins de dix millions d'habitants - seule action qui les unit dans ce contexte international complexe et chaotique ? La réponse est simple : Trump, Poutine et Xi veulent détruire l'UE, ou du moins la placer dans un état de soumission et de faiblesse, pour empêcher qu'elle ne puisse accéder au rang de puissance mondiale.»
Magyar ne peut se contenter d'une victoire
Český rozhlas se demande ce qui se passerait en Hongrie en cas de victoire de Magyar :
«Orbán s'était assuré le contrôle de nombreux domaines clés de la vie publique en les cimentant par des modifications constitutionnelles permises par une majorité des deux-tiers au Parlement. Le chef de l'opposition ne peut donc se contenter de viser uniquement la victoire. Une majorité propre à engager des changements constitutionnels s'avère nécessaire. Se pose aussi une autre question fondamentale : est-il seulement possible de revenir, en quatre ans, sur tout ce qu'Orbán a fait ces 16 dernières années ? Du point de vue actuel, la tâche paraît surhumaine.»
Orbán a fait des émules dans toute l'Europe
Dans Le Monde, le sociologue Tibor Dessewffy évoque un paradoxe de l'évolution politique sur le Vieux Continent :
«Alors que la Hongrie semble enfin approcher la fin de l'ère Orbán, les idées mêmes qui ont consolidé son pouvoir gagnent du terrain dans plusieurs grands systèmes politiques européens. En Allemagne, en France et au Royaume-Uni, des thèmes autrefois relégués aux marges – souveraineté, panique migratoire et mobilisation identitaire – entrent dans le courant dominant. L'histoire a le goût de l'ironie : si Orbán devait finalement perdre le pouvoir en Hongrie, les électeurs européens pourraient bien se retrouver à déguster des plats nationaux cuisinés selon sa recette politique.»