Keir Starmer : sauvé ou sur le départ ?

Après les fortes pertes essuyées par le Labour aux municipales, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a tenu un discours de crise, lundi, devant son parti et la population britannique. Il a déclaré assumer ses responsabilités, mais aussi vouloir mettre en œuvre le changement pour lequel le Labour a été élu. Alors que les appels à la démission se multiplient, les éditorialistes évaluent sa performance.

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The Times (GB) /

Un discours qui aggrave la crise

Starmer est sur la sellette, juge The Times :

«Ceux qui espéraient l'inspiration et des mesures politiques courageuses ont suivi en vain ce discours. On leur a servi à la place des restes réchauffés : la nationalisation de British Steel, qui est de facto déjà entre les mains de l'Etat, et la volonté de ramener le Royaume-Uni au cœur de l'Europe. … Ce discours, qui était censé apaiser un parti inquiet, a débouché sur davantage d'appels publics à une démission immédiate ou prochaine de Keir Starmer. Son poste de Premier ministre ne tient plus qu'à un fil.»

Irish Independent (IE) /

Hors de danger pour l'instant

Le Premier ministre britannique a gagné un peu de temps, croit savoir le quotidien Irish Independent :

«Starmer s'est opposé à ceux qui le critiquaient en interne, en prévenant qu'ils risquaient d'ouvrir grand la porte à Farage et de favoriser un virage à droite. 'Nous ne traversons pas seulement une période difficile', nous sommes aussi confrontés à des ennemis dangereux', a-t-il affirmé. 'Des ennemis très dangereux'. Il a peut-être raison. Mais il doit tracer une frontière claire entre le Labour et l'extrême droite … Starmer est peut-être hors de danger pour l'instant, mais la crise à laquelle lui et l'Europe sont confrontés – pour gérer les coûts et garantir le niveau de vie – n'est pas terminée.»

Handelsblatt (DE) /

Les mesurettes ne suffisent plus

Le journal Handelsblatt croit savoir comment Starmer pourrait repartir de l'avant :

«Avec le retour du Royaume-Uni en Europe. Sur ce point, le Premier ministre n'a toutefois pas eu le courage d'un véritable changement de cap. Starmer ambitionne des échanges professionnels pour les jeunes adultes, ce qui est certes un bon signal pour les Européens plus jeunes qui ont particulièrement souffert du Brexit. Mais ce que le chef du gouvernement a souligné au début de son discours est vrai : les mesurettes ne suffisent plus si les Britanniques veulent remédier aux dommages causés par le Brexit et surmonter leur faible croissance. Pour cela, le retour dans une union douanière ou au sein du marché unique européen serait nécessaire.»

Corriere della Sera (IT) /

Des propos inaudibles

Pour Corriere della Sera, Starmer est dos au mur :

«La retenue a cédé et la vague de barrage gagne l'aval, prête à emporter Starmer. Le discours dans lequel le Premier ministre britannique a tenté d'inverser la tendance, hier matin, n'a pas servi à grand-chose : le soir même, un ensemble d'assistants ministériels (l'échelon le plus bas de la hiérarchie gouvernementale) ont démissionné et l'ont appelé à quitter Downing Street, ou du moins à fixer un échéancier pour son départ. Un appel réitéré par plus de 60 députés Labour. … Pourtant, le matin même, un Premier ministre décontracté, en chemise blanche, sans veste ni cravate, venait de faire le discours peut-être le plus important de sa carrière pour sauver son poste menacé. Mais ses propos n'ont pas suffi.»

Carina Cockrell-Ferre (RU) /

Une nouvelle ère politique débute

Sur Facebook, la journaliste Carina Cockrell-Ferre prédit la fin du bipartisme britannique :

«Le tableau donne à voir une fragmentation croissante de la politique britannique. Reform UK prive le Labour et les Tories d'électeurs via le vote contestataire ; [les partis séparatistes gallois et écossais] Plaid Cymru et le SNP accroissent leur influence dans les régions nationales tandis que les Verts et les Libéraux-démocrates, à gauche et au centre, continuent d'augmenter leur scores. Les grands partis traditionnels – Labour et conservateurs – perdent progressivement leur monopole hégémonique. … Le Royaume-Uni entre dans une nouvelle ère politique, dans laquelle le bipartisme habituel fera bientôt partie du passé.»