Volkswagen : un signe du déclin industriel allemand ?

Selon les médias, Volkswagen prévoit de supprimer 100 000 postes au cours des prochaines années, sur un total actuel de 657 000 salariés dans le monde. En Allemagne, quatre usines du premier constructeur automobile européen sont menacées de fermeture. D'autres plans sociaux sont envisagés par d'autres entreprises du pays. Les médias européens se penchent sur le péril industriel allemand et tentent d'en déceler les causes.

Ouvrir/fermer tous les articles
El País (ES) /

Un décrochage industriel

El País voit l'Allemagne à la traîne :

«Les plans de rigueur sont le résultat d'une transformation industrielle que l'Allemagne n'a pas réussi à embrasser à temps. … Pour un pays exportateur, la grande vague mondiale de protectionnisme a des effets dévastateurs. … Les risques se concentrent sur l'Allemagne et les quatre usines menacés de fermeture, dont une se situe en ex-RDA, soit un bastion de l'extrême droite. … Les investissements massifs dans l'industrie de l'armement et la reconversion d'usines automobiles en sites de production d'armes ne pourra pas suffire, et le vrai drame dans tout cela, c'est que l'industrie, qui a participé au miracle économique de l'après-guerre, est de moins en moins compétitive et que dans le même temps, le pays a raté le coche des nouvelles révolutions industrielles.»

La Tribune (FR) /

Une austérité destructrice

La suppression d'emplois est la conséquence d'une politique budgétaire restrictive, analyse l'économiste Michel Santi dans La Tribune :

«La 'Schuldenbremse' a traité de la même manière la dépense courante et l'investissement d'avenir. … Adoptée pour empêcher l'Etat de vivre au-dessus de ses moyens, elle l'a conduit à vivre au-dessous de ses besoins. … [L]e problème allemand réside dans l'incapacité à hiérarchiser des obligations devenues simultanées : réindustrialiser, investir, décarboner, réarmer le pays, financer son vieillissement. Emprunter pour entretenir une infrastructure, financer une capacité énergétique ou soutenir une mutation industrielle n'est pas comparable à emprunter pour préserver une rente ou différer une réforme. Enfin, l'obsession du montant de la dette a fait oublier la question décisive : que finance-t-elle ?»

Trud (BG) /

La transition énergétique en cause

Troud juge que les normes environnementales sont à l'origine de la crise automobile allemande :

«Volkswagen va devoir sabrer 100 000 emplois, Bosch 20 000 et Mercedes 40 000. Ces chiffres sont choquants. La raison évoquée est la baisse des parts de marché en Chine et la délocalisation imposée par la concurrence chinoise. Mais ne soyons pas dupes, la véritable cause de ce marasme n'est autre que la politique environnementale désastreuse et la transition énergétique. Voilà ce qui a littéralement bousillé l'industrie allemande. … A-t-on pour autant réussi à résoudre les aléas climatiques ? Bien sûr que non. Comme on peut le constater, toutes les émissions non produites par l'Europe le sont en Chine, où elles sont multipliées par dix.»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

Les taxes douanières, une mauvaise piste

L'industrie allemande n'est pas la seule victime de surcapacités, fait observer Neue Zürcher Zeitung :

«De nombreuses usines à travers le monde tournent au ralenti. En raison de la baisse de la natalité et de l'essor des taxis autonomes, il est peu probable que la demande de voitures puisse retrouver son niveau d'antan. Il faudrait donc impérativement mettre en place des fusions dans le secteur. Le maintien artificiel des structures actuelles, comme le font l'Union européenne et les Etats-Unis par le biais de taxes douanières, est contreproductif. Toutes ces futures amputations n'en seront que plus douloureuses pour les constructeurs.»

Handelsblatt (DE) /

Industries et syndicats doivent s'unir

Peter Leibinger, président de la Fédération des industries allemandes (BDI), Christiane Benner, présidente du syndicat IG Metall et Michael Vassiliadis, président du syndicat IG BCE lancent un appel conjoint publié par Handelsblatt :

«Notre pays fait face aux défis les plus difficiles depuis la réunification. … Il convient désormais d'agir avec détermination. … L'Allemagne importe des quantités massives d'énergie et de matières premières, ce que seul l'excédent commercial – issu principalement des biens industriels – peut financer. … Notre industrie doit produire sur notre territoire afin de promouvoir la force d'innovation. Le développement et la fabrication ont des effets de synergie lorsqu'ils ont lieu au même endroit. C'est là une partie du secret de la réussite allemande. … Les associations et les syndicats de l'industrie ont la volonté commune d'initier un programme pour une Allemagne tournée vers l'avenir, qui réduise les coûts, y compris ceux engendrés par l'Etat, et augmente le volume de travail ainsi que la productivité.»