Merz pour une adhésion partielle de l'Ukraine à l'UE

Le chancelier allemand Friedrich Merz a proposé pour l'Ukraine un "statut d'adhésion associée" en guise de phase préliminaire à une adhésion de plein droit. Ce statut permettrait à Kyiv de participer aux rencontres des organes décisionnels de l'UE, par exemple, sans toutefois lui accorder le droit de vote. L'initiative du chef de gouvernement européen suscite des réactions partagées, qui se reflètent dans les échos de la presse.

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Stuttgarter Zeitung (DE) /

Une chance pour l'Europe

Stuttgarter Zeitung approuve l'initiative de Merz :

«Reconnaissons que le soutien serait pour sa plus grande partie de nature symbolique. ... Mais cela enverrait un signe concret adressé aux Ukrainiens, les confortant que leurs souffrances n'auront pas été vaines. Cela enverrait aussi à Moscou le message qu'elle ne peut pas remporter cette guerre. ... C'est aussi une chance pour l'Europe, car une fois la guerre finie, l'Ukraine peut devenir le moteur d'une reprise économique au sein de l'UE. Compte tenu de la politique agressive de la Russie, axée sur la conquête de territoires, l'Ukraine a un autre argument qui pèse lourd dans la balance : son armée est la meilleure armée en Europe.»

taz, die tageszeitung (DE) /

Le chancelier a encore réagi précipitamment

Taz redoute une situation encore plus compliquée :

«Notamment s'agissant des relations avec les autres pays candidats à l'adhésion à l'UE, ceux des Balkans occidentaux. Ils attendent depuis 20 ans et se sentent floués par le traitement de faveur accordé à l'Ukraine. Autre aspect problématique : la coopération militaire avec l'Ukraine. Jusqu'ici, l'UE n'était pas tenue de lui venir en aide. Or Merz veut désormais donner à Zelensky des garanties de sécurité européennes et activer la promesse d'assistance prévue par les traités européens, ce qui changerait tout. Les pays membres de l'UE seraient dès lors tenus d'aider Kyiv en cas d'escalade de la guerre. Personne ne peut prédire les implications concrètes que cela aurait. ... Une fois de plus, Merz a dégainé trop vite et on ne peut pas encore anticiper les conséquences de sa précipitation.»

Der Standard (AT) /

L'intégration est d'ores et déjà enclenchée

Der Standard jauge la situation :

«Une adhésion à part entière de l'Ukraine à l'UE est déjà impossible pour des raisons formelles, du fait que le pays se trouve en guerre. Friedrich Merz n'est bien sûr pas sans l'ignorer. D'où la proposition du chancelier de définir un nouveau type d'adhésion. ... L'idée apparaît peu réaliste, et elle l'est en effet. ... L'intégration de l'Ukraine est d'ores et déjà en cours, en dépit de la guerre. Jamais par le passé un pays candidat n'a reçu autant de milliards de crédits et d'aides. Ce soutien devrait être accompagné par une stratégie double envers la Russie : il faut multiplier les pressions, les sanctions et les efforts diplomatiques pour amener Poutine à la table des négociations.»

Ewropeiska Prawda (UA) /

Des obligations mais aucun droit

Evropeiska Pravda est sceptique :

«La voie que propose le chancelier allemand Friedrich Merz est telle que nous devrions patienter pendant des années dans l'antichambre de l'Union européenne, laquelle ouvrirait ses portes à d'autres pays candidats, notamment la Moldavie. Pendant cette attente, l'Ukraine ne bénéficierait d'aucun avantage et n'aurait aucune espèce d'influence sur le fonctionnement de l'Union européenne, tout en restant obligée de se soumettre à ses décisions. Le statut que propose Merz ne reposerait par ailleurs sur aucune base juridique. En cas de changement de majorité à Berlin ou à Bruxelles, l'Ukraine pourrait perdre ce statut.»