Mondial de football 2026 : quid du fairplay ?

Le match entre le Mexique et l'Afrique du Sud marquera ce jeudi le coup d'envoi de la Coupe du monde de football masculin. 48 équipes – un record – s'affronteront sur les terrains des trois pays hôtes (Mexique, Etats-Unis et Canada) lors de 104 matchs. Pour la presse européenne, plusieurs choix des organisateurs contredisent les valeurs que le sport devrait incarner.

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Hämeen Sanomat (FI) /

L'équité ? Connais pas

Hämeen Sanomat écrit :

«Ceux qui prétendent que le sport n'est pas de la politique disent des balivernes. Ce Mondial est lui aussi très politique. Le pays hôte, les Etats-Unis, et l'Iran sont au cœur de l'attention. Le onze iranien est autorisé à se rendre sur le territoire des Etats-Unis les jours de match, mais son hôtel et son centre d'entraînement sont situés au Mexique. Washington a aussi refusé que les matchs de l'Iran se jouent au Mexique ou au Canada, alors que Téhéran avait suggéré cette option. Dans le football, on parle volontiers de valeurs : d'équité et d'égalité. Or dans l'organisation du tournoi, on est encore loin des valeurs du monde du football. Il faut espérer, au moins, que les règles du fairplay prévaudront sur les terrains.»

Hospodářské noviny (CZ) /

Certains resteront en rade

Aux Etats-Unis, le ballon rond est relégué au second plan, juge Hospodářské noviny :

«Le thème majeur, ce seront les modalités d'entrée sur le territoire, car la lutte contre l'immigration, en lien avec la protection face à de potentiels terroristes, est prioritaire pour Trump. La sélection iranienne, qui a pris ses quartiers au Mexique, jouera des matchs à Los Angeles, et à l'instar de trois autres participants (Haïti, Sénégal et Côte d'Ivoire), les supporters munis d'un passeport iranien ne pourront faire le déplacement et supporter leur équipe. … Le meilleur arbitre africain, Omar Artan, qui a été refoulé par les douaniers américains à Miami parce qu'il avait un passeport somalien, ne le sait que trop bien.»

Visão (PT) /

L'intégration, un modèle de réussite

Le Mondial peut aussi permettre de s'opposer au discours antimigratoire de l'extrême droite, fait valoir Visão :

«Le sport ne sert pas à changer le monde, mais il aide parfois à expliquer la réalité dans laquelle on vit. Aujourd'hui, les meilleures équipes de foot sont des exemples parfaits d'intégration multiculturelle ; chaque joueur sait remplir son rôle pour atteindre un objectif commun. … Les populistes isolationnistes savent jouer avec les mots ; mais en vérité, ils n'entendent rien au jeu qui importe vraiment : celui du développement et du progrès, de l'égalité des chances. Espérons que pendant le Mondial, pendant un mois au moins, les terrains de jeu d'Amérique du Nord nous rappelleront cette leçon.»

Denník Postoj (SK) /

De sport populaire à sport de riches

Denník Postoj fustige le mercantilisme de la FIFA :

«Les conditions strictes pour la délivrance des visas et le prix exorbitant des billets font que de nombreux fans issus des classes basses et moyennes n'ont pas les moyens d'assister à l'évènement. Pourtant, le football est un sport populaire, c'est justement ce qui rend son ambiance aussi exceptionnelle. Depuis quelque temps, la direction de la FIFA semble agir de manière à ce que la Coupe du monde ne soit réservée qu'à une dizaine de milliers de privilégiés. On lui reproche de plus en plus de penser davantage à ses recettes et sponsors qu'à ses fans. Le spectacle pompeux qui aura lieu à la mi-temps de la finale en est le parfait exemple.»

Jyllands-Posten (DK) /

Le mécontentement se dissipera très vite

Dès que le tournoi débutera, toute critique justifiée sera mise en sourdine, pressent Jyllands-Posten :

«Infantino s'est acoquiné avec Trump et a décidé de livré les fans de football aux caprices du président américain. Et ce dans l'unique but d'obtenir de l'argent et du pouvoir. Tous les ingrédients sont déjà réunis pour faire de la compétition un cirque absurde. Mais on sait aussi que la critique se dissipe souvent dès le coup d'envoi du match d'ouverture. Cela avait été le cas au Qatar, ce le sera sûrement aux Etats-Unis, et cela devrait aussi se répéter en Arabie saoudite, si le prochain Mondial s'y déroule. C'est tout à fait navrant.»

Trouw (NL) /

Ne pas se laisser gâcher la fête

Trouw appelle à ne pas laisser les puissants éclipser le sport roi, fait valoir Trouw :

«Ce Mondial n'appartient ni à Trump ni à l'ICE, et encore moins au patron de la FIFA, Gianni Infantino. Le football compte trop de fans pour qu'on leur ôte cette joie. … Les habitants du Cap-Vert, de Curaçao, d'Haïti, de Côte d'Ivoire, d'Iran et de RDC sont fiers – à juste titre – que leur pays respectif se soit qualifié pour le Mondial. Ils auront envie de faire la fête, on ne peut que leur souhaiter d'en profiter pleinement et avec entrain. … Le football a trop d'importance pour qu'on laisse les puissants de notre temps le gâcher par leurs caprices.»

Webcafé (BG) /

Dangereux de se rendre au stade

Le durcissement par l'administration Trump des règles relatives à l'immigration et à l'entrée sur le territoire américain pourrait compliquer la vie d'un grand nombre de fans, prévient Webcafé :

«Le comité d'organisation a certes indiqué que les agents de l'ICE ne seraient pas présents dans les stades. Ce qui ne signifie pas, néanmoins, qu'ils ne seront pas mobilisés et prêts à intervenir à la moindre occasion. … Amnesty International a prévenu que les visiteurs s'exposaient à des arrestations arbitraires et à des expulsions, à des recherches intrusives sur leurs téléphones portables et leurs profils sur les réseaux sociaux, à des contrôles au faciès, et, dans le pire des cas, à des traitements avilissants et cruels dans des centres de rétention pour migrants.»

El País (ES) /

Une immense fête latino

El País se réjouit de voir les Latino-Américains dans les stades :

«Ce ne sera pas uniquement un événement sportif. Ce sera un Mondial marqué par l'impérialisme de Trump. … Une compétition que Trump tentera vraisemblablement de s'approprier symboliquement à son propre avantage, pour en faire une nouvelle démonstration de pouvoir et de grandeur nationale, c'est-à-dire de sa propre grandeur. Mais le football a quelque chose d'indomptable : il n'appartient jamais tout à fait à celui qui organise le tournoi. En tribune, il y aura des milliers de Mexicains, de Colombiens, d'Argentins et de Centraméricains. Dans de nombreuses villes des Etats-Unis, la Coupe du monde sera vécue comme une immense fête latino, dans un pays qui continue de questionner sa propre identité.»

A Bola (PT) /

L'argent est déjà le grand gagnant

Dans A Bola, le journaliste Rui Almeida écrit :

«Ce sera un show à l'américaine, sans garantie que les protagonistes seront véritablement à l'aise avec le format et les signaux envoyés. Mais une chose est sûre : d'un point de vue financier, la Fédération basée à Zurich peut déjà crier victoire. Jamais une Coupe du monde n'avait engrangé de tels revenus, d'engagements commerciaux, de soutiens et de plus-values. Dès maintenant, avant même que le ballon Trionda ne se mette à rouler, l'argent afflue.»